Afrique : le pré-carré francophone à l’épreuve de la mondialisation Version imprimable
30-08-2011

Que deviennent les anciennes gloires de l’Afrique francophone (Côte d’Ivoire, Sénégal, Cameroun, Gabon) ? Focus.

Le continent africain est en pleine mutation économique depuis près d’une dizaine d’années. Ses nations sont en effet largement en tête dans les classements des taux de croissance élevés. En plus de cela, les économies africaines ont pu résister à la grande récession de 2008. Comme pour couronner cette prouesse, l’Afrique du Sud vient d’être admise au sein du groupe des pays émergents que sont le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine.

L’Afrique a, elle aussi, son propre « photo-album » en matière d’émergence économique, et celui-ci contient des pays phares comme le Nigeria, l’Angola, le Botswana, l’Egypte, la Tunisie et l’Ile Maurice. Auprès de ces grands on compte récemment de nouvelles nations qui sont de sérieux candidats à l’émergence. Ce sont des nations comme, le Ghana, le Cap Vert, la Tanzanie, le Rwanda et l’Ethiopie. Si ces pays reçoivent tant d’éloges, il n’en est pas de même pour les anciennes gloires de l’économie de l’Afrique francophone que sont la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Cameroun et le Gabon ! Que deviennent ces anciennes gloires ? Cette analyse essaie d’abord de présenter l’évolution économique des ces quatre pays entre 1970 et 2010. Pour évaluer l’évolution de ces économies, nous avons construit un index appelé « gain de croissance » qui est la différence entre le nombre d’années où le taux de croissance annuel est positif et celui où il est négatif. En plus du gain de croissance, nous prenons en compte les indices standards que sont les taux de variation du PIB par tête au cours de la période considérée. Le nombre d’années où un pays de liste est en récession est aussi pris en compte. On fera mention de « récession » quand le PIB par tête sera négatif.

L’économie ivoirienne apparaît comme la plus instable avec le taux moyen de récession de 7,5, le plus élevé du groupe. Cette économie en perpétuelle turbulence ne peut qu’occuper la dernière place du groupe...

 

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Les années 70

Dix années après les indépendances, le Sénégal cherche ses marques. Tout au long de cette période, ce pays a connu cinq années où le taux de croissance du PIB a diminué (négatif) et six années de périodes où il a été positif, révélant indirectement l’instabilité de la croissance économique des années 70. Pendant cette même période, on découvre du pétrole au Cameroun dès la fin de l’année 70. Les pétroliers de la liste (le Gabon et le Cameroun) partagent le milieu du classement avec un gain en croissance de +7. Ces gains de croissance sont confirmés par des taux de PIB, par tête, élevés pour ces deux pays. Le Gabon est à la tête avec 6,5% suivi du Cameroun avec 3,49%. Le cas de la Côte d’Ivoire laisse un peu perplexe. Ce pays connait un gain de croissance de +9, mais quand on considère le taux moyen de croissance du PIB par tête, la Côte d’Ivoire ne peut que récolter que 1,23% de la production par tête. Explication ? On peut conclure qu’entre 1970 et 1980, le gain de croissance n’a pas jugulé une certaine hausse de la population. Quand on prend en compte le nombre de récessions (nombre de fois où le PIB par tête est négatif), le Cameroun avec seulement deux « récessions » apparait comme l’économie la plus stable du groupe. Le Gabon (quatre récessions) a connu de grandes hausses positives de son PIB qui a, à la fin, annihilé les périodes de « vaches maigres ». Elle est de loin l’économie la plus performante. Les données de notre tableau donnent une modeste place à la Côte d’Ivoire où les traces du soi-disant « miracle ivoirien » ne sont pas très visibles. Le Sénégal ferme la marche dans tous les domaines (nombre de récessions le plus élevé, faible taux de croissance moyen).

 

Les années 80

Cette période est celle qui correspond avec la crise économique des pays africains au sud du Sahara. Presque partout les taux de croissance économique atterrissent dans la zone négative. La dégradation des termes de l’échange et la mauvaise conjoncture économique mondiale, associée à l’inefficience des politiques économiques nationales, sont les causes principales de la débâcle.

