Climat des affaires en Afrique: beau temps à l’horizon Version imprimable
19-09-2010

Le rapport 2009 sur le « climat des affaires » de la Banque africaine de développement classe les pays d’Afrique en fonction de la facilité à faire des affaires. Les pays émergents d’Afrique subsaharienne s’en tirent à bon compte.

Par Francis Konan, économiste

Dans un récent article publié dans le journal « Les Afriques » j’ai mentionné 5 pays d’Afriques au sud du Sahara qui sont candidats à l’émergence. Mon argumentation a été fondée sur deux points à savoir : stabilité politique et croissance soutenue et durable du PIB réel. J’aimerais donc continuer sur cette lancée et faire une étude plus approfondie au niveau microéconomique. Cette étude se base sur la facilité de faire des affaires dans les PEAS. La notion de « facilité des affaires » est d’autant plus importante tant qu’il s’agit des « pays émergents ». S’il est vrai que les pays émergents d’Afrique le sont d’abord grâce à leurs bonnes performances économiques, la capacité d’attirer les investisseurs étrangers reste capital pour leurs économies. L’étude se base sur le dernier rapport 2009 sur le « Climat des affaires » de la Banque africaine de développement.

La BAD décompose le climat des affaires sous 7 thèmes, cependant 5 font l’objet de notre analyse à savoir.

  • a. Agréments (index institutionnel)
  • b. Accès au crédit (index- financier)
  • c. Accès au marché du travail (index économique)
  • d. Protection des investisseurs (index juridique institutionnel)
  • e. Commerce frontalier (index économique)

Dans un premier temps le « climat des affaires » est l’objet d’analyse au niveau des cinq PEAS, ensuite une synthèse des cinq sous-divisions nous permettra de saisir les points forts et faibles de ces pays.

PEAS et climat des affaires

Le climat des affaires a une place importante car il mesure indirectement les contraintes de lourdeurs administratives, qui sont de veritables obstacles dans la création d’entreprises. Sur les 50 pays africains repérés, le Ghana se classe à la 8e place et donc occupe la première place dans le groupe des PEAS. Ce pays surclasse l’Egypte (10e/50). La Tanzanie se classe en 2e position (2e/5) et (18e/50). Le Cap-Vert est à a troisième place parmi les PEAS (3e/5) et (24e/50), quand le Burkina est logée à la 4e place et 25e/50.

Le Benin doit encore faire des efforts en matière de climat des affaires. Le monde des affaires béninois ne semble pas tirer profit de la stabilité socio-économique du pays. Ce pays occupe la 41e place sur les 50 nations africaines. Cela se confirme dans son classement dans les PEAS où il occupe la dernière place. Quatre PEAS (Tanzanie, Ghana, Cap-Vert, Burkina-Faso) sont donc dans les 25 pays du continent où il est facile de faire des affaires. Quand on compare les PEAS par rapport au trois pays que sont la Cote d’Ivoire, le Cameroun et le Sénégal, on remarque que ces premiers viennent largement en tête à l’exception du Benin.

Force et faiblesse des PEAS par rapport au climat des affaires

a. Agrément de création d’entreprise

Dans ce domaine le Burkina occupe la première place parmi les PEAS. Globalement ce pays (13eme/50) surclasse la grande Egypte (39eme/50) le Botswana (26eme/50). La Tanzanie malgré ses bons résultats économiques, occupe la 49eme place sur 50. Le Ghana qui globalement est en tête des PEAS occupe l’avant dernière place du groupe. Selon cependant le dernier rapport 2008-2009 de la Banque Mondiale sur l’état des affaires, le Ghana, la Tanzanie, le Cap-Vert sont en train de mettre en place des reformes qui vont faciliter la création d’entreprise. Seule le Benin est en marge de ces reformes.

b. Accès au crédit

Le financement des entreprises qui se fait par le canal de l’accès au crédit est un élément vital dans l’émergence d’un pays, surtout au niveau des entreprises locales, les entreprises internationales arrivant avec un panier de fonds déjà bien remplis. Sur les 5 PEAS aucun ne se trouvent dans les 10 premiers sur les 51. La Tanzanie (1/5) et le Ghana (2/5) se retrouvent dans les vingt premières nations africaines ou l’accès au crédit est facilité. Les autres PEAS (Cape-Vert, Benin, Burkina-Faso) sont à la traîne. Sur la période 2008-2009, aucun des 5 pays n’a entrepris des reformes pour faciliter l’accès aux crédits. Au Cap-Vert, il faut craindre l’effet contre-productif des reformes sur l’accès au crédit. Dans l’ensemble selon le rapport de la BAD, les PEAS sont en tête par rapport à la Cote d’Ivoire (36/50) Sénégal (41/50).

c. Accès au marché du travail (index économique)

