Assurance : Marrakech 2017, un tournant? Version imprimable
14-02-2017
La 41ème Conférence et Assemblée générale annuelle de la Fanaf, qui se tient depuis hier à Marrakech, organisée par la FMSAR, en étroite collaboration avec la Fanaf, va certainement permettre à la profession d’amorcer un nouveau tournant.
Les assureurs africains comptent jouer leur partition dans le vaste chantier du développement du continent. Non seulement ils envisagent de se hisser aux standards internationaux, mais aussi et surtout veulent massifier leur portefeuille avec une offre diversifiée et de qualité. Déjà, lors de la séance inaugurale, sur «Nouveaux enjeux réglementaires et défis opérationnels : quelle stratégie pour l’assurance africaine?», Issofa Ncharé, secrétaire général de la CIMA, président de séance, ainsi que les panélistes ont mis l’accent sur le rôle du régulateur qui, au-delà de la réglementation, est un catalyseur pour accélérer la croissance du marché. C’est l’avis qu’a défendu Richard Lowe, PDG du groupe Activa et du réseau Globus, qui a plaidé pour une régulation mieux intégrée et un travail à faire pour inverser la tendance. Ses maîtres-mots ont été «solvabilité, régulations, en convergence, loin du copier-coller». Sur ce dernier cas, ce conférencier a souligné que si l’escompte de commissions est suranné dans les pays du nord, il ne doit pas être aboli dans les pays africains pour encourager le courtage…

Partenariats et nouveaux défis
Romain Paserot, secrétaire général de l’IAIS, insistera sur une approche qui favorise la proportionnalité, mais aussi un Comframe, des superviseurs en réseaux dans des collèges de groupe, sachant que dans ce comframe, les pays membres de cette association développent une norme mondiale. Justement, cette norme en capital, sensible au risque… verra son entrée en vigueur en 2018. Il n’a pas terminé son propos sans se demander si le cumul de règles ne crée pas une certaine overdose. Dans ce qu’il a appelé une révolution de la réglementation, il a souhaité des partenariats, tenant compte de nouveaux défis, ayant trait à la protection de la clientèle, le développement de marchés (offre disponible par micro-assurance, inclusion…). Des débats riches ont ensuite animé la salle, avec notamment des courtiers d’assurance s’interrogeant sur les impacts sur la clientèle de l’article 13, cette obligation de régler les primes au comptant, mais aussi la problématique posée en partie par l’article 308 dans l’objectif de protection, car en passant de 25 à 50% de rétention… quel sera le niveau de protection pour cette corporation? Le président de séance rassura tout le monde, soutenant qu’en général, la protection des consommateurs est prise en compte. Quant aux questions sur Solvability II, notamment un projet qui a duré 13 ans, avec des compagnies qui ont perdu beaucoup, des cabinets qui se sont enrichis et ont perdu en «crédibilité»… pour être jugé «catastrophe industrielle», les panélistes répondront que ce projet est européen (UE), outre la pérennité des structures et la confiance qu’elles vont générer, il vise une harmonisation du contrôle et une mise à jour beaucoup plus sensible au risque. De leur avis, ce qu’on mesure moins, ce sont les bénéfices… et qu’il faudra du temps pour évaluer les rapports coûts/profits.

Aussi, des acteurs présents dans la salle, tels que ce responsable d’une compagnie tunisienne qui a lancé un appel pour un travail en commun, sachant que la régulation, contenue dans les nouveaux textes, va dans les deux sens, à savoir plus de viabilité et accompagnement dans le développement des compagnies. L’ensemble des chantiers dans le moyen et le court terme illustrent cela. Il s’agit de crever l’abcès ensemble… Dans ce sens, le travail de la Fanaf a été salué. Cette session a été suivie par une séance procédurale qui a meublé l’Assemblée générale annuelle de la Fanaf.

Mobiliser plus d’épargne longue
L’après-midi, la table ronde CIMA/Fanaf a tout aussi été riche et des avancées sont attendues dans l’harmonisation des dispositions réglementaires et on se dirigerait vers des états généraux de l’assurance africaine, courant second semestre 2017.

Le lendemain, mardi 14 février, les échanges ont été entamés par un thème sur «La couverture des catastrophes naturelles et risques environnementaux». Fatou Assah, Program coordinatrice Banque mondiale, présidente de séance, et les panélistes Bachir Baddou, directeur général de la FMSAR, Mohamed Beavogui, directeur général de l’African Risk Capacity, et Antoine Bavadi, expert Banque mondiale, ont cerné un sujet de plus en plus à l’ordre du jour en Afrique, changement climatique oblige, et qui a été enrichi par les interactions avec les participants. La présentation du Fonds obligataire domestique de la BAD (Banque africaine de développement), qui a suivi, permettra aux assureurs des placements sûrs pour couvrir de tels risques.

