Congo-Brazzaville : Le gouvernement frappe à la porte du FMI Version imprimable
07-03-2017
La crise économique et financière qui frappe le Congo depuis un moment vient d’atteindre son apogée. En l’absence d’un plan de redressement économique et social conséquent, le pays n’a plus d’autre choix que de frapper à la porte du FMI pour bénéficier d’un appui financier afin de faire face à la crise, car il se trouve en situation potentielle de cessation de paiement. Ce qui peut paraître paradoxale !
Depuis 2015, le Congo fait face à de sérieux défis de liquidités. L’absence d’une politique de diversification de l’économie et d’une gestion saine des finances publiques constitue en partie une des causes de la situation sinistre de l’économie congolaise. La principale source des revenus reste encore le pétrole, et la baisse des prix de cette matière première accentue la pression sur des recettes publiques. Or, le gouvernement doit financer des plans d’émergence, les dettes déjà existantes et un déficit public croissant, ajoutés à la gestion financière des crises sociales latentes, à la suite des difficiles élections que le pays a organisées en 2016 dans des conditions opaques.

Les pressions de liquidités se sont fait principalement sentir sur le Congo ces dernières années. Ses réserves de recettes fiscales – déposées à la BEAC (Banque centrale de la Cemac) et en dollars US dans des banques en Chine –, qui étaient de 34% du PIB en 2014, n’en représentaient plus que 23% à fin 2015. Dans sa note d’analyse souveraine d’octobre 2016 sur le pays, Moody’s indiquait que cela devrait encore descendre entre 2017 et 2018. C’est ce qui sans nul doute a fait dire au président Sassou de décréter 2017 comme année de la «rigueur et de la vérité».

Par ailleurs, faut-il le souligner, après plusieurs années d’excédents budgétaires et deux années de financement des manifestations sans rendement économique (Fespam, jeux africains, élections anticipées, construction tous azimuts d’infrastructures aussi dispendieuses, palais présidentiels dans des régions sans locataires, aéroports sans trafic aérien... ),

après avoir généreusement supporté le budget de la RCA sous la transition, prêté de l’argent à la Côte d’Ivoire, au Niger et à la guinée…, après avoir organisé des séries de conférences non prospectives à l’instar de «Forbes Afrique» ; «Les 27 ans de la signature des Accords de Brazzaville» à coup de milliards, le pays, dont l’économie est essentiellement axée sur la rente pétrolière, qui est confrontée depuis plus de 3 ans à une chute vertigineuse, a conduit le gouvernement congolais à revoir à la baisse ses prévisions budgétaires depuis 3 ans. En effet, le budget du pays a été revu à plus de 1/4, occasionnant une réduction drastique du budget de fonctionnement et de celui de l’investissement.
La loi de Finances adoptée cette année prévoit des recettes budgétaires de 1 680 milliards de francs CFA en 2017 (2,56 milliards d’euros), soit une baisse de 27% par rapport aux 2 333 milliards de f CFA inscrits dans la loi de Finances initiale de 2016, qui avait déjà été revue à la baisse à 2 121 milliards de f CFA mi-juin. La dette du Congo est estimée à plus de 70% du PIB et demeure un pays en cessation de paiement potentiel. Alors qu’en 2014 le budget du Congo était arrêté a plus de 5 000 milliards.

Au regard de ce tableau économique, deux solutions sont envisageables : soit l’adoption d’un plan drastique de rigueur ou de dévaluation du f CFA – la cigale ayant chanté tout l’été se trouva fort dépourvue...– Le pays a opté dans le cadre de la solution communautaire décidée au niveau de la Cemac d’adopter pour un plan d’ajustement et d’austérité sous la direction du FMI. C’est en effet dans ce contexte que les autorités du Congo qui ont très mal géré l’économie et les finances du pays estiment de jeter à nouveau leur pays dans les bras du FMI sans aucune explication au peuple dépositaire du pouvoir et au grand dam de la cour dite des comptes et de la discipline budgétaire. Sous d’autres cieux, un tel gaspillage aurait conduit le chef de l’État et certains de ses ministres droit devant la haute Cour de justice. Au Congo, la formulation même d’une telle hypothèse est passible de peine de prison au motif d’atteinte à la sûreté intérieure de l’État.

Dans sa revue trimestrielle, le FMI a notifié au gouvernement congolais que la crise va être rude, aiguë et persistante. Pire, le pays est exposé à une explosion sociale si et seulement si les autorités en place n’engageaient pas un dialogue politique et social sain avec les différents acteurs du pays, lequel se trouvera dans un gouffre.

Rodrigue Fénelon Massala
 
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