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Aghatam Ag Alhassane: «On ne vendra pas la CMDT à la sauvette» Version imprimable
29-11-2009

Pour Aghatam Ag Alhassane, ministre malien de l’Agriculture, le Mali peut redevenir le grenier de l’Afrique de l’Ouest.

Aghatam Ag Alhassane : « Au Mali, les gens s’adonnent à 80% à l’agriculture. »

Aghatam Ag Alhassane : « Au Mali, les gens s’adonnent à 80% à l’agriculture. »

Par Ismael Aidara, Paris

 

Les Afriques : Monsieur le Ministre, quelle est la place de l’agriculture dans la vision stratégique du PDES initiée en 2007 par le président Amadou Toumani Touré  ?

Aghatam Ag Alhassane : Je voudrais d’abord remercier votre journal Les Afriques, qui est assurément un support économique de référence, respecté par la communauté des décideurs, aussi bien sur le plan national qu’international. Le Ministère de l’agriculture, que j’ai l’honneur de conduire sous la directive éclairée du chef de l’Etat, qui m’a investi de toute sa confiance, et du Premier ministre Modibo Sidibé, est un département stratégique de notre économie. Notre priorité est de nourrir les Maliens à travers un plan d’action à la fois novateur et stratégique, décliné par le PDES, qui s’étale sur un quinquennat allant de 2007 à 2012. Au Mali, les gens s’adonnent à 80% à l’agriculture. La disponibilité foncière agricole est énorme. Avec un patrimoine en terres cultivables de l’ordre de 55 millions d’hectares et une disponibilité hydrique importante, sous-exploitée et non valorisée, nous pouvons à coup sûr redevenir le grenier de la sous-région africaine.

 

LA : Le Mali fait figure de pionnier en zone subsaharienne dans la mise en place d’une banque verte. Malgré ce dispositif, ce n’est pas encore la grande embellie chez les paysans ? 

AAA : Il y a de cela plusieurs décennies, le Mali s’est doté d’un dispositif bancaire viable et stratégique qui soutient et accompagne les producteurs et paysans agricoles maliens en vue d’une amélioration de leur outil de production. Le Mali a mis en place des caisses rurales et la Chambre d’agriculture du Mali, jouissant d’un caractère autonome, qui ont le pouvoir de négocier des crédits en parfaite corrélation avec un pool d’institutions bancaires qui continue de soutenir les activités de la paysannerie malienne. L’Etat contrôle la légalité des opérations et privilégie la facilitation, la conciliation pour le bien-être du monde paysan. La BNDA, dont le capital s’accroît d’année en année, constitue et demeure encore le partenaire stratégique du secteur agricole, dont le dynamisme se consolide davantage et fait notoriété en Afrique de l’Ouest. Ainsi, les paysans ont aujourd’hui accès aux engrais, aux matériels agricoles. Suite à l’inauguration par le chef de l’Etat d’une usine de montage et d’assemblage de tracteurs, un protocole d’accord a été signé avec la BNDA dernièrement pour permettre aux paysans et producteurs d’acheter des tracteurs et de bénéficier de lignes de crédits aux concessions assouplies.

 

LA : Le coton malien connaît depuis quelques années une chute vertigineuse de sa production. Quelle lecture faites-vous de cette situation ?

AAA : Avec un apport de 8% dans le PIB et une assiette financière de près de 200 milliards de FCFA par an au titre des recettes d’exportation, la production du coton a des effets multiplicateurs et interconnectés sur les autres activités économiques du pays. Au Mali, on dit : si le coton marche, tout va. Mais le secteur coton traverse une des crises les plus aiguës de son histoire. Cela s’explique, comme vous le savez, par la baisse des prix mondiaux et par les subventions allouées par certaines puissances du Nord à leurs producteurs, au détriment des producteurs du Sahel. A cela s’ajoutent d’autres facteurs liés aux coûts des intrants, et surtout au dumping international. Nous comptons produire 250 000 tonnes de coton graine cette année. Ce n’est pas seulement le Mali qui est affecté par la crise du coton. C’est tout le carré que j’appelle le Coton 4, qui regroupe le Tchad, le Burkina, le Bénin et le Mali, qui pâtit de cette situation. 

 

LA : Où en est-on avec le lancinant dossier de privatisation de la Compagnie malienne de développement textile (CMDT) ?

AAA : Ce dossier engage la responsabilité historique de l’Etat, car il s’agit de trouver une issue heureuse, viable et pérenne à un secteur hautement stratégique pour le pays. Il y va de l’avenir de quelque 14 millions de personnes. Nous sommes engagés dans un processus de privatisation à terme de la CMDT que nous comptons conduire de façon prudente et rationnelle. Nous en sommes au schéma de la définition des capitaux et des filiales. Tout ce que je peux dire est que la CMDT va devenir quatre filiales, et que chaque filiale aura son capital. Le coton malien est de bonne qualité et on ne vendra pas la CMDT à la sauvette. Le gouvernement s’est engagé à redresser la situation pour sauver la filière.

 

LA : Selon nos informations, le consortium agroalimentaire français Dagris devra quitter incessamment la table ronde des actionnaires de la CMDT ?

AAA : En quelque sorte. La firme française Dagris se retrouve aux alentours de 1% en termes d’actionnariat. L’Etat malien a dû supporter le déficit en recapitalisant l’entreprise pour lui éviter un dépôt de bilan.

« Je puis vous dire que beaucoup de repreneurs étrangers aux portefeuilles importants ont manifesté leurs intentions de racheter la CMDT. L’Etat n’entend pas brader cet outil. »

Je puis vous dire que beaucoup de repreneurs étrangers aux portefeuilles importants ont manifesté leurs intentions de racheter la CMDT. L’Etat n’entend pas brader cet outil. Une fois que les filiales et les capitaux seront définis, le futur repreneur stratégique sera connu du public.

 

LA : L’érection, fin 2012, d’un barrage hydroélectrique à Félou, au Mali, marque-t-elle le début d’une nouvelle ère pour l’agriculture sous-régionale ?

AAA : Concrètement, cet ouvrage au fil de l’eau que va réaliser la compagnie Sino Hydro Corporation arrive à son heure et sera un des moteurs d’accélération de croissance en milieu intercommunautaire sous-régional. Nos pays voisins (Sénégal, Mauritanie, Guinée), avec qui nous partageons ce cadeau du ciel qu’est le fleuve Sénégal, savent que ce barrage améliorera sensiblement les niveaux de vie des populations riveraines du fait, à la fois, de la disponibilité de l’électricité et de l’eau. Ce barrage va permettre une mobilité intervillageoise intense grâce aux aménagements connexes de l’ouvrage (routes rurales, pistes de production pour l’écoulement des produits). Félou est un des grands chantiers de l’heure pour la famille OMVS.

 

LA : Quels sont vos autres grands chantiers à un an du cinquantenaire du Mali ?

AAA : En termes de projets d’irrigation sur le Bani et Sélingué, pour une valorisation et une meilleure maîtrise de l’eau, nous envisageons à court terme de mobiliser près de 112 milliards de FCFA dans la construction de deux barrages : Djenné et Kourouba. Nous comptons aussi lancer les grands travaux d’aménagements des bas-fonds sur quelques millions d’hectares en vue d’intensifier les rendements agricoles. Grâce à la loi d’Orientation agricole que nous a proposée le chef de l’Etat, l’espoir d’une souveraineté alimentaire du Mali est permis.

 
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