Algérie : les 12 défis du gouvernement d’Abdelmajid Tebboune Version imprimable
31-05-2017
Quelles perspectives pour le gouvernement d’Abdelmadjid Tebboune? Assistera-t-on au maintien du statu quo, du juin 2017 à avril 2019 (date de l’élection présidentielle), ou l’Algérie doit-elle faire de profonds ajustements politiques, économiques et amorcer de véritables réformes privilégiant les intérêts de l’Algérie et non les appétits partisans?
Avec l’arrivée du nouveau gouvernement, voici les 12 défis qui engagent l’avenir de l’Algérie. Premièrement l’objectif stratégique, devant méditer le fort taux d’abstention et de bulletins nuls des élections du 4 mai 2017 (70%), est de mettre en place des intermédiations politiques, sociales et économiques afin d’éviter l’affrontement direct État-citoyens permettant des mécanismes de dialogue permanent entre tous les segments politiques, économiques et sociaux de la société, sans exclusive, évitant toute vision autoritaire du passé avec le monde qui est devenu une maison de verre avec la révolution d’internet, et s’ouvrir sur la société par plus d’espaces de liberté. Tous les segments de la société veulent leur part de rente et immédiatement quitte à conduire le pays au suicide collectif, ne croyant plus dans les discours démagogiques et les promesses sans lendemain, l’objectif est de rétablir la confiance en l’avenir et éviter ce divorce État-citoyens par une profonde moralisation de la vie politique et économique de la société.

Ensuite, sachant que la mondialisation reste une réalité, l’on devra prendre en compte les impacts des mutations mondiales, les enjeux géostratégiques de la région, dont le Sahel, l’intégration du Grand Maghreb et plus généralement de l’Afrique du Nord, pont entre l’Europe et le continent Afrique, à enjeux multiples, dont les avantages comparatifs de notre pays à terme devant s’inscrire dans cet espace euro-méditerranéen et africain. L’on devra analyser avec réalisme les implications stratégiques de l’Accord d’association qui lie l’Algérie à l’Europe applicable depuis le 1er septembre 2005, l’Algérie ayant eu un répit de trois années, le tarif douanier zéro étant prévu en 2000. Comment donc mettre en place des entreprises compétitives en termes de coût/qualité à cet horizon? Il en est de même de l’accord futur qui sera encore plus contraignant de l’adhésion de l’Algérie à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui interdit tout monopole et toute dualité des prix, notamment de l’énergie?

La réforme de l’école, ayant des implications pas seulement économiques mais culturelles et politiques afin de façonner le citoyen algérien de demain, qui connait une baisse alarmante. Dans ce cadre, comment intégrer notre émigration qui recèle d’importantes potentialités et qui est la mère de toutes les réformes? Le système socio-éducatif s’est bureaucratisé, du niveau du primaire au supérieur en passant par la formation professionnelle, posant la problématique de la maîtrise des nouvelles technologies, ayant privilégié la dominance de la quantité au détriment de la qualité, allant vers 2 millions d’étudiants à l’horizon 2020. Sans le primat à l’économie de la connaissance, tout programme est voué à l’échec.

Loin des mesures administratives, il s’agira de combattre le système bureaucratique sclérosant qui décourage toute initiative créatrice, produisant la sphère informelle qui occupe plus de 50% de la superficie économique où tout se traite en cash favorisant l’évasion fiscale, et plus de 50% d’emplois fonctionnant dans un État de non-droit, renvoyant à la refonte de l’État. Fondamentalement, cela passe par un débat sur le futur rôle de l’État, loin du système centralisé jacobin, afin de réaliser une transition vers une économie de marché à finalité sociale, devant concilier efficacité et une profonde justice sociale.

N’existant pas d’économie de marché spécifique caractérisée par la dominance du secteur privé productif, le secteur d’État devant évoluer dans un cadre concurrentiel, aborder franchement un programme daté de la démonopolisation (investissement neuf en faveur du secteur privé local et international) et de la privatisation (cession totale ou partielle des actifs existants), processus complémentaire, permettant la transition vers l’économie de marché et la croissance économique, posant la problématique du rôle de l’État dans la transition vers une économie de marché concurrentielle maitrisée.

Le problème de la régionalisation économique à ne pas confondre avec l’accroissement du nombre de wilayas. Le régionalisme devra renforcer la symbiose État-citoyens à travers l’implication des collectivités locales qui doivent optimaliser les dépenses publiques, rationaliser la dépense, afin de réaliser un regroupement autour de grands espaces économiques dont le noyau est des les centres de formation professionnelle, les banques, les entreprises publiques et privées et des universités régionales au sein d’écopôles régionaux afin de bâtir des pôles d’excellence.

L’erreur serait de se focaliser uniquement sur de nouvelles organisations et sur des lois pour combler le vide, l’Algérie ayant connu des dizaines de nouvelles organisations notamment du secteur économique public sans impacts probants, la mise en place opérationnelle de la bonne gouvernance, impliquant la refonte de l’État, basée non sur des relations personnalisées mais sur un État de droit, l’indépendance réelle de la justice, favoriser la pluralité des médias avec un code de déontologie, la lutte contre la corruption qui détruit la cohésion du tissu social et fait fuir les investisseurs potentiels et donc la mise en place d’institutions, s’adaptant tant aux mutations mondiales que locales tenant compte de notre anthropologie culturelle.

