Climat : Trump botte en touche Version imprimable
02-06-2017
Le discours du président Donald Trump du 1er juin 2017 était attendu par les décideurs du monde entier. Il a tranché que son pays sorte de l’Accord de Paris sur le changement climatique. À peine a-t-il terminé son propos que les réactions d’indignation fusent à travers le monde…
Quel pied de nez fait donc Donald Trump au monde, à 5 jours de la célébration mondiale de l’Environnement (World Environment Day), fêtée chaque année le 5 juin? Face à la montée des océans, la fonte de glaciers, à la disparition d’un certain nombre d’îles, au réchauffement climatique dont les conséquences sont visibles avec des ouragans de plus en plus dévastateurs, la recrudescence de maladies respiratoires… Donald Trump, président des États-Unis d’Amérique, préfère investir 600 milliards de $ en armements ou encore 8 à 40 milliards de $ dans la construction d’un mur, haut de 9 m sur des milliers de kilomètres, devant séparer son pays du Mexique. En annonçant, non sans un certain rictus, hier jeudi 1er juin 2017, le retrait de son pays de l’Accord de Paris, il va à contre-courant d’une planète qui a décidé de promouvoir l’énergie verte, une économie non carbonée, notamment avec des énergies renouvelables au détriment de celles tirées des sources fossiles.

À contre-courant


Rappelons que l’Accord de Paris reste un traité historique, signé par 194 et ratifié par 147 comtés. Par conséquent, il ne peut pas être renégocié en fonction de la demande d’une seule partie. Aussi, il vise à réduire les risques pour les économies et à vivre partout, tout en créant les bases d’un monde plus prospère, sûr et durable. L’objectif principal de l’Accord de Paris est de maintenir une élévation de la température moyenne mondiale de ce siècle bien en dessous de 2 degrés Celsius et de stimuler les efforts pour limiter l’augmentation de la température jusqu’à 1,5 degré Celsius au-dessus des niveaux préindustriels. Il a une profonde crédibilité, tel qu’il a été forgé par toutes les nations et est soutenu par une vague croissante d’entreprises, d’investisseurs, de villes, d’Etats, de régions et de citoyens. C’est le socle du développement durable, plébiscité en ce 21ème siècle.

Pour le président américain, les 2,6 milliards de $, normalement alloués par son pays au Green Climate Fund ou Fonds vert mondial, soit 38% du budget de ce fonds, viendront s’ajouter à l’allocation au Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), et enfin profiter au peuple américain. Il a décidé que son pays ne versera plus aucun sou à de tels fonds et cessera d’être la risée du monde… À l’inverse de ce qu’il a escompté, son discours à la Maison-Blanche a suscité un tollé mondial. À titre d’exemple, Elon Musk, patron de Tesla (voiture électrique) et de Space X, de surcroît un de ses conseillers économiques, a immédiatement déposé sa démission. Le Secrétariat de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) a regretté l’annonce du retrait de son gouvernement de l’Accord de Paris.

Pas de Planète B


Avec 197 parties, la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CMNUCC) a une adhésion quasi universelle et est le traité parental de l’Accord de Paris sur le changement climatique de 2015. Si cette instance note l’intention de renégocier les modalités de participation des États-Unis à l’Accord et se dit prête à engager un dialogue avec le gouvernement des États-Unis concernant les implications de cette annonce, le président français Emmanuel Macron, très remonté contre la décision de son homologue américain, lui a signifié qu’il n’y a plus rien à revoir, pour la simple et bonne raison qu’il n’y a pas de «Planète B». La même onde de choc a été contenue un peu partout. Anne Hidalgo, maire de Paris et présidente du C40 (Cities Climate Leadership Group, plus grand réseau mondial d’agglomérations contre le dérèglement climatique), ainsi que plusieurs autres maires du C40 ont réagi à ces nouvelles, en promettant de continuer à prendre des mesures en matière de changement climatique. Ils ont clairement soutenu qu’en dépit de la reculade de Trump, les villes américaines peuvent encore jouer un rôle dans la réalisation de l’Accord de Paris, conformément au rapport intitulé «Comment les villes des États-Unis obtiendront le travail accompli» et contribuer à plus d’un tiers des réductions d’émissions nécessaires d’ici 2025 pour respecter l’engagement des États-Unis en vertu de l’Accord de Paris.