Le taux de croissance moyen du PIB par tête du groupe des quatre est de -1,1 quand pour la décennie précédente il était de 2. La Côte d’Ivoire et le Gabon font leur entrée dans la zone rouge avec respectivement -4,5 et -0,73. Ces économies fortement extraverties subissent les conséquences de la baisse des prix des produits d’exportation. Le Sénégal, avec un taux de croissance moyen de -0,87, a réussi à réduire la dégringolade sans pour autant sortir de la zone rouge. Le Cameroun est le seul pays de la liste à limiter les dégâts avec un taux de croissance par tête positif (1,76) et au dessus de la moyenne (-1,08). En prenant en compte le nombre de récessions, il est évident que la Côte d’Ivoire, avec dix années de croissances négatives sur onze a été le pays le plus secoué. En partant de +9 en gain de croissance dans les années 70, la Côte d’Ivoire obtient un gain de +1 pour les années 80. Au Sénégal, on sent dans cette même période que l’économie donne des signes de regain. De +1 dans les années 70, le pays obtient +3 en gain de croissance dans les années 80. Il est le seul pays à augmenter son taux de croissance moyen.

 

Les années 90

La saignée générale de l’économie des quatre pays continue jusqu’à l’année 1994, où d’un commun accord avec les institutions internationales, le franc CFA sera dévalué. Cette dévaluation va freiner pour un temps la dégringolade des économies de la Côte d’Ivoire, du Sénégal et du Gabon. La Côte d’Ivoire reste toujours dans la zone négative avec un taux moyen de -0,93. Le Gabon augmente son taux moyen de croissance à 0,3, confirmé par une hausse du gain de croissance qui passe de +4 dans les années 80 à +7 dans les années 90. Le Sénégal confirme ce qu’on pressentait déjà à partir des données des années 80. Ce pays est la force montante du groupe. En termes de gain de croissance, il passe de +3 dans l’année 80 à +7 dans les années 90. Pour la première fois, après une période de 20 ans, le Sénégal réussit à stabiliser son économie. Le Cameroun est le grand perdant des années 90. Habitué aux premières places, ce pays va connaître un taux de croissance moyen de -2. Sur une période de 20 ans, son gain de croissance est resté fige à +2. La dévaluation a légèrement réduit le nombre de récessions par rapport à la décennie passée.

 

Le nouveau millenium

Dix ans après le nouveau millenium, la dynamique du groupe des quatre a légèrement changé. Le Sénégal prend la tête du groupe avec un taux de croissance moyen du PIB par tête de 1,23 entre 2000 et 2010.

Peut-on clamer que les derniers sont devenus les premiers et les premiers les derniers ? Le Cameroun avec 0,66 revient dans la zone positive après la « décennie de perte des années 90 ». Le Gabon ne réussit pas maintenir son taux de croissance par tête et retombe dans la zone négative avec -0,28. En dépit de ces mixes résultats, le Sénégal, le Gabon et le Cameroun ont tous amélioré leurs gains de croissances à +6. Le cas de la Côte d’Ivoire est pathétique ! Son gain en croissance est négatif (-2). C’est en effet pour la première fois sur 40 années qu’un pays au sein du groupe connaît un tel résultat. L’instabilité politique de ces dix dernières années a relégué le pays au dernier rang du groupe. En 2002, une guerre civile éclate et divise le pays, l’économie est au ralentie. En 2010 le conflit électoral et la guerre qui en résulte détruisent la capitale économique.

 

Selon le classement de la performance économique des quatre économies, il est clair que le Gabon est à la tete du groupe des quatre sur le long terme. Dans la période récente de 2000-2010, c’est le Sénégal qui occupe la première place suivi du Cameroun. Le Gabon occupant la troisième position. La Côte d’Ivoire ferme la marche.

 

Quelles leçons peut-on retenir de cette analyse ?

1. Le Sénégal est l’économie émergeante du groupe. De la dernière place dans la période des années 80, ce pays a amélioré sa position pour être à la première place dans la dernière décennie.

 

2. Le Cameroun est le pays le plus stable en termes de « récession ». Il a en effet le taux moyen de récession le plus bas (3,5). Son économie vient à la deuxième position du groupe.

 

3. Quand on considère la période globale de notre analyse, le Gabon est en tête du classement. Si au contraire nous nous considérons la période entre 2000 et 2010, le Gabon, qui apparaît comme une économie aux nombreuses potentialités, est en perte de vitesse.

 

4. La Côte d’Ivoire ! Pleure ô pays bien aimé. L’économie ivoirienne apparaît comme la plus instable avec le taux moyen de récession de 7,5 le plus élevé du groupe. Cette économie en perpétuelle turbulence (crises économiques des années 80, dévaluation des années 90 et conflits armés de la dernière décennie) ne peut qu’occuper la dernière place du groupe...

 

Francis Konan

Économiste, diplômé de l’Université d’économie et de gestion de Vienne (Autriche), diplômé de l’Institut des études avancées de Vienne (Autriche), diplômé de la Faculté des sciences économiques & gestion de l’université d’Abidjan (Cocody).

 
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