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Algérie : les banques privées font profil bas Version imprimable
14-11-2010

Les bonnes affaires réalisées en Algérie par les banques privées les rendent très conciliantes vis-à-vis de la volonté affichée de l’Etat d’exercer un contrôle plus strict sur le secteur.

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Les réseaux bancaires privés sont en plein boom avec l’ouverture de près d’une centaine d’agences chaque année.

En visite à Alger le 18 octobre, à l’occasion du deuxième anniversaire de l’installation de HSBC dans le pays, le responsable de la banque pour la région MENA, Simon Cooper, donne le ton : « Nous comprenons très bien les priorités des autorités algériennes et leur souci de réserver la majorité du capital à des actionnaires nationaux dans les entreprises de droit algérien ». Le DG de HSBC Algérie, Rachid Sekkak, renchérit : « Le rôle d’une banque n’est pas de faire de la politique, mais de s’inscrire dans les priorités des pouvoirs publics pour les transformer en opportunités d’affaires ». Au début du mois, c’est le premier responsable de la filiale algérienne de la Société Générale, Gérald Lacaze, qui accueillait l’entrée, rendue obligatoire récemment, d’un représentant de l’Etat dans le conseil d’administration des banques privées, comme « une occasion de nouer et de développer le dialogue avec les pouvoirs publics ».

Ces déclarations apaisantes font écho au renforcement des prérogatives de l’Etat et de la Banque d’Algérie, introduit par des textes législatifs adoptés à la fin de l’été dernier.

C’est par ordonnance que le premier conseil des ministres de la rentrée a apporté de nombreuses modifications à la loi sur la monnaie et le crédit. Ces dernières commencent par confirmer l’application aux banques de la nouvelle législation sur l’investissement étranger. Ainsi, toute ouverture de banque par un investisseur étranger sera donc conditionnée, à l’avenir, par la détention de 51% du capital par des actionnaires nationaux. De même, le droit de préemption de l’Etat en cas de vente par un investisseur étranger s’appliquera également au secteur financier.

La rentabilité des banques privées est menacée, depuis la fin de l’année dernière, par un risque de surcapitalisation. L’importance de l’augmentation du capital minimum, intervenue à la fin de l’année 2009, les place dans l’obligation de développer considérablement leur chiffre d’affaires.

L’Etat algérien se dote, en outre, d’un droit de regard sur les délibérations au sein des organes dirigeants des banques existantes, en s’attribuant pour la première fois une « action spécifique » dans le capital des banques privées. Elle lui permettra d’être représenté au sein de leurs conseils d’administration sans disposer néanmoins du droit de vote.

Le reste des mesures adoptées cet été visent à renforcer les missions de contrôle de la Banque d’Algérie, qui se voit ainsi confier le pouvoir d’autoriser la mise en place de toute nouvelle prestation à la clientèle, ainsi que celui de fixer les rémunérations des prestations.

L’ordonnance du 25 août réserve également une mention spéciale au suivi rapproché des banques en ce qui concerne les mouvements de capitaux réalisés vers l’extérieur.

 

Une rentabilité élevée

L’ensemble de ce nouveau dispositif vise à renforcer le pouvoir de régulation de l’Etat algérien sur un secteur qui, au cours des dernières années, a exercé une forte attraction sur les investisseurs étrangers. Les réseaux bancaires privés sont en plein boom, avec l’ouverture de près d’une centaine d’agences chaque année. Le secteur jouit d’une rentabilité élevée et le retour sur investissement était estimé dernièrement à plus de 27% en moyenne, par Karim Djoudi, le ministre algérien des Finances. Cette rentabilité est assurée essentiellement par un « écrémage » de la clientèle et le financement des opérations d’un commerce extérieur toujours aussi florissant, qui reste l’un des piliers de la profitabilité des banques privées. On estime que les banques privées réalisent, dans ce domaine, près de 30% de parts de marché. Une performance qui est attribuée à la célérité qui caractérise l’exécution des opérations, ainsi qu’à des coûts très compétitifs, notamment dans le cas des grandes banques comme BNP Paribas, City bank ou HSBC, qui peuvent s’appuyer sur un réseau international permettant de réduire les coûts de confirmation.

Stabilisation du nombre des acteurs bancaires

Pour un cadre de la Banque d’Algérie : « On va assister, au cours des prochaines années, à un contrôle plus strict de la Banque centrale sur la croissance des réseaux. Les agréments ne seront pas forcément automatiques. Ce contrôle va concerner non seulement l’agrément des nouvelles agences, mais également la possibilité pour ces agences d’opérer dans le domaine du commerce extérieur qui donne lieu à une autorisation spécifique. »

L’allongement de la liste des banques candidates à un agrément, dont les dossiers sont en instance au niveau de la Banque d’Algérie, est une autre expression de ce pilotage du régulateur algérien. La confirmation, par l’ordonnance du 25 août dernier, de l’obligation de s’associer à un partenaire algérien majoritaire pourrait cependant refroidir l’ardeur des candidats à un agrément et beaucoup d’observateurs du secteur s’attendent à une stabilisation du nombre de banques privées exerçant sur le marché algérien, au cours des prochaines années.

 

Un risque de surcapitalisation

La rentabilité des banques privées est menacée depuis la fin de l’année dernière par un risque de surcapitalisation. Jusqu’en 2009, les bénéfices étaient en effet réinvestis dans leur quasi-totalité par la plupart des institutions du secteur. L’importance de l’augmentation du capital minimum (100 millions d’euros) intervenue à la fin de l’année 2009, qui, pour certaines d’entre elles, représente un triplement des fonds propres, les place dans l’obligation de développer considérablement leur chiffre d’affaires. Cette contrainte se heurte à l’étroitesse du marché et, en particulier, au nombre très réduit de projets d’investissement bancables signalé par l’ensemble des banquiers privés. Le résultat devrait être une propension plus forte des institutions du secteur à transférer des dividendes vers les sociétés – mères et donc constituer pour les prochaines années une source de friction avec les autorités de régulation du secteur. L’« action spécifique » que l’Etat algérien vient de s’attribuer devrait lui permettre d’être aux premières loges pour mesurer, voire décourager, ces tentations.

 

Hassan Haddouche, Alger

 
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