Centrafrique : Plaidoyer pour un retour à la paix Version imprimable
03-05-2018
Trois jours de deuil national en mémoire des personnes tuées lors des affrontements du mardi 1er mai 2018 à Bangui, victimes de l’intolérance des extrémistes pro-chrétiens et pro-musulmans.
En décidant d’instituer trois jours de deuil national pour cette énième tuerie collective, les autorités centrafricaines savent que sauf miracle, la spirale de violence est loin de s’achever. Toutefois, il est important de souligner avec force, que la Centrafrique ne fait pas face à une guerre de religions. Certes, des esprits malins flirtent autour des considérations religieuses pour enrôler des esprits faibles et naïfs, et partant, créer et entretenir la suspicion au sein des communautés religieuses qui ont toujours cohabités ensemble, aussi bien sous la période coloniale, que plus d’un demi-siècle après l’indépendance. Le drame malheureusement, c’est que pendant qu’on clame sur l’unité et sur la cohabitation pacifique inter communautaires, des morts continuent de s’enregistrer au quotidien, des millions de vies détruites, tandis que des centaines des milliers de personnes ont pris le chemin de l’exil ou de migrations internes forcées, pour échapper à cette barbarie qui commence déjà à trop durer face à l’impuissance de la communauté internationale.

Message de compassion du président Touadéra
Depuis la survenance de ce drame mardi, les condamnations et les appels au calme se sont multiplié avant que jeudi, le président de la République Faustin Archange Touadéra ne se rende à l'archevêché pour exprimer au nom du pays tout entier, la compassion et les condoléances à l'Eglise et aux proches des victimes. Car, rassemblés en la cathédrale Notre Dame de Fatima de Bangui pour une messe en l’honneur de saint Joseph, père des artisans, ce 1er mai où se célèbre la Fête internationale du Travail, les fidèles ont été attaqués en pleine célébration eucharistique par des gens sans foi ni loi, qui ont tué une vingtaine de personnes dont un prêtre, et fait une centaine de blessés.

On comprend pourquoi au sortir de cette rencontre avec l’archevêque de Bangui, le cardinal Dieudonné Nzapalainga, le président Touadéra s’est adressé à ses compatriotes. « Ne tombez pas dans le piège du conflit confessionnel », a déclaré en substance le chef de l’Etat qui a qualifié l'attaque contre l'église de Fatima comme étant un acte terroriste. « Je suis venu ici pour traduire mes condoléances à toute l’Eglise, à toutes les familles qui ont été victimes de cet acte de terrorisme, mais en même temps attirer l’attention de mes compatriotes, des Centrafricains pour ne pas tomber dans l’amalgame chrétiens contre musulmans. Je le répète, ce ne sont pas tous les musulmans qui approuvent cela. Et il ne faut pas dans les actes de pillages des édifices religieux. Non. Nous allons traquer les commanditaires, les auteurs de cela. Et ils répondront tôt ou tard devant la justice de nos pays. Et vous verrez la vérité, car derrière tout cela, il y a des manipulations. »

Le Cardinal et l’Imam, main dans la main
Le Cardinal Dieudonné Nzapalaïnga, archevêque métropolitain de Bangui, et l’Imam Kobine Layama, président de la Communauté islamique centrafricaine (CICA) ont qualifié, d'acte « barbare » l’attaque contre l’église. En tout état de cause, « les derniers événements dramatiques nous rappellent que la violence n'apporte pas la solution. C’est pourquoi, je lance un appel au gouvernement et à la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (Minusca) pour que la lumière soit faite et que justice soit rendue à la population centrafricaine », a déclaré le prélat. Lui qui croit savoir que « dans des moments les plus difficiles surgissent des héros et je ne doute pas que des héros existent en République centrafricaine pour se lever comme un seul homme pour dire non à la violence, non à la barbarie, non à la destruction de soi-même ». De son côté, l’Imam Kobine Layama, a transmis un message clair et précis : « je ne comprends pas que quelqu'un puisse aller tirer sur des fidèles qui adorent le Seigneur que le musulman adore », a-t-il indiqué. Ces autorités religieuses ont appelé les Centrafricains à ne pas céder à la tentation de représailles aveugles qui ne pourra que replonger le pays dans la crise.

Réagissant à cet acte barbare, Amnesty International a clairement demandé aux autorités centrafricaines et à l'ONU « d’envoyer un message clair et immédiat à tous les groupes armés et à leurs alliés qu'aucune attaque contre des civils ne sera tolérée et que toutes les personnes soupçonnées d'avoir commis des crimes de guerre et d'autres violations graves des droits de l'homme seront traduites en justice ».

Cela fait déjà cinq ans que la République centrafricaine vit le martyre des bandes armées, qui, au nom de la religion, multiplient des atrocités et des tueries collectives à travers le pays, généralement face à une population qui ne demande qu’à vivre en paix et à vaquer normalement à ses occupations. A y regarder de près, peut-on de manière sérieuse dire que les milices de la coalition Seleka, proche de la religion musulmane et des bandes armées pro-chrétiennes des Anti Balaka agissent vraiment au nom de leur chapelle religieuse respective? Assurément pas. Et pour cause, la crise sociopolitique que connaît la Centrafrique ne saurait être attribuée une guerre inter religieuse.

Les Afriques
 
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