Comment dégraisser la Grèce ? Version imprimable
10-03-2012

Depuis la mort d’Oussama Ben Laden, je peux dire sans me tromper que le mot «Grèce» est celui le plus utilisé dans les media occidentaux, nous déclare Francis Konan dans sa chronique transatlantique.

Avez-vous vu dernièrement les nouvelles sur la Grèce ? Ces voitures et buildings enflammés, dans une atmosphère «lacrymogénique » rythmé par le jet des cocktails Molotov ! Personne ne peut rester indifférent aux ballets de voitures des officiels entre les différents lieux de conférences. Le malaise se lit sur tous les visages des hommes politiques. L’Allemagne, le seul leader épargné par les agences de notation, semble douter de ses capacités à rassembler les troupes européennes ! Encore des troubles de l’euro ! A force d’en parler je suis fatigué ! Je cherchais un titre pour cet article depuis deux jours, le mieux que j’ai pu trouver : «Comment dégraisser la Grèce ?» Oui il s’agit de la Grèce et certains me diront «encore» ! Depuis la mort d’Osama Ben Laden, je peux dire sans me tromper que le mot «Grèce» est celui le plus utilisé dans les media occidentaux. Depuis le referendum avorté de son ancien premier ministre, j’ai pensé que le début de la fin de cette histoire de la crise serait pour très bientôt. Soit dit en passant, un conseil à tous les analystes : réfléchir par deux fois avant d’écrire sur la Grèce, tant les informations sur ce pays sont constamment volatiles.

Pour cependant comprendre ce qui se passe actuellement, l’historique de la Grèce dans l’euro est notre meilleur guide.

Au commencement était la statistique !

Le projet de la création de la monnaie unique européenne date de 1992. Pour l’Europe ce stade qui suit la réunification politique, devrait clore le vaste projet de l’Europe unie. En 1999, la monnaie unique voir le jour sans la participation de certains pays qui étaient membres de l’union politique et économique mais exclus de l’union monétaire. Les conditions à remplir par les potentiels candidats étaient les suivantes :

1. Abandonner sa monnaie nationale
2. Montrer que l’on est prêt à ne pas créer un taux d’inflation au-dessus de 6%
3. Avoir un déficit budgétaire de moins de 3% du PIB.
4. Le taux de la dette souveraine devrait être de moins de 60%.
Pour ne pas être perdu dans mon argumentation, je vous demande de souligner les points 3 et 4 car c’est de ceux-là que vont venir les troubles de l’Europe.

La Grèce pour pouvoir faire partie de la nouvelle union monétaire devrait donc exhiber tous ses points. Le point 1 est atteint par l’abandon de la monnaie nationale( le/la drachme). Le taux d’inflation n’était pas en soi un problème. Quant aux points 3 et 4, les grecques vont inventer une statistique fictive des faits. Pendant que le déficit budgétaire réel est de 8.5%, le ministre des finances d’alors va présenter sur papier un déficit de 1.5%. La dette souveraine du pays pendant son adhésion a l’euro était de 110% du PIB et cela bizarrement n’a pas attiré l’attention des autres ! (Même l’Allemagne que l’on connait pour sa rigueur n’a pas a été alarmée). A cette époque, il y avait un tel vent d’optimisme que l’on était prêt à fermer les yeux sur les imperfections du pays de l’empereur César. Des langues disaient aussi que les deux grandes puissances que sont l’Allemagne et la France craignaient que la Grèce et surtout l’Italie étant hors de la zone euro, ne deviennent des compétiteurs sérieux, cela à cause de la faiblesse de leurs monnaies locales.

La Grèce dans l’Union monétaire, une bombe à retardement ?


En 2001, la Grèce réussit à entrer dans l’union. Entre 2001 et 2005, elle va profiter de sa qualité de membre pour bénéficier de la bonne crédibilité de l’Europe pour financer une certaine «croissance» économique. La Grèce va connaitre un boom économique, résultat d’une hausse vertigineuse des dépenses de l’Etat non accompagnée par une collecte des taxes. Diantre, d’où venaient les ressources si il n’y avait pas assez de fonds pour financer la croissance économique ? Réponse : l’endettement publique et privée.

