Cacao : Les producteurs africains logés à mauvaise enseigne Version imprimable
13-06-2018
Les trois pays africains qui exportent 70% de la production du cacao mondial bénéficient seulement de 3% des revenus.
C’est un véritable paradoxe dans la filière cacaoyère, où les principaux producteurs ne tirent que peu de profit de leur activité. En effet, dans l’industrie chocolatière mondiale, l’on retrouve plus de fèves de cacao en provenance des pays africains que des producteurs d’Amérique du Sud. Avec en tête, la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, le Ghana et le Cameroun respectivement deuxième et troisième producteur mondial. Des pays qui contrôlent pourtant les 3/4 de la production mondiale de cacao. Lors de la 4ème édition du forum des fonds souverains de la Banque islamique de développement (BID) qui s’est tenue courant mai à Libreville, au Gabon, les fonds d’investissements agricoles ont plaidé pour une implication progressive du continent dans l’industrie chocolatière afin de tirer davantage de dividendes de la transformation des fèves.

Des pays qui exportent 70% des fèves, mais ne tirent que 3% des revenus globaux issus du commerce des produits de l’industrie chocolatière s’est indigné le ministre gabonais de l’Agriculture, Biendi Maganga Moussavou. Tenant compte de cette situation, les participants ont insisté sur la nécessité de mettre un accent sur la transformation, afin de tirer des dividendes substantiels. Dans cette optique, les pays comme le Cameroun tablent pour une transformation de 50 % de la production locale en 2025, contre moins de 30 % actuellement.

Selon les chiffres de l’Organisation internationale de cacao (ICCO), l’industrie chocolatière mondiale génère 100 milliards de dollars; les pays producteurs ne captent que 6% de cette somme tandis que les paysans, producteurs directs de fèves, ne profitent que de 2% de cette manne.

En la matière, la Côte d’Ivoire premier producteur mondial de cacao avec plus de 35% de la production mondiale ne tire profit que de moins de 2% à cause de l’inexistence d’une industrie locale de transformation. En 2017 par exemple, le pays a produit 2,01 millions de tonnes de cacao sur une production mondiale estimée, selon l’ICCO, à 4,7 millions de tonnes. La Côte d’ivoire n’ a tiré que 2 013 milliards francs CFA de revenus, soit environ 3,350 milliards de dollars lors de la campagne cacaoyère 2016-2017 sur le commerce des fèves, quand les compagnies chocolatières américaines généraient des ventes de l’ordre de 22 milliards de dollars pendant la même période. Du coup, on comprend que la situation st encore plus difficile pour le Ghana avec une production de 882 175 tonnes, et le Cameroun qui s’en tire avec 380 000 tonnes en 2017.

Jean Jacques Opango, Libreville
 
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