Cameroun-Etats-Unis : La tension monte Version imprimable
28-05-2018
Après avoir été « convoqué » par les autorités camerounaises pour avoir « suggéré » au chef de l’Etat Paul Biya de quitter le pouvoir, l’ambassadeur des Etats-Unis Peter Balerin vient d’être rappelé par l’administration Trump pour « consultation ».
Plus d’un demi-siècle après l’établissement des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et le Cameroun, c’est la première fois que les deux pays connaissent leur première réelle crise diplomatique. Le ciel des relations diplomatiques entre Washington et Yaoundé a été obscurci depuis le 18 mai 2018, lorsque le plénipotentiaire de l’Oncle Sam accrédité sur les collines d’Ongola, a pris ses libertés « suggérant » au chef de l’Etat camerounais de quitter le pouvoir.

Ce jour, Peter Balerin était l’hôte du président Paul Biya au Palais d’Etoudi au cours d’un tête-à-tête pour faire le point de la coopération entre les deux pays, notamment au sujet de la lutte contre la secte terroriste nigériane Boko Haram qui multiplie des attaques dans la région de l’Extrême-nord du Cameroun. Au sortir de l’audience, le diplomate américain a fait publier l’économie de leur entretien dans la presse : « Finalement, le Président Biya et moi avons discuté des élections à venir. J'ai suggéré au Président Biya qu'il devrait penser à son héritage et à la manière dont il voudrait qu'on parle de lui dans les livres d'Histoire que liront les générations futures, et je lui ai suggéré que George Washington et Nelson Mandela sont d'excellents modèles qui devraient l'inspirer », a résumé le diplomate américain.

La colère de Yaoundé
Une « ingérence inacceptable » ayant provoqué « un tollé général » non seulement pour le gouvernement camerounais, mais aussi pour la plupart des Camerounais qui n’ont pas apprécié qu’un sujet aussi sensible soit abordé « aussi légèrement et sans aucune précaution diplomatique par un diplomate ». Il n’en fallait pas plus pour que les uns et les autres concluent à une « tentative de déstabilisation des institutions par des réseaux tapis dans l’ombre » quand d’autres n’invoquaient pas tout simplement un « complot » du président américain Donald Trump contre son homologue Paul Biya. Toujours est-il que le diplomate américain a beau insister que ses « propos ont été mal interprétés par la presse », que le mal était déjà fait, provoquant la colère du régime de Yaoundé qui l’a fait savoir en termes clairs et précis.

Le 22 mai 2018, soit quatre jours après ces déclarations, Peter Balerin qui, entre temps a assisté deux jours plutôt le 20 mai à la célébration du 46è anniversaire de la création de l’Etat unitaire est convoqué par le ministre des Relations extérieures (MINREX) Lejeune Mbella Mbella. Question pour ce dernier au nom du gouvernement de dire de vive voix à l’ambassadeur que sa démarche « viole tous les usages diplomatiques en la matière ainsi que les règles de civilité et de droit ». Sans mettre les gangs, le chef de la diplomatie camerounaise dira à Peter Balerin de ne pas s’immiscer dans les affaires internes de son pays d’accueil, avant de l’inviter « à respecter le peuple camerounais, notamment sa liberté souveraine dans le choix de ses dirigeants ». Pour terminer, le membre du gouvernement signifiera de manière ferme et précise au diplomate américain que « le Cameroun ne se fera jamais imposer un candidat de l'extérieur ».

Grandes réalisations
Alors que l’on croyait « l’incident » si ce n’est clos, tout au moins atténué, que le président Donald Trump connu lui aussi pour son langage peu diplomatique, a décidé de rappeler son ambassadeur pour « consultation ». Une situation qui laisse croire que ce feuilleton pourrait encore s’écrire en plusieurs épisodes. En tout état de cause, Peter Balerin dont « les autorités camerounaises n’ont pas demandé à être expulsé » révèle une source diplomatique camerounaise pourrait voir son séjour écourter au Cameroun, moins de six mois après avoir posé ses valises dans « l’Afrique en miniature ».

Au demeurant, le diplomate dont l’ambassade des Etats-Unis d’après certaines sources partagerait un mur mitoyen avec « la maison de retraite de Paul Biya » au quartier Golf à Yaoundé et à un jet de pierre du Palais d’Etoudi pourrait connaître un séjour difficile au Cameroun. Et pour cause, Paul Biya âgé de 85 ans dont bientôt 36 ans passés au pouvoir ne semble pas prêt pour abandonner le gouvernail de son pays, alors que se profile en octobre 2018, la prochaine élection présidentielle dont il est « le candidat naturel » de sa formation politique, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir). Le président de la République que ses partisans ne jurent que par lui pour la poursuite de la politique des « grandes réalisations » dans la perspective de l’émergence économique dans une quinzaine d’années.

Achille Mbog Pibasso
 
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