Afrique du Sud : Nkosazana Dlamini-Zuma à la conquête du pouvoir d’État Version imprimable
22-04-2017
Élue présidente de la Commission de l’Union africaine en juillet 2012, Nkosazana Dlamini-Zuma n’avait pas souhaité briguer un autre mandat à la tête de l’institution continentale, elle qui a été remplacée en mars dernier par le Tchadien Moussa Mahamat Faki au poste de président de la commission, le 30 janvier dernier, lors du 28ème Sommet de l’UA.
Première femme à occuper ce prestigieux poste, elle aurait pu être la femme la plus puissante d’Afrique, elle n’a été qu’une voix inaudible. Après l’Union africaine, Dlamini-Zuma, selon nos sources, a déposé ses valises à l’ANC où elle compte se porter candidate à la tête du parti avec comme objectif d'être investie a postriori comme candidate à la présidence de la République sud-africaine. Peut-elle se focaliser sur son passage à l’UA pour conquérir demain le pouvoir d’État?

Née le 27 janvier 1949 dans la province du Natal, Dlamini-Zuma a très tôt rejoint le champ politique. Femme politique sud-africaine, membre du Congrès national africain (ANC), ancienne épouse de Jacob Zuma, elle est successivement ministre de la Santé (1994 à 1999), ministre des Affaires étrangères (1999 à 2009) et ministre de l’Intérieur du 11 mai 2009 au 2 octobre 2012. Elle est élue présidente de la Commission de l’Union africaine le 15 juillet 2012.

Parcours d’une combattante, icône de la liberté et de l’émancipation des femmes


Dlamini-Zuma est issue d’une famille zoulou dans la province du Natal. Elle est l’ainée de huit enfants. Elle poursuit sa scolarité au collège d’Amanzimtoti, située sur la côte du Natal. En 1971, elle commence des études de botaniste et de zoologie à l’université du Zoulouland. Diplômée en sciences, elle poursuit des études médicales à l’université du Natal.
Durant ses années d’études, Dlamini-Zuma mène une activité politique souterraine au sein du Congrès national africain (ANC), interdit par le gouvernement blanc afrikaner au pouvoir. En 1976, elle est élue vice-présidente de l’Organisation des étudiants sud-africains. C’est cette même année qu’elle est contrainte de s’exiler et de rejoindre la Grande-Bretagne pour terminer ses études médicales à l’université de Bristol en 1978.
Désormais docteur en médecine, elle revient en Afrique, au Swaziland pour travailler à l’hôpital de Mbabane où elle rencontra Jacob Zuma, son futur mari. En 1985, elle termine ses études à l’université de Liverpool où elle a obtenu un diplôme spécialisé dans les maladies tropicales infantiles. Elle prend ensuite un poste à la direction de la santé de l’ANC avant de devenir la directrice d’une organisation britannique non gouvernementale dédiée aux problèmes de santé des réfugiés. En 1992, Nkosazana Dlamini-Zuma participe aux négociations constitutionnelles entre l’ANC et le gouvernement sud-africain de Frederik De Klerk.
En 1994, elle devient le premier ministre noir de la Santé d’Afrique du Sud dans le gouvernement de Nelson Mandela. Une de ses priorités est alors la lutte contre le tabagisme. Elle fait ainsi interdire de fumer dans tous les lieux publics en 1999.
En 1995, Nkosazana Dlamini-Zuma est faite docteur honoraire de l’université du Natal et de l’université de Bristol en 1996. En juin 1999, à la suite des élections générales, le nouveau président, Thabo Mbeki, la nomme ministre des Affaires étrangères.
En décembre 2007, proche de Mbeki qui en ferait bien sa successeure à la présidence du pays, elle est candidate pour être l’un des cinq membres du conseil exécutif de l’ANC lors du congrès du parti à Polokwane. Elle est battue par un proche de Jacob Zuma alors que ce dernier est élu président de l’ANC avec 60% des voix contre 40% à Thabo Mbeki.
Le 16 juillet 2012, elle est élue à la tête de la Commission de l’Union africaine. Dlamini-Zuma se retire de la sphère politique sud-africaine pour se consacrer désormais aux affaires du continent.
Pour plusieurs observateurs, c’est un repli tactique, car son ancien époux, le président Zuma, voulait l’éloigner pour bien la préparer à sa succession.

Passage à la tête de l’UA


Élue sur d’ambitieuse promesse, Dlamini-Zuma s’était engagée une fois élue à travailler pour le leadership africain dans la gestion des crises sur le continent, promettant «des solutions africaines aux problèmes africains». À l’heure du bilan, on constate qu’il n’en a rien été. La voix de l’UA n’a été prépondérante ni au Soudan du Sud, ni en Centrafrique, ni au Mali, ni en Libye. Symbole emblématique de cet échec : le Burundi, où l’UA a été incapable de déployer un contingent militaire après en avoir fait la promesse publiquement.

Pour une indépendance financière de l’UA


Ce fut l’une de ses préoccupations majeures avant sa prise de fonction: créer les conditions d’un financement propre de l’institution continentale. En effet, le budget de l’UA repose principalement sur les contributions de ses États membres. L’Afrique du Sud, l’Algérie, l’Égypte, la Libye et le Nigéria sont les cinq plus gros contributeurs de l’organisation panafricaine. En raison des arriérés de cotisations de très nombreux pays, l’UA se retrouve sans moyens suffisants et doit compter sur l’aide financière de partenaires pour financer ses actions. C’est le cas de la force de paix africaine en Somalie (Amisom) financée pour près de 98% par l’Union européenne. En prenant ses fonctions, Dlamini-Zuma s’était engagée à travailler pour «la souveraineté financière» de l’Afrique. Elle s’en va sans avoir pu véritablement engager ce chantier qui a d’ailleurs constitué un des points saillants du rapport produit par l’équipe du président Paul Kagamé qui s’est penché sur la question de la réforme de la commission de l’UA avec en toile de fond la question du financement des activités de l’UA.
Elle a fait ce qu’elle pouvait faire, déclare un observateur de l’UA. Dlamini-Zuma n’a pas eu la tâche facile,  car la Commission de l’Union africaine reste une institution intergouvernementale. Elle n’avait aucun pouvoir de décision et ne disposait pas d'assez de marges de manœuvre pour mener à bon port sa vision. C’était difficile de réussir totalement la mission.
Dlamini-Zuma a donc décidé de poser ses valises au sein de l’ANC où elle compte se présenter comme candidate à la présidente du parti pour enfin porter les couleurs de cette formation aux prochaines élections présidentielles. C’est la principale destination de cette héritière de Nelson Mandela. La tâche s’avère ardue dans le contexte de crise de gouvernance que traverse le pays. Une Zuma peut-elle remplacer un Zuma? C’est l’équation à plusieurs inconnues que devrait résoudre Mme Zuma.

Rodrigue Fénelon
 
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