| Bernard Bachelier: «Une interaction entre la fonction de think tank et les projets vivriers» |
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| 03-10-2009 | |
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Avec la crise alimentaire et le focus mis sur le développement agricole en Afrique, la Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde (Farm), à la fois think tank et promoteur de projets, se trouve confortée dans ses nouvelles priorités : le vivrier et le rural. Analyse de son directeur Bernard Bachelier. Propos recueillis par Bénédicte Châtel, Paris
Les Afriques : Est-ce que la flambée des prix des produits agricoles et vivriers l’année dernière a modifié les priorités de la Farm ? Bernard Bachelier : Oui, cela a constitué un changement majeur. Jusqu’à l’année dernière, nous étions surtout un think tank. Puis, on est devenu aussi un opérateur, en réaction à la crise alimentaire : on a lancé des projets, en partenariat avec des groupements paysans en Afrique, tendant à augmenter la production vivrière en Afrique de l’Ouest. Cette année, nous avons des projets dans sept pays. La fonction think tank porte sur des espaces plus larges, l’Afrique subsaharienne, l’Afrique du Nord et dans le positionnement de l’Afrique par rapport au reste du monde. Mais il y a une interaction très forte entre la fonction de think tank et les projets vivriers. Par exemple, on a démontré qu’il y avait très peu de transmission des prix mondiaux sur les prix des produits locaux. Du coup, on essaie de soutenir des projets vivriers qui vont aider à dégager des excédents et à les commercialiser vers des consommateurs qui en ont besoin, c’est-à-dire les consommateurs urbains. Car les émeutes de la faim étaient liées à l’alimentation des villes, non des campagnes. Une initiative intéressante aujourd’hui, c’est l’initiative marocaine. Les Marocains ont initié une politique agricole avec le Plan Maroc Vert, ils ont un Crédit Agricole qui est une banque d’Etat et qui est dotée d’une fondation de microfinance.
LA : L’Université du coton n’est-elle pas très menacée par une filière en péril en Afrique de l’Ouest ? BB : Premièrement, le coton n’est pas condamné. Ceux qui maîtrisent les raisonnements de gestion, le Burkina par exemple, s’en sortent bien, ou du moins leur production reste élevée. Le Mali, qui n’a pas fait sa réforme, qui est plutôt dans une position revendicatrice que de construction économique, est en train de plonger. Donc cela abonde dans notre raisonnement : il faut aider les leaders agricoles à maîtriser les connaissances de gestion. Deuxièmement, ce qu’on fait avec la filière coton va servir à toutes les filières. Les producteurs de coton sont également des producteurs de vivriers et des éleveurs. Au Burkina, François Traoré (président de l’Association des producteurs de coton africains, ndlr) veut monter une association de producteurs de maïs. Nos projets vivriers montrent que ces besoins de formation à la gestion, de développement des fonctions économiques, est la priorité de toutes les filières.
LA : Que prône la Farm de novateur en matière d’accès aux financements agricoles ? BB : L’accès au financement est au cœur de nos projets vivriers. On est dans la microfinance, mais les taux d’intérêt, les garanties demandées, sont inadaptés aux filières vivrières. Donc il faut trouver des mécanismes où on apporte des fonds de garantie en veillant à ce qu’ils soient renouvelés, à ce qu’il y ait des remboursements, que les modalités soient adaptées : je maintiens qu’avec les taux d’intérêt de la microfinance, il est impossible de soutenir les productions vivrières locales. Il y a des moments où la Farm a été obligée de prendre en charge les taux d’intérêt dans des projets, mais cela reste micro. L’expérience montre que, dans plusieurs cas, on n’a pas pu obtenir le soutien des institutions pour ces financements de groupement. De toute façon, il faut reprendre toute la réflexion sur la façon d’aider les groupements à accéder aux financements bancaires.
LA : Mais que peut-on imaginer de nouveau ? BB : Une initiative intéressante aujourd’hui, c’est l’initiative marocaine. Les Marocains ont initié une politique agricole avec le Plan Maroc Vert, ils ont un Crédit Agricole qui est une banque d’Etat et qui est dotée d’une fondation de microfinance. Le Crédit Agricole s’adresse plutôt à l’agriculture de marché et exportatrice, la microfinance s’adresse aux plus pauvres. Entre les deux, ils ont créé une institution de financement du développement agricole qui fait de la mésofinance, qui s’adresse plutôt aux groupements ou à de petites entreprises. Cette institution a été dotée d’un fonds garanti par l’Etat qui doit lui permettre de faire des prêts à des conditions adaptées. Ça c’est innovant !
LA : Avec la crise financière, vos mécènes ont-ils réduit leurs contributions à la Farm ? BB : Non, la crise n’a pas eu d’impact sur les ressources financières de la Farm. On a pu trouver de nouveaux mécènes pour soutenir les projets vivriers en réaction à la crise alimentaire. Nos fondateurs continuent à nous soutenir. Les raisons qui ont poussé à créer la Farm sont plus que jamais valables : le diagnostic que nous faisions, tout le monde le fait aujourd’hui. Continuer à réduire les financements à l’agriculture, notamment l’agriculture vivrière, est une impasse. Il faut faire autre chose. Il faut contractualiser directement avec les coopératives agricoles et il faut être très réactif.
LA : Pour 2010, quelles sont vos priorités ? BB : L’objectif est de les aider à dégager des fonds propres et de former leurs responsables à la gestion. Deuxièmement, nous montons un colloque les 23 et 24 novembre prochains intitulé « Prix et risques agricoles, les agriculteurs face à la volatilité ». Il s’agira ensuite de traduire certains enseignements au niveau des groupements, afin qu’il puisse y avoir des actions qui réduisent les impacts de la volatilité, par exemple le warrantage. Car l’enjeu, c’est bien d’avoir une meilleure répartition de la valeur ajoutée au sein des filières, entre le négoce, les paysans et les coopératives. Donc, par des crédits de stockage, il faut que les groupements puissent jouer sur les cours et capter un peu plus de valeur ajoutée. L’autre enjeu, couplé aux projets vivriers, est d’élargir la prospection financière de la Farm et l’appel à dons auprès des particuliers. Nous avons ouvert en 2009 cet appel aux particuliers. Les réactions sont encourageantes. D’autre part, nous allons continuer notre projet au Maroc avec le réseau des irrigants méditerranéens, grâce à une extension du projet en 2010 en Algérie et peut-être en Tunisie. Voir Aussi :
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