Aborder sans tabou et sans verser dans des attaques et analyses pernicieuses, comme dans tous les pays démocratiques, le rôle de l’armée et des services de sécurité dans un État de droit, étant souhaitable une loi de programmation de trois à cinq années, ainsi que le fonctionnement de notre diplomatie, celle du ministère des Affaires étrangères et des ambassades bureaucratisées, devant les adapter aux nouvelles réalités mondiales loin des discours et prises de position des années 1970 qui risquent de marginaliser l’Algérie.

La gestion transparente de la rente de Sonatrach, pilier de l’économie nationale avec 97% des recettes en devises, y compris les dérivés des hydrocarbures, doit être une priorité, car posant la problématique de la sécurité nationale par une transparence des coûts de production, devant autonomiser la rente des hydrocarbures, propriété de toute la collectivité nationale, et revoir toute la politique industrielle passée qui conduit le pays à une impasse. Un débat productif s’impose sur l’avenir du pétrole/gaz de schiste et ses effets sur l’environnement, le niveau des réserves des fossiles classiques, et la période de leur épuisement tenant compte de la forte consommation intérieure, de l’évolution des prix internationaux, des nouvelles mutations énergétiques mondiales, posant la problématique des subventions généralisées sans ciblage, source d’injustice et de gaspillage des ressources financières. L’on devra pour réduire les coûts combiner le solaire et le gaz torché gaspillé inutilement, impulser l’efficacité énergétique notamment avec les méthodes de construction traditionnelles, les nouvelles technologies permettant d’économiser 25% d’énergie, de ciment et de rond à béton.

N’existant pas une véritable politique salariale, correspondant au niveau de la production et de la productivité, il s’agira d’aborder sereinement le problème du marché du travail conciliant équité et flexibilité, notamment du danger des sureffectifs de la fonction publique (plus de 2,1 millions), où l’on ne résout pas les problèmes de l’emploi par l’administration ou des emplois rentes fictifs.

Lié à l’amélioration du système de santé dont les hôpitaux connaissent une gestion défectueuse, malgré les compétences, l’assainissement des caisses de retraite doit être géré dans la transparence, qui risque l’implosion en cas de chute du cours des hydrocarbures devant combiner les systèmes de répartition et de capitalisation.

Enfin, il s’agira de dynamiser la Bourse des valeurs en léthargie depuis des décennies, la réforme du système financier, les banques publiques totalisant plus de 90% du crédit total octroyé se cantonnant dans le rôle de guichets administratifs. Dans ce cadre, se demander pourquoi le non-attrait de l’investissement direct étranger hors hydrocarbures et la règle contraignante des 49/51% que l’on généralise aux secteurs stratégiques et non stratégiques qu’il s’agira d’assouplir. Par ailleurs, doit-on résoudre l’épineux problème du foncier tant agricole, avec cette déperdition des meilleures terres, qu’industriel, ce dernier que l’on livre à des prix exorbitants et souvent sans les commodités.

En résumé, évitons la sinistrose, l’Algérie a toutes les potentialités de sortie de crise. Mais, comme je le préconise depuis des années, pour cela un changement de cap s’impose. Les taux d’intérêt bonifiés, le pouvoir d’achat des Algériens autant que la valeur du dinar, corrélée aux réserves de change, dépendent pour 70% de la rente des hydrocarbures. Les subventions et transferts sociaux directs et indirects ayant représenté 27/30% du PIB en 2015/2016, l’État peut-il continuer dans cette voie si le cours des hydrocarbures baisse, l’Algérie de 2010/2014 fonctionnant sur la base d’un cours du baril supérieur à 100/110 dollars et 88 dollars en 2016? Comme j’ai à le démontrer dans les interviews données à plusieurs organismes internationaux, télévisions internationales et médias algériens, l’Algérie est à la croisée des chemins avec tous les scénarios possibles, afin de réaliser ou pas la transition d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures dans le cadre des valeurs internationales se fondant sur l’entreprise, son soubassement le savoir, devant en prendre en compte la protection de l’environnement et les industries d’avenir celles écologiques créatrices de valeur ajoutée et d’emplois productifs. Comme nous l’ont enseigné les fondateurs de l’économie, l’économie est avant tout politique, devant éviter tout déterminisme technique existant un lien dialectique entre le politique, l’économique, le social et le culturel, largement influencé par la mondialisation. Il y a lieu de distinguer la stabilité dynamique avec l’implication des citoyens par la démocratie source de progrès économique et social, supposant forcément un profond réaménagement des structures du pouvoir algérien de la stabilité statique source d’immobilisme pouvant conduire à la déflagration sociale à terme. Sans démocratie, sans un État de droit et le retour à la confiance, il ne peut y avoir de développement en ce monde turbulent et en perpétuelle évolution où toute nation qui n’avance pas recule.

Dr Abderrahmane Mebtoul, expert international
 
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