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Charles Koffi Diby: les avoirs de l’UEMOA sont en hausse malgré la crise Version imprimable
31-03-2009

Intégration

Le président du Conseil des ministres de l’UEMOA, le ministre ivoirien de l’Economie et des finances Charles Koffi Diby, analyse pour Les Afriques la situation de l’Union à l’occasion de la conférence des chefs d’Etat tenue à Ouagadougou le 17 mars dernier.

Charles Koffi Diby.
Charles Koffi Diby.

Propos recueillis à Ouagadougou par Mamadou Lamine Diatta

 

Les Afriques : Les chefs d’Etat de l’UEMOA viennent de se réunir à Ouagadougou dans un contexte économique très délicat. Comment appréciez-vous les recommandations faites à l’endroit des huit Etats membres ?

Charles Koffi Diby : C’est vrai que les chefs d’Etat ont pris à Ouagadougou des mesures contre certains chocs exogènes liés notamment à la crise. Ils ont décidé d’atteindre l’autosuffisance alimentaire à l’horizon 2015. C’est d’ailleurs à ce titre que les institutions de l’Union (Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest, Banque ouest-africaine de développement, Commission de l’UEMOA) ont déjà pris leurs responsabilités et les financements ont été acquis.

Mais l’élément le plus fort de ce sommet, c’est la construction et le renforcement de notre intégration, parce qu’aucun Etat, tout seul, ne pourrait résister à ces violents chocs exogènes.

Sur le plan énergétique, le sommet a adopté un programme énergétique régional pour garantir une alimentation électrique suffisante et bon marché pour garantir la compétitivité de nos entreprises. Ce programme, dont le financement est acquis pour la phase d’urgence, a été proposé par la commission qui avait été mise en place par la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement, il y a un an, sous la présidence du Béninois Yayi Boni.

Mais l’élément le plus fort de ce sommet, c’est la construction et le renforcement de notre intégration, parce qu’aucun Etat, tout seul, ne pourrait résister à ces violents chocs exogènes. Par ailleurs nous souhaitons que les partenaires au développement continuent de nous appuyer et que chacun tienne ses promesses.

 

LA : Comment se porte aujourd’hui l’Union ?

CKD : L’UEMOA a assez bien résisté à ces crises qui ont jalonné l’année 2008. Nous en sommes aujourd’hui à un taux de croissance de 3,2%, donc mieux que l’exercice dernier. Cela est dû au fait que les huit pays qui la composent (Côte-d’Ivoire, Sénégal, Togo, Mali, Bénin, Guinée-Bissau, Niger et Burkina) ont fait des efforts d’assainissement de leurs finances publiques, de construction du marché commun, d’intégration, etc.

Ce sont tous ces efforts qui ont permis à nos économies de bien résister. Seulement il y a un impair de taille, que nous déplorons, à savoir un taux d’inflation jamais égalé. Le niveau d’inflation que nous avons eu en 2008 (7,4%) a annihilé pratiquement nos efforts de croissance. Il n’empêche que, face à cette situation, notre Banque centrale a eu une attitude prudente de gestion de notre politique monétaire. Ce qui fait que le niveau de nos avoirs extérieurs est resté appréciable. On a noté un accroissement de ces avoirs, qui ont crû de 55 milliards de francs CFA (environ 84 millions d’euros). Je ne vous dirai pas le total, mais ce qui est sûr, c’est que cela nous garantit jusqu’à six mois d’importation. Ce qui est loin d’être négligeable.

 

LA : Dans un contexte de crise généralisée à travers le monde, l’UEMOA est confrontée à des difficultés. Quelles sont aujourd’hui les priorités de l’Union ?

CKD : Ecoutez, nous savons que la crise financière internationale s’est finalement muée en une crise économique aigüe. Le premier tour de manivelle a d’ailleurs durement frappé les pays développés. Ce qui est à la base d’une injection de fortes sommes de l’argent public dans les banques privées. Nous sommes conscients que le deuxième tour de manivelle risque d’avoir un impact considérable sur les économies des pays pauvres. Cela a d’ailleurs commencé avec le ralentissement de la demande en matières premières qui éprouve durement des pays producteurs comme la Côte d’Ivoire (café, cacao), le Mali, le Bénin ou le Burkina (coton). D’autre part, on assiste de plus en plus, dans notre zone, à un amenuisement de nos exportations. Les industries commencent à s’affaisser avec à la clé des centaines de pertes d’emplois. C’est le cas dans la filière bois en Côte d’Ivoire, et un peu dans le secteur de l’agroalimentaire. Et cela devient quand même inquiétant.

 
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