Eviter d’être ubérisé
Le chantier de l’innovation, consacré par le thème «Réussir la digitalisation de l’assurance africaine» a permis à René Buccaioni, administrateur de société, président de séance, de camper le débat, signifiant que quelque 70% des compagnies d’assurance s’y sont engagées, que 15% sont sur des projets et que 15% ne s’y sont pas encore mises. Il a souligné que c’est pour répondre à la mobilité, renforcer la relation avec les clients, surfer sur la prolifération des objets connectés, avec comme corollaire une individualisation qui va prendre le pas sur la mutualisation. Une tendance qui sera confirmée par Tavaziza Madzinga, de Swiss Re, pour qui on est plus que jamais dans l’ère du «What’s small world», tant les distances se réduisent, et que nous vivons dans un monde connecté. Pour lui, la digitalisation, c’est maintenant. Maintenant, il est possible de couvrir les risques des fermiers dans le profond Kenya… à condition que des régulateurs permettent de créer un écosystème permettant l’éclosion et le développement des technologies nouvelles.

Quant à Emmanuel Brulé, de Saham Finances, il a trouvé qu’il faut se focaliser sur l’innovation basée sur la data, vu que la réduction des coûts de lancement a permis la prolifération de start-up dans tous les secteurs… et que naturellement, des acteurs se sont intéressés à cet écosystème de l’assurance. Compte tenu des taux de maturité, ce conférencier trouve qu’en Afrique, c’est une opportunité pour le monde de l’assurance.

Rester à la page ou mourir
Le cadre de Saham Finances croit qu’il est utile de profiter de cette bascule technologique pour transformer leur business model. Pour le réussir, il s’agira de devenir plus souple et donc moins rigide, plus simple pour des plateformes plus rapides. Cela passerait par asseoir une culture digitale, considérer davantage le parcours client, intégrer que nous vivons dans un monde global, penser réseaux, dès le premier jour, être rapide et résilient, changer l’état d’esprit et aller sur l’esprit start-up… devenir up-to-date. Enfin, considérant que la digitalisation est le challenge, le plus important en termes de levier de changement, il a préconisé qu’au-delà de la technologie, il sera utile de suivre un agenda, tout en étant agile, donc avoir une stratégie digitale. Soulèye Diouf, consultant NTIC, confirmera, lui, que nous vivons une véritable révolution, et qu’il faut rester à la page en ces temps d’éclosion de nanotechnologies, de blockchains… Contrairement à ce qui était jusqu’à présent admis, c’est le progrès technique qui va tirer la croissance. Il a conseillé de s’ouvrir dans la mesure où l’avenir appartient aux gestionnaires de données. Citant Mc Kinsey qui estime le marché de l’e-commerce d’ici à 2020 à 75 milliards de $, soit de grandes opportunités pour l’Afrique, il a fait l’ébauche d’une méthodologie pour s’inscrire dans ce marché très appétissant. Devant les professionnels, il décrira comment faire le pas et réussir la transformation, notamment après avoir étudié ses forces et faiblesses, capitaliser sur le Big data puis analyser et structurer… être plus proche des clients, réussir sa tarification… Parmi ses recommandations majeures, le cloud, profitable, puisqu’il permet l’économie de serveurs à gérer et qu’il est sécurisé. Mais aussi, aller vers des solutions hybrides, disposer d’un top management, visionnaire du changement, définir la stratégie digitale, faire de la sensibilisation, repenser le SI (progiciel de gestion, plateforme simple et accessible), et plus globalement une réglementation pour accompagner le secteur. Avant d’exposer un exemple d’application mobile, il aura insisté sur la formation, l’animation et l’organisation de tables rondes spécifiques par la Fanaf et autres associations similaires. Les interventions de la salle appuieront cette démarche, allant vers plus de numérisation pour ne pas tomber dans le syndrome Kodak, au début des années 80... non sans mettre l’accent sur la réglementation.

La séance suivante axée sur «Quelle place pour la réassurance africaine à la lumière des aménagements réglementaires intervenus dans certains pays?» a été aussi riche en chantiers pour à la fois se protéger et s’ouvrir, massifier les totaux bilans, voire se mettre en consortia, le rating, une réglementation plus affinée, les options de compagnies de réassurance nationales… Animée par les leaders de la branche, tels que SCR (Maroc), Africa Ré et Continental Ré du Nigéria, qui figurent parmi les pionniers aussi, les orientations ont été bien précises.

Daouda MBaye, envoyé spécial à Marrakech
 
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