Afrique : Pour un nouveau système de protection sociale Version imprimable
09-01-2017
Face à un monde plus individualisé, l’Afrique a besoin d’un nouveau système de protection sociale. Dans cette présente analyse, je propose de mettre en relief la nécessaire cohésion sociale qui ne saurait être isolée du système de protection sociale, historiquement daté du passage de l’État-providence à un monde de plus en plus individualisé.
Il est généralement admis que «le dialogue productif est la vertu de la bonne gouvernance et l’autoritarisme source de décadence». Aujourd’hui, vu la situation économique de l’Afrique, il est impossible actuellement d’aller vers des augmentations de salaire, quitte à aller vers un processus inflationniste généralisé. Seulement, le sacrifice doit être partagé. Or les signes de richesses extérieures créent au niveau des populations un sentiment de frustration, une névrose collective face à des rentes injustifiées et discréditant l’action des dirigeants africains qui appellent à l’austérité.

D’abord, l’ensemble des risques qui menacent le citoyen des sociétés contemporaines a connu des évolutions significatives avec le développement de nouveaux besoins de protection qui remettent en question les formes héritées et obligent à repenser les institutions et les techniques qu’elles mettent en œuvre. Cela pose la problématique de la crise de l’État-providence dans la plupart des pays et des objectifs poursuivis dans les redistributions opérées entre les individus et entre les générations. Ces dernières années, ce débat s’est focalisé sur l’opposition égalité vs équité, où par le passé certains pays surtout ceux qui ont bénéficié de la hausse d’une rente en Afrique ont vécu sur un modèle égalitaire simple, l’État propriétaire gestionnaire régentant l’ensemble de l’activité économique et sociale, réduction des inégalités, développement des prestations sociales pour tous, bien que certains contestent que ce modèle ait été inéquitable. Mais d’une manière générale, ce compromis est remis en cause avec l’évolution d’une société plus ouverte, plus individualiste exigeant des traitements plus personnalisés, avec comme toile de fond une croissance plus sélective. De ce fait, cela remet en cause le traitement statistique global qui correspond de moins en moins à la réalité plus complexe. La société de marché incitant naturellement à plus d’efforts, de dynamisme et de solidarité dans la compétition implique de cesser d’exclure sous peine de devenir une société de décadence. Ainsi, les problèmes doivent être absorbés différemment et cela passe par une réflexion collective sur la justice au sens sociétal. Car le lien est fort entre justice et équité afin de dépasser la conception commune d’injustice qui prédomine aujourd’hui, encore qu’il n’existe pas de justice et d’équité absolue. L’universalité de la justice n’existant pas, elle dépend du moment daté et du mouvement historique. Une société dynamique en forte croissance offre des espoirs individuels plus grands, en tolérant certaines inégalités de la société, dont l’économie stagne et où l’avenir est incertain. Paradoxalement, en dynamique, certaines inégalités à court terme profitent aux plus défavorisés à moyen terme si l’on respecte les droits fondamentaux.

Assurer le dynamisme de l’économie


Dans un tel contexte, il faut identifier les inégalités qui doivent être combattues (inefficaces et injustes) et trouver le niveau acceptable d’inégalités nécessaires pour assurer le dynamisme de l’économie. Il ne sera plus question de la simple égalité d’accès à des prestations banalisées, mais l’équité par la discrimination positive privilégiant le renforcement des relations professionnelles, la relance des négociations collectives branche par branche grâce à de nouvelles méthodes de travail fondées sur l’innovation continue. Il s’agira de favoriser de nouvelles structures sociales dynamiques pour impulser le changement et celles traditionnelles par définition plus conservatrices…

La suite à lire dans le prochain numéro du magazine.

Dr Abderrahmane Mebtoul, expert international
 
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