L’offre et la demande de main-d’œuvre doivent être en mesure de réguler à eux seuls le marché du travail. Ce poste est important car il mesure indirectement la rigidité/flexibilité du marché du travail. Un marché trop rigide est un frein à la production dans les pays-émergents. Une protection étatique trop prononcée au niveau des lois peut décourager les investisseurs étrangers. En ce qui concerne les PEAS, seule le Burkina-Faso montre de bons résultats en matière de l’accès au marché du travail. Ce pays est a la tête des PEAS et se classe 11 eme sur les 50 pays africain surclassant de loin l’Egypte (22/50) et l’Afrique du Sud (18/52). Les autres membres de l’équipe des PEAS ne sont pas très bien logés dans le classement. Les 29e ; 30e et 31e places sont respectivement occupées par la Tanzanie, le Ghana, et le Benin, trois membres des PEAS. Pour la période 2008-2009 aucun PEAS n’a entrepris des reformes pour faciliter l’emploi.

d. Protection des investisseurs (indexe juridique et institutionnel)

Au travers de cet index, c’est l’influence du système juridique sur le climat des affaires qui est prise en compte. La décision de délocalisation d’entreprises des pays avancés vers ceux qui le sont le moins, dépend grandement de la protection des investissements. Dans le groupe des PEAS, le Ghana est en tête, tout en occupant la 6e place au niveau continental. La Tanzanie fait son bout de chemin à la 19e place sur 5. Il faut ajouter aussi qu’entre 2008 et 2009 aucun PEAS n’a entrepris des reformes pour faciliter la protection des investisseurs.

e. Commerce frontalier

Les pays émergents par définition ont été toujours tentés d’avoir des échanges économiques avec les pays avancés. Il serait aussi intéressant de savoir si ceux-ci ont une économie plus intégrée avec leurs voisins immédiats. Le poste de « commerce frontalier » serait donc approprié pour mesurer l’intégration régionale de ces pays. Le Cap-Vert occupe la première position dans les PEAS. Cette ile a donc une facilité d’échanges commerciaux à caractère maritime. Au niveau continental ce pays est à la 6e place. Le Ghana suit à la deuxième position suivi de la Tanzanie 3e et du Benin 4e. Ces résultats ne sont pas étonnants quand on sait que ces pays ont une ouverture sur l’océan Atlantique (Cap-Vert, Ghana, Benin) ou l’océan Indien (Tanzanie). Leurs ports sont donc de véritables centres d’échanges pour les voisins, surtout si ces derniers sont enclavés. Ces bons résultats sont aussi le produit de reformes aux niveaux des transports routiers et des procédures douanières (importations/exportations). Le Burkina-Faso, pays des hommes intègres, est le moins intégré des PEAS. Sur 50 nations ce pays occupe la 49e place. Ce résultat pourrait s’expliquer par sa position géographique enclavée.

Récapitulons

Cette étude a montré des résultats très intéressants. D’après ceux-ci, le Ghana serait le pays de PEAS oû il est le plus facile de faire des affaires. Ces dix dernières années, ce pays est donc devenu une destination pour les investissements directs étrangers en Afrique de l’Ouest. Le Burkina-Faso serait le pays où l’obtention d’agrément d’entreprise est le plus flexible. Selon le dernier rapport 2008-2009 de la Banque mondiale sur l’état des affaires, le Ghana, la Tanzanie, le Cap-Vert sont en train mettre en place des reformes qui vont faciliter la création d’entreprise.

Seule le Burkina-Faso montre de bons résultats en matière de l’accès au marché du travail. Ce pays est à la tête des PEAS quand les 4 autres membres sont loin derrières. L’accès au crédit et au marché du travail sont les points faibles des PEAS en matière du climat des affaires. En ce qui concerne le commerce frontalier, les 5 pays au travers des reformes entreprises, montrent leurs aspirations à devenir des économies régionales plus intégrées avec leurs voisins.

J’aimerais terminer en portant une note d’encouragement pour le Burkina-Faso. Bien qu’occupant le milieu du tableau (25/50) et l’avant dernier place au sein des PEAS, ce pays est la seule nation entre 2008-2009 à avoir entrepris des reformes dans presque tous les sous-secteurs du climat des affaires. Ne soyons pas surpris de voir le Burkina-Faso jouer dans les cinq prochaines années un rôle de leader de l’IDE dans la sous-région.

** Les informations sur le « Climat des Affaires » des PEAS sont tirées du livre de poche 2010 des Statistiques de la Banque Africaine de Développement.

Francis Konan Économiste, diplômé de l’Université d’Economie et de Gestion de Vienne (Autriche), diplômé de l’Institut des Etudes Avancées de Vienne (Autriche), diplômé de la Faculté des Sciences Economiques & Gestion de l’Université d’Abidjan (Cocody) Blog : http://frkonan.wordpress.com/

 
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