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Abdoulaye Wade : « Je vais offrir l’énergie solaire gratuite pour tout le continent » Version imprimable
12-07-2010

Mandaté par la CEDEAO pour piloter le projet « Energie solaire pour toute l’Afrique », le président Sénégalais dévoile à la presse les contours de ce grand programme. Exclusif.

Abdoulaye Wade : « La semaine dernière, des investisseurs sont venus me voir. Quand j’ai indiqué les conditions auxquelles j’entends exploiter notre or, ils m’ont répondu que si je ne faisais pas de concessions, ils iraient chez mon voisin malien. »

Abdoulaye Wade : « La semaine dernière, des investisseurs sont venus me voir. Quand j’ai indiqué les conditions auxquelles j’entends exploiter notre or, ils m’ont répondu que si je ne faisais pas de concessions, ils iraient chez mon voisin malien. »

Les Afriques : Vous venez de déplorer le peu de profits que les pays africains tirent de leurs ressources naturelles. Comment l’expliquez-vous ?

Abdoulaye Wade : Les investisseurs jouent entre nous. Nous nous livrons à une concurrence ruineuse. Nos partenaires jouent là-dessus. Nous ne sommes pas organisés. Moi, je produis de l’or, le Mali en produit aussi. La semaine dernière, des investisseurs sont venus me voir. Quand j’ai indiqué les conditions auxquelles j’entends exploiter notre or, ils m’ont répondu que si je ne faisais pas de concessions, ils iraient chez mon voisin malien. Ils fixent donc leurs conditions sans tenir compte des cours mondiaux. C’est pourquoi j’ai proposé, il y a longtemps déjà, la mise en place d’un code minier pour la région. Une fois qu’on l’aura arrêté, que tout le monde s’y tienne, pour arrêter cette concurrence ruineuse. On pourrait y mettre un partage fifty-fifty des recettes, par exemple. Voyez la Sierra Leone, dont le président nous dit qu’il ne tire même pas 3% des recettes de ses mines de diamant et d’or.

 

LA : Vous avez présenté un projet d’énergie solaire. Mais comment se fait-il que l’Europe décide d’en produire dans le désert africain en excluant totalement l’Afrique subsaharienne, alors que plusieurs de ses pays abritent une partie du Sahara ?

AW : La CEDEAO vient de me donner mandat de produire de l’énergie solaire pour toute l’Afrique de l’Ouest. Il s’agit de concevoir des centrales solaires pour l’autosuffisance énergétique grâce à l’énergie solaire. C’est ce que j’ai déjà proposé à Copenhague. La consommation énergétique, de l’Afrique, c’est 70 000 mégawatts. Avec une centrale de 100 000 mégawatts, nous aurons l’autosuffisance pour quinze ans encore. L’énergie solaire a ceci de particulier, que l’investissement est cher au départ, mais au bout de trois ans, il diminue du tiers et après l’amortissement, elle devient gratuite. C’est pourquoi je peux dire que je vais offrir l’énergie gratuite au continent. J’ai le montage financier, que je ne révèle pas pour l’instant (rires), mais je leur ai dit que le moment venu je le leur exposerai. A Copenhague, j’ai réuni des ingénieurs sénégalais et ceux d’autres pays et je leur ai exposé le projet. Maintenant que j’ai le mandat de la CEDEAO, j’ai demandé que chaque pays me désigne un ingénieur en énergie, ainsi qu’un financier, pour faire partie de la commission que je mets en place pour conduire le projet. Tous sont d’accord et le président Lula, du Brésil, a même décidé de mettre à notre disposition un ingénieur.

« La consommation énergétique de l’Afrique, c’est 70 000 mégawatts. Avec une centrale de 100 000 mégawatts, nous aurons l’autosuffisance pour quinze ans encore. »

Si l’Europe arrive à exploiter le solaire, cela va être un problème pour nous. Parce que, comme je vous l’ai expliqué, l’énergie solaire ne coûte rien au bout d’un moment. Cela signifie que les entreprises européennes vont disposer d’un avantage supplémentaire sur les nôtres. Elles vont produire moins cher encore. Nos industries ne pourront plus jamais être compétitives et elles vont disparaître. Le choix est là. Il faut que l’Afrique engage la bataille du solaire.

 

LA : Croyez-vous vraiment à une coopération fructueuse, efficace, entre le Brésil et l’Afrique ?

AW : Le problème, c’est nous. Ce n’est pas le Brésil. Tout ce qui a été proposé aujourd’hui l’a déjà été, mais, comme je l’ai déjà dit, les Africains ne sont pas assez rapides. Même au Sénégal, le président Lula nous a fait beaucoup d’offres, mais nous ne les avons pas encore matérialisées. S’il y a la volonté, nous pouvons obtenir beaucoup du Brésil, ne serait-ce que son expérience du développent, qu’il est prêt à nous transférer.

 

Propos recueillis par Chérif Elvalide Sèye

 
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