Il est vrai que juste avant cette déclaration de Trump, perçue comme une déflagration mondiale, Allemands et Chinois, autour respectivement d’Angela Merkel, chancelière, et Li Keqiang, Premier ministre, ont décidé de marcher la main dans la main vers la réduction d’activités productrices de gaz à effet de serre et la préservation des écosystèmes.

Daouda MBaye, rédacteur en chef

Réactions des maires du C40

Anne Hidalgo, maire de Paris et présidente C40 : «Le changement climatique est réel : il constitue une menace unique pour l’avenir de notre planète et met en péril la santé, la prospérité, la sécurité et la survie même de nos enfants et petits-enfants. La preuve scientifique est indéniable et sans aucun doute. 2016 a été l’année la plus chaude du monde depuis que les records de température ont commencé et 16 des 17 années les plus chaudes de la planète enregistrées au 21ème siècle.
Les effets de la perturbation du climat se font déjà sentir dans les grandes villes du monde, des ouragans de la Nouvelle-Orléans et de New York, des inondations à Paris, à Houston et à Montréal, des vagues de chaleur mortelles à Sydney, la pollution atmosphérique toxique à Pékin, à New Delhi et à dans toutes les grandes villes. Cela explique pourquoi plus de 190 nations ont décidé de signer l’Accord de Paris sur les changements climatiques en 2015.
Cette réalisation diplomatique incroyable n’aurait pu être assurée sans le rôle décisif des États-Unis d’Amérique. C’est pourquoi c’est une erreur dramatique pour le président Trump de retirer les États-Unis de l’Accord de Paris.
En tant que présidente du C40, un réseau de quatre-vingt-onze villes majeures du monde s’est engagé à lutter contre le changement climatique et, en tant que maire de Paris, je demande instamment à l’administration américaine de reconsidérer sa décision. Les quatre prochaines années seront déterminantes pour voir si les pires effets du changement climatique peuvent être évités. Le leadership américain sur ce défi urgent est maintenant nécessaire plus que jamais.
Indépendamment de la décision du président Trump, les grandes villes du monde, en particulier les 12 villes C40 américaines, restent résolument engagées à faire ce qu’il faut faire pour mettre en œuvre l’Accord de Paris.
Il n’y a pas un seul jour sans que les maires C40 de tous les continents prennent des choix audacieux et pionniers, au service des citoyens du futur. Nous serons implacables. La preuve et l’urgence de la crise climatique, ainsi que le potentiel économique pour passer à un avenir plus vert, ne nous laissent aucune alternative».

Clover Moore, Lord Mayor de Sydney : «Ce qui est déchirant c'est le dommage que les gouvernements peuvent faire en peu de temps quand ils sont au pouvoir. Mais là où l’action nationale est en panne, comme on le voit aujourd’hui aux États-Unis, on voit de plus en plus de gouvernements municipaux se lancer dans la direction nécessaire pour assurer le leadership dont nous avons besoin d’urgence.
Cet été ont éclaté d’innombrables records de chaleur à Sydney, nous avons vu le blanchissement des coraux dans le port et l’horloge touche le changement climatique. Nous voulons que les gouvernements travaillent avec nos villes, nous soutenant, disposant de leurs propres politiques, mais, dans le cas contraire, nous avons besoin de nous en sortir et nous laisser faire ce qu’il faut faire.
À Sydney, nous avons réduit la consommation d’énergie de l’éclairage public de près de 45% en les remplaçant par des LED à économie d’énergie, installé des panneaux solaires photovoltaïques et des systèmes d’eau chaude sur nos bâtiments appartenant à la ville. Nous avons aussi enregistré une augmentation nulle des émissions de notre flotte de véhicules depuis 2014, planté plus de 11 000 nouveaux arbres de rue depuis 2005 pour absorber la pollution et fournir de l’ombre, et récolté et traité 590 millions de litres d’eaux pluviales dans un système de réutilisation de l’eau à Sydney Park.
Je suis rentré d’une réunion des chefs de ville C40 à Mexico l’année dernière avec un sens renouvelé de l’ampleur et de l’urgence du défi climatique : les quatre prochaines années seront cruciales pour toute chance réaliste de réussir l’Accord de Paris. Nous avons maintenant accordé un budget de la ville qui prend des décisions difficiles pour redéfinir les fonds pour accroître l’action climatique, y compris une compétition nette de bâtiments zéro, des programmes élargis dans les bureaux commerciaux, l’hébergement et les divertissements, ainsi que des appartements et des réductions de nos propres émissions.»