L’état s’endettait en émettant des bons de trésors publics. En 2004, la Grèce organise la coupe de l’Europe et profite de l’occasion pour s’endetter encore plus dans la construction des infrastructures sportives. Entre 2004 et 2007, la bonne santé de l’économie européenne devient un collatéral pour continuer dans «l’économie de la dette». Dans la même période, la Grèce double les salaires des employés de l’état, qui à eux seuls font plus 45% de la force active ! A l’époque du boom économique, la Banque centrale avait préconisé une hausse des salaires, cependant pas supérieure à la productivité du travail, pour éviter des tensions inflationnistes. Cette proposition devait en effet être en phase avec la moyenne horaire hebdomadaire de travail de la Grèce qui était la plus elevée de l’Europe. Toujours concernant le marché du travail, Un économiste avait constaté que la compagnie ferroviaire grecque avait plus de travailleurs que de passagers (ce qui traduit l’effectif pléthorique de la fonction publique). A partir de 2008 quand la crise financière des Etat Unis se transporte en Europe, la Grèce est prise dans un tourbillon avec une dette de plus 120% du PIB.

Entre temps on découvre aussi que des pays comme le Portugal, l’Italie, l’Espagne et même l’Irlande se sont endettés jusqu’au cou. Leur incapacité de repayer la dette peut faire écrouler l’Union monétaire. Au moment où la récession battait son plein en Europe, l’état grecque et ses citoyens auraient dû commencer à réduire leur train de vie. Au contraire, la Grèce a continué sur sa lancée des dépenses publiques. En 2003, la Banque Centrale grecque avait déploré un taux de chômage très élevé et un déficit continuel du compte courant, ce dernier étant en lui-même le reflet d’une hausse des dépenses publiques (phénomène du déficit jumelé). A-t-on écouté la Banque Centrale ? Apparemment pas ! Comment donc dégraisser la Grèce ? Pour aider la Grèce, les autorités européennes lui demandent de réduire son ratio de dette publique de 165 à 120% d’ici l’an 2020. Pour arriver à ce dégraissage voici les mesures qui ont été prises :


1. reduire le SMIG de 25%.
2. 150 0000 employés du secteur public doivent être remerciés d’ici la fin de 2012.
3. restructurer un système social dont le poids pèse lourd dans le budget de l’Etat.

Dans tout ce brouhaha de la dette de la Grèce, il y a une chose qui étonne ! C’est le fait que l’on aborde la question de savoir comment la Grèce va-t-elle renouer avec la croissance économique ? Les avis sont partagés.

Problématiques

Un groupe veut d’abord arrêter l’hémorragie et penser à guérir la plaie plus tard, quand un autre veut accomplir les deux. Actuellement Tout ce qu’on cherche est de faire pression sur ce pays afin qu’il adopte des mesures d’austérités pour pourvoir bénéficier encore de l’aide. L’Europe a beau déverser du cash sur la Grèce cela n’est qu’une solution de court terme. Au cas où on lui fait «cadeau de sa dette», le problème de la Grèce réside dans la structure de son économie. Il faut qu’elle soit compétitive au sein de l’euro. Pour y arriver, il faut avoir la capacité de manipuler le taux de change (dévaluation) ce qui est exclu de l’union monétaire. Etre compétitif au sein de l’euro suppose avoir une économie ayant un secteur d’exportation diversifié, ce que la Grèce n’a pas ! Pour réduire le déficit budgétaire, qui est de plus 140% du PIB, il faut que l’économie grecque renoue avec la croissance, qui en retour va générer des revenus à l’Etat à travers les taxes. Ce langage simple d’économie n’est pas saisi par les autres pays. L’austérité a réussi à relever les économies de la Suède, le Canada et l’Angleterre sous Thatcher. L’environnement économique était nettement meilleure dans ces cas là. La Grèce est une économie Administrative qui doit évoluer vers une économie productive. Pour cela lui Il faut :
• réduire le nombre pléthorique des travailleurs du public, voie obligatoire pour maintenir le déficit public.
• donner une place importante au secteur privé, voie pour rendre l’économie compétitive. Les investissements dans ce secteur doivent être en mesure de redynamiser les exportations grecques.
• reformer l’administration fiscale. C’est pour moi la clef de voute de tout le système. Si la Grèce est dans cette situation c’est parce que pendant sa phase de croissance économique entre 2002-2006, l’administration fiscale n’a pas été en mesure de collecter des milliards d’euros en taxes qui se sont évadées dans la nature.
• restructurer son marché du travail. Un chômage (surtout jeune) incontrôlable est le reflet d’une certaine rigidité au sein du marché du travail. A mon avis, l’objectif de la flexibilité du marché du travail grecque devrait favoriser un certain flux migratoire de travailleurs entre le secteur public et le secteur privé.

C’est vrai, il faut dégraisser la Grèce de son trop de graisse mais de grâce il ne faut pas l’asphyxier.

Francis Konan

 
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