AA+: Don’t cry for me America! Version imprimable
12-08-2011

Vendredi 5 Aout 2011 serait une date mémorable pour l’économie mondiale et surtout pour celle des Etats-Unis d’Amérique. L’agence Standard &Poor(S&P) a en effet réduit de AAA  à AA+ la note de crédibilité financière du pays de l’oncle Sam : Une première dans l’histoire !  Les conséquences sont immédiates. Analyse.

Dans l’immédiat, les marchés financiers connaissent des baisses substantielles, qui ne sont liées à la baisse de la note américaine mais plutôt à une panique et à  la probabilité d’une prochaine récession ! (encore ?). Comment un pays comme l’Amérique a perdu son triple A ?
Pour répondre à cette question, il faut d’abord revenir sur  les critères qui ont soutenue cette décision.


1. Les critères S&P

Selon l’agence S&P, la crédibilité financière d’une nation (sa note de crédit) dépend de  5 critères qui sont les suivants :

a. Critère Politique : il évalue la façon dont le gouvernement manage ses finances. Il prend aussi en compte les décisions de politique économique ayant un effet sur la dette souveraine.

b. Critère Economique : le niveau du revenu par habitant, le niveau de la croissance économique, la diversité et la volatilité de l’économie sont ici les clefs du critère économique.

c. Critère extérieur : il juge la capacité du gouvernement de générer les ressources extérieures (commerce &finance international).

d. Critère fiscal : c’est l’un des piliers de la notation de la dette souveraine. L’agence S&P utilise le stock de la dette publique en lieu et place du déficit budgétaire pour mesurer la viabilité  de la politique fiscale.

e. Critère monétaire : Ce critère évalue la capacité du gouvernement d’utiliser les instruments de la politique monétaire en vue soutenir la croissance. L’Independence et la crédibilité de la banque centrale sont aussi des éléments importants.


2. Comment en sommes-nous arrivés  à cette situation ?

La baisse de la notation de la crédibilité financière des Etats-Unis a été reçue comme un coup de poignard dans le dos. L’Amérique  se croyait à l’ abri de tout danger après l’accord entre le  congrès et  le Sénat sur le relèvement du plafond de la dette. Selon le rapport de S&P,  la goutte d’eau qui fait déborder la vase vient de l’incapacité des autorités américaines (Démocrates et Républicains) de trouver une solution viable de la réduction de la dette publique. Si vous m’avez suivi, vous pouvez conclure que les points a) et d) ont pesé lourd dans la balance. Concrètement S&P avait réclamé une réduction du déficit  aux alentours de 4 Trillions, l’Amérique n’a que pu proposer 1.5 Trillions. Le reste du travail devant être accomplie par un comité de 12 parlementaires. S&P s’est donc vu obligé de rabaisser la note en raison de cette politisation du débat. Jusqu’à présent, beaucoup de mes collègues pensent que la décision de S&P a été politique et qu’elle ne prend pas en compte les fondamentaux de l’économie. Nous reviendront sur ce débat plus tard.

3. Les conséquences des réévaluations aux Etat Unis.

Wall Street a tremblé pour peu de temps suite à  la décision de S&P mais il n’y a pas encore d’apocalypse sur les marchés financiers.  Dans cette situation de panique, la bourse a baissé de 600 points avant de regagner 420 points le lendemain. Le jour d’après il perd plus de 500. Les activités boursières malgré cette volatilité devraient donc se stabiliser si le danger ne vient pas de l’Europe. Les taux d’intérêts n’ont pas connut de hausse. La FED ne s’est pas laissé piéger par l’ambiance de panique à court terme. En maintenant ces taux, la banque centrale joue la « prudence ». La dégradation de la crédibilité financière aurait du affecter les taux d’intérêts sur les obligations à long terme. Ceux-ci ont même chuté.  Le message est clair : les investisseurs croient toujours en la crédibilité de l’économie américaine.  C’est comme si la not AA+ consolait l’Amérique en lui disant : don ’t cry for me America ! Traduction : Ne pleure pas pour moi Amerique.  

Sur le plan politique, cette dégradation met la pression sur Obama, les démocrates, les républicains et le Thee party (Branche ultra- conservatrice). Ceux-ci doivent prouver une  solution  au problème. Les réactions chaudes après la note de S&P annoncent de rudes batailles dans l’arène politique. Les démocrates utilisent la décision de S&P pour avancer leur argument sur la prise en compte d’une hausse des taxes sur les plus nanties, quand les républicains soutiennent une forte réduction des dépenses publiques.

4. Les Conséquences pour l’économie globale   

Les marchés boursiers ailleurs dans le monde  ont pris un sérieux coup après la dégradation de la note américaine. Ils ont été les premiers (marchés asiatiques) à vivre les effets de la décision de S&P. De l’autre cote de l’atlantique, la banque centrale  d’Europe (BCE) a sagement proposé de racheter des obligations (Italie, Espagne). Il y a cependant un malaise Européen depuis la dégradation des Etats Unis. L’on se demande qui sera le prochain ? Quand on considère les finances publiques de quelques pays (France, Grande-Bretagne), on peut imaginer ou S&P peut encore frapper.


Note S&P
Brésil                 BBB+
Russie               BBB+
Inde                  BBB-
Chine                AA-
Afrique du Sud   A    

Aux horizons de l’Europe, les pays du BRICS n’ont pas connu de grands remous. Je ne crois pas que  ces pays soient encore la meilleure alternative pour les investisseurs. Parmi les BRICS, aucun n’a le grade AA+. La grande Chine qui détient 1/3 de la dette publique américaine s’est posée en donneur de leçons avec une note de  AA- (largement en dessous de celle des Etats-Unis). Dans le cours terme, je crois que le Canada serait envahi par les spéculateurs. C’est en effet le seul pays qui a expérimenté un retour de AA+ à AAA. Son économie a une structure solide et n’est pas trop « loin » de Wall-Street.

Ne pleure pas pour moi Amerique.  C’est la traduction d’une chanson de Madona dont les premières paroles :
Cela ne sera pas facile !
Tu penseras que c’est une situation étrange,
pourraient s’adapter a ce que vit aujourd’hui l’économie Américaine. C’est vrai ! cela ne sera pas facile, mais je crois encore en cette économie et sa capacité de rebondir quand personne n’y croit.

Francis Konan
Économiste, diplômé de l’Université d’Economie et de Gestion de Vienne (Autriche), diplômé de l’Institut des Etudes Avancées de Vienne (Autriche), diplômé de la Faculté des Sciences Economiques & Gestion de l’Université d’Abidjan (Cocody).
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