Algérie : Les nouveaux défis socio-économiques du gouvernement Version imprimable
28-05-2017
L’Algérie vient de nommer un nouveau gouvernement avec comme Premier ministre Abdelmajid Tebboune. Un langage de vérité s’impose alors, car le pays devrait connaitre des tensions budgétaires à l’horizon 2020 et ne devait plus vivre sur l’illusion d’une rente éternelle des hydrocarbures.
Quelle est la situation économique en ce mois de mai 2017? Actuellement, 97% des ressources en devises proviennent directement et indirectement des hydrocarbures, le tissu économique est constitué à 83% de petits services/commerce, le secteur industriel ne représente que 5% du produit intérieur brut avec plus de 97% de petites unités non-initiées au management stratégique, environ 70% des besoins des ménages et des entreprises proviennent de l’extérieur, avec des limites à la restriction des importations, faute de quoi, l’on pourrait provoquer une implosion sociale et une inflation à deux chiffres comme au Venezuela. Le document permettant une appréciation objective n’est pas la balance commerciale, mais la balance des paiements qui en plus de la valeur des importations de biens prend en compte les services et les transferts légaux de capitaux. Selon les documents du FMI (fournis par la Banque d’Algérie), les sorties de devises des services ont été de 10,7 milliards de dollars en 2013, 11,7 en 2014, 11,0 en 2015, 9,9 en 2016 avec une prévision de 10,6 milliards de dollars en 2017. Le rapatriement légal des bénéfices selon les sources du FMI a été de 8 milliards de dollars en 2013, 8 en 2014, 6,5 en 2015, 3,1 en 2016 et une prévision de 3,7 milliards de dollars en 2017, avec une moyenne entre 4,5 et 5 milliards de dollars entre 2018 et 2020. Dans ce cas, au rythme des indicateurs financiers des quatre (4) premiers mois de 2017, en toute hypothèse, les sorties de devises sans compter les transferts légaux de capitaux clôtureraient fin 2017 à 46,26 milliards de dollars (biens) plus 10,6 milliards de dollars (services), soit 56,86 milliards de dollars et tendant vers 60 milliards de dollars ou plus avec les sorties légales de capitaux. Ce montant de sorties de devises correspond pour l’équilibre à un baril variant entre 85 et 88 dollars pour éviter des tensions au niveau de la balance des paiements. Or, selon le FMI, le cours du baril varierait entre 50 et 55 dollars à prix constants entre 2017 et 2020, sous réserve d’une discipline des accords OPEP/non-OPEP.

Afin d’éviter un épuisement progressif des réserves de change et un retour au FMI 2018-2019, ce qu’aucun patriote ne souhaite, il s’agira d’aller vers de profondes réformes structurelles : lutte contre la bureaucratie par la réforme des institutions, réforme du système financier lieu de distribution de la rente, réforme du système socio-éducatif, l’économie de la connaissance pilier du développement, et enfin résoudre l’épineux problème du foncier et celui des subventions généralisées qui sont à la fois une injustice sociale et source de gaspillage. En effet, les subventions sont régressives montrant leur manque d’équité et la nécessité de les réformer : plus vous êtes riche, plus vous en bénéficiez. Mais conserver cette politique coûte de plus en plus cher. Dans un rapport, la Banque mondiale fait remarquer qu’en moyenne dans le monde 20% des plus riches bénéficient six fois plus que 20% des plus pauvres des subventions recommandant que les programmes d’aide sociale doivent être ciblés de manière à aider les ménages pauvres et vulnérables à y faire face.

À l’aube de la quatrième révolution économique avec de profonds bouleversements géostratégiques (militaires, politiques, économiques, sociaux et culturels), des stratégies d’adaptation sont nécessaires. L’Algérie devra investir dans des segments où elle a des avantages comparatifs en termes de coût/qualité au sein de filières internationalisées, évitant des unités de prestige dans l’industrie, de l’énergie (énergies renouvelables), l’agriculture, du tourisme et des nouvelles technologies, comme elle devra assouplir la règle des 49/51% qui est un dogme idéologique des tenants de la rente, l’Algérie supportant tous les surcouts, devant définir avec précision les secteurs stratégiques et non stratégiques si elle veut attirer des investisseurs potentiels. Pour le secteur du bâtiment et travaux publics qui emploie près de deux millions de personnes, il faudra à l’avenir revoir le mode de construction, les nouveaux matériaux permettant d’économiser pus de 30% d’énergie ainsi qu’une fraction substantielle de ciment et de rond à béton. Comme vient de le noter le nouveau Premier ministre, il faudra éviter l’étouffement des entrepreneurs opérant dans ce secteur, tout en les encourageant par des actes de formation à leur reconversion. Donc, payer les entrepreneurs qui ont terminé les travaux, ainsi que les projets entamés tout en veillant au respect du cahier des charges. Mais attention, avec les tensions budgétaires, le mode de logement social où tout le monde veut avoir un logement presque gratuitement est à revoir, car il est source également d’injustice sociale vis-à-vis notamment des couches moyennes. Par ailleurs, le slogan "quand le bâtiment va tout va" de la période des années 1970-1980, il n’est plus d’actualité en ce XXIème siècle, devant méditer les expériences de bulles immobilières (cas de l’Espagne). Résoudre la crise du logement sans vision stratégique du développement global risque de conduire à des tensions sociales. Paradoxalement, la crise du logement servant de tampon social (même marmite, même charge), car un ménage vivant seul avec deux enfants doit avoir un revenu minimum de 50 000/60 000 dinars nets par mois.

En résumé, l’Algérie a toutes les potentialités de sortie de crise : la situation afférente à des impacts de la crise de 1986 : réserves de change de 106 milliards de dollars et endettement externe d’environ 4 milliards de dollars en février 2017 devant aller rapidement vers de profondes réformes structurelles et surtout avoir une vision stratégique. Je réitère le souhait de succès au nouveau gouvernement. Il faudra à tout prix éviter la tentation de la gestion administrative des années 1970 qui risque de provoquer des effets pervers, étant à l’ère de la mondialisation, les lois économiques étant insensibles aux slogans politiques. L’économie de marché ne signifie pas anarchie, mais un Etat régulateur fort, fort de sa moralité devant libérer toutes les énergies créatrices. Afin de mobiliser la population algérienne, consciente des enjeux, un discours de vérité s’impose : ni sinistrose ni autosatisfaction source de névrose collective, mais devant éviter les contre-vérités et déclarations démagogiques de certains responsables.

Dr Abderrahmane Mebtoul, expert international
 
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