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Cameroun : retour en force de l’Etat dans le secteur bancaire Version imprimable
19-05-2011

Après une décennie où il a dû se désengager en grande partie du secteur financier pour cause de restructurations, l’Etat marque un retour significatif à travers la prise de participation accrue dans les banques et la promotion de nouvelles banques à capitaux publics.

Les feux ne sont pas encore passés au vert pour l’économie camerounaise, comme le démontre le taux de croissance qui se situe encore à moins de 4%, tandis que l’inflation se situe autour de 1,2% d’après les dernières estimations du Comité politique monétaire (CPM) de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC). Toutefois, parmi les secteurs de l’économie où se traduit une certaine reprise, il y a la finance, où l’on remarque une présence de plus en plus significative de l’Etat dans la participation au capital des banques et la création de nouveaux établissements.

Bonnes affaires
Les derniers exemples en date sont la présence du Cameroun à hauteur de 20% dans le capital de la filiale camerounaise de BGFI, la première banque de l’espace Cemac en termes de dépôts, qui a démarré ses activités il y a deux mois.

Il convient également de préciser que, pendant qu’une action revenait au Cameroun à 50 000 francs CFA, Attijariwafa Bank l’achetait à 85 000 francs CFA, ce qui aurait permis au Trésor public d’engranger des gains substantiels.

Il y a quelques jours, le groupe marocain Attijariwafa Bank a définitivement pris le contrôle de la Société Camerounaise de Banque (SCB) Crédit Agricole (CA) en rachetant 51% des actions. Avec la reprise de 14% des actions de la SCB, le Cameroun a porté son actionnariat à 49%, ce qui confère à l’Etat un minimum de contrôle et de blocage au sein de la nouvelle structure. Une « bonne affaire », explique-t-on au Ministère des finances, car non seulement l’Etat a atteint son objectif qui était de porter son capital de 35% à 49%, mais il convient également de préciser que pendant qu’une action revenait au Cameroun à 50 000 francs CFA, Attijariwafa Bank l’achetait à 85 000 francs CFA, ce qui aurait permis au Trésor public d’engranger des gains substantiels. Par ailleurs, pendant que le Marocain Jamal Ahizoune était porté à la direction générale de la filiale camerounaise de Attijariwafa Bank, considérée comme le premier groupe bancaire et financier du Maghreb et le troisième au niveau africain, la présidence du conseil d’administration de cette succursale revenait au Camerounais Martin Aristide Okouda.

Présence accrue
Selon l’Association professionnelle des établissements de crédit du Cameroun (APECAM), la SCB est la troisième banque au Cameroun en termes de total bilan et de volume d’activité au 31 décembre 2010. Cette organisation qui salue « cette présence accrue du Cameroun dans le secteur bancaire où l’Etat n’aurait jamais dû se désengager », précise que, jusque-là, la prise de participation de l’Etat se limitait à 44% des parts de la Banque Internationale du Cameroun pour l’Epargne et le Crédit (BECEC), 35% à la SCB et 25% à la Société Générale des Banques du Cameroun (SGBC). Il s’agit pour toutes de banques françaises ayant longtemps occupé le trio de tête en termes de dépôts et de crédits. En outre, alors que le mandat de l’administration provisoire à la Commercial Bank Cameroon (CBC) arrive à son terme à la fin du mois d’avril 2011, l’Etat du Cameroun, qu’on dit « fermement opposé à la liquidation de la CBC », a manifesté son intention de racheter au moins 20% des parts d’actions de cette institution bancaire dont la majorité de l’actionnariat est constituée de Camerounais, avec à sa tête le groupe Fotso. Le gouvernement, qui suit de près ce dossier, aurait même marqué son désaccord à la COBAC au sujet de la mise sous administration de la CBC, d’autant que cette banque continue de financer des projets estimés en milliards de francs CFA.

L’exemple asiatique
L’autre raison qui montre la volonté de l’Etat du Cameroun de s’impliquer davantage dans le secteur bancaire, c’est la création annoncée pour bientôt d’une banque agricole. Le dossier de création de la Cameroon Agriculture Financial Rural Corporation (CAFRUC) fait en ce moment l’objet d’une étude à la COBAC, et tout laisse croire que l’obtention de l’agrément n’est qu’une question de jours.
En sa qualité d’actionnaire unique, le Cameroun, comme l’impose la loi bancaire communautaire, devra débourser au moins 10 milliards de francs CFA pour rendre opérationnelle cette banque. D’après de fiables informations, la CAFRUC devra précéder de quelques mois la naissance d’une autre banque de développement dont l’Etat du Cameroun sera l’actionnaire majoritaire.
Plus d’une décennie après la restructuration bancaire qui s’est soldée par la mise sous administration provisoire et la liquidation de nombreuses institutions bancaires, et d’établissements de microfinance, le Cameroun se repositionne de plus en plus dans le secteur bancaire, avec d’une part la prise de participation de l’Etat dans des banques privées nationales, africaines et internationales, mais également la volonté de promouvoir des banques publiques avec pour unique actionnaire l’Etat.
« Un changement de cap qui tient compte de l’environnement international », soutiennent des experts, car les pays comme les Etats-Unis ou les pays européens, malgré un système économique fortement libéralisé, ont dû prendre des mesures fortes pour venir en appui au secteur financier privé. Les pays asiatiques semblent avoir compris la leçon plus tôt, eux qui sont actionnaires dans la plupart de leurs banques.

Achille Mbog Pibasso, Douala

 
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