Giuseppe Sala, maire de Milan : «La décision prise par le président Trump ne marquera pas un revers dans la lutte de Milano contre le changement climatique. Nous honorerons notre engagement. Il est de notre devoir de prendre toutes les mesures disponibles pour assurer une meilleure qualité de vie pour nos citoyens. Milano continuera à travailler dans le cadre de l’Accord de Paris».

Karin Wanngård, maire de Stockholm : «En tant que maire de Stockholm, une ville avec une croissance économique saine et prospère et une réduction des émissions de carbone, j’aimerais exprimer mon soutien et ma solidarité avec toutes les villes américaines, alors que vous travaillez pour lutter agressivement contre le changement climatique et améliorer la santé et le bien-être de vos communautés et de vos économies locales. Je serai à vos côtés alors que nous, en tant que maires, continuerons à lutter contre le changement climatique ensemble».

Raymond Johansen, Governing Mayor d’Oslo : «L’annonce du président Trump pour sortir les États-Unis de l’Accord de Paris est un énorme échec pour la coopération internationale. Le président américain laisse la responsabilité à l’Europe et au reste du monde. Les villes C40 intensifieront leurs efforts pour faire en sorte que les villes du monde entier atteignent les objectifs convenus pour lutter contre le changement climatique».

Gregor Robertson, maire de Vancouver : «Les villes sont à l’avant-garde de la lutte contre le changement climatique, de la construction de communautés plus propres, plus saines et plus résilientes. Vancouver a une économie de plus en plus forte et une croissance la plus diversifiée au Canada et, en même temps, nous réduisons notre pollution par le climat. Nous sommes en train d’attirer des entreprises de premier plan et les meilleurs talents, en partie grâce à notre volonté de construire un avenir à 100% renouvelable. Je suis solidaire avec les maires américains alors qu’ils continuent à travailler pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris, indépendamment des actions imprudentes contre le climat au niveau fédéral».

Steve Adler, maire d’Austin, Texas : «Austin n’arrêtera pas de lutter contre le changement climatique. Dans le monde entier, les villes mèneront la réalisation des objectifs du traité climatique parce que ce qui est nécessaire se produit au niveau local. Peu importe ce qui se passe autour de nous, nous sommes toujours Austin, au Texas».

Patricia de Lille, maire de Cape Town : «Nous continuerons à travailler ensemble en tant que maires de partout dans le monde pour sauver notre planète pour les générations futures. Nous nous engageons à faire preuve de solidarité et de préserver nos maires américains, qu’ils soient démocrates ou républicains, et nous continuerons à travailler avec eux pour sauver la planète».

 
< Précédent   Suivant >
Toute l'actualité

Après Addis-Abeba et le Sud-Soudan, la représentante permanente des États-Unis à l’ONU, Nikki...
[La suite...]

Le putsch manqué de septembre 2015 n’a pas fini de révéler ses secrets et son étendue. Le général...
[La suite...]

Suite à la déclaration d’indépendance de la Catalogne adoptée par le Parlement catalan, vendredi 27...
[La suite...]

Le deuxième round de l’élection présidentielle au Kenya risque de mettre KO debout la locomotive de...
[La suite...]

Dans ce bref entretien, Nissale Berrached, directeur général de Philips pour l’Afrique du Nord et...
[La suite...]

Dans sa stratégie de développement, l’Afrique figure en bonne place sur les plans d’AccorHotels. Le...
[La suite...]

Autres articles
 
×
×
Votre Nom :
Votre Email :





×