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Alexandre Vilgrain: le foncier en Afrique Version imprimable
14-03-2012
Il est l’un des opérateurs majeurs de l’industrie agroalimentaire en Afrique francophone, intervenant principalement dans les secteurs du sucre, de la farine et de l’alimentation du bétail. Alexandre Vilgrain, PDG de SOMDIAA, mais aussi Président du CIAN (Conseil Français des investisseurs en Afrique), fédération regroupant une centaine d’entreprises industrielles et de services opérant dans plus de 49 pays du continent africain, aborde avec nous les questions complexes de son secteur d’activité. Entretien
Les Afriques : La question relative au foncier, à son statut, a toujours eu une influence directe sur le revenu agricole et cela sur tous les continents. La complexité de ce sujet en Afrique est-elle un frein au bon développement du revenu agricole, notamment pour le développement de l’alimentation du bétail ?

Alexandre Vilgrain : Vous avez raison. L’étude de la question foncière est une des clefs de la compréhension du monde agricole africain. SOMDIAA connaît bien ce sujet complexe car nous y sommes confrontés depuis près de 60 ans et que l’essentiel de notre production est issue de terres dont nos filiales sont locataires ou concessionnaires des Etats qui en sont les bailleurs. Certaines terres ont toutefois été parfaitement bornées, et ces dernières ne font pas l’objet de contestations d’usage. Cependant, l’essentiel du volume foncier est ailleurs, c’est à dire entre les mains des petites exploitations familiales ayant un titre ou seulement un usage à exploiter. Depuis plusieurs années, la Chambre des Notaires Internationale tente de donner un statut juridique à cette forme de propriété : «LE TITREMENT FONCIER». En s’appuyant sur l’identification des sols, l’aspect juridique permet la création d’un fichier foncier. Ce travail remarquable permettra, je l’espère, de conforter le statut d’exploitation familiale et ainsi sa valorisation. Tout cela est positif pour le Groupe SOMDIAA qui, je le répète, agit pour le développement agricole en Afrique, exploitant des ressources locales pour en commercialiser le produit sur les marchés locaux exclusivement. En ce qui concerne l’alimentation du bétail, cette production attire aujourd’hui beaucoup de monde puisque l’Europe n’arrive plus à satisfaire ses besoins, qui sont également grandissants en Afrique. L’objectif est de pouvoir valoriser l’ensemble des denrées produites localement et de pouvoir transformer les protéines végétales en protéines animales en Afrique pour les besoins locaux. Pour développer cette filière, le rôle d’un grand groupe comme le nôtre est de transmettre son savoir aux exploitations familiales qui participent à sa valorisation tout en s’appuyant sur un atout majeur de l’économie africaine : sa démographie positive.

LA : A quelle stratégie industrielle répond le récent rapprochement entre Vilgrain et Castel dans l’activité sucrière ?

A.V : Cette opération nous a permis de porter notre production agricole à 4 millions de tonnes de cannes, que nous transformons dans nos usines pour produire chaque année près de 400.000T de sucre. Le rapprochement des deux groupes sert donc une véritable stratégie agro-industrielle destinée à fédérer nos efforts de production, de recherche et de développement. Les économies d’échelle qui en découlent nous permettent désormais de nous confronter à la concurrence de grands groupes internationaux et d’attirer les plus grands talents africains ou étrangers. Nos équipes l’ont tout de suite compris et travaillent sur le terrain en très bonne entente.

LA : La crise des dettes publiques en Europe a eu notamment comme conséquence de faire baisser l’euro et, par ricochet, le f CFA face au dollar. Cela commence-t-il à doper la production africaine ?

A.V : Avant toute chose, il faut savoir que le débat sur la dévaluation du f CFA passionne en Afrique de l’Ouest et Centrale. D’un côté se pose très sérieusement la question de favoriser ce qui est produit localement, de l’autre les gouvernements sont tentés de défendre le pouvoir d’achat en facilitant l’importation de produits transformés beaucoup moins chers. Un euro valorisé autour de 1,30 dollar est un bon signe pour le développement d’un certain nombre de produits africains, mais cela reste encore insuffisant. Par ailleurs, les effets désastreux, désormais connus, de l’endettement public en Europe peuvent jouer un rôle pédagogique important en Afrique francophone. Ce sont en effet deux zones disposant chacune d’une monnaie commune.

LA : En 2007, vous avez lancé un département coton, cette filière assez bien organisée vous intéresse- t-elle toujours ?

A.V : Oui sans aucun doute. Même si la baisse très importante de la production de ces dernières années ne nous a pas facilité la tâche, nous sommes toujours attentifs. C’est une culture qui dispose de très nombreuses possibilités de valorisation localement, ce qui rentre tout à fait dans notre coeur de métier. Quoi qu’il en soit, nous entendons rester au contact des associations de cotonculteurs avec qui nous allons mettre en place un réseau qui viendra en complément des actions déjà entreprises, dans la filière et qui, nous l’espérons, apportera un service qui arrivera progressivement à l’équivalent de ce que vous pourriez trouver en Europe, dans de nombreuses autres cultures.

Propos recueillis par Ph.Bourgeois, Paris
 
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