Congo : Le pays au bord de l’asphyxie économique Version imprimable
02-08-2017
L’année dite de "vérité et de rigueur" décrétée par le président Sassou le 31 décembre 2016 n’est plus au goût du jour, car le tableau de bord du pays est au noir. Les indicateurs macroéconomiques affichent une courbe descendante occasionnant ainsi la dégradation continue de la note du Congo par les différentes agences de notation (Moody’s, Standard & Poor’S).
Il y a 7 ans, le pays avait bénéficié d’une remise de sa dette dans le cadre de l’initiative PPTE, puis dans le même environnement économique grâce aux recettes pétrolières, les réserves du pays auprès de l’institution fiduciaire de la zone Cemac le plaçaient dans la catégorie des pays disposant des ressources abondantes.

Par ailleurs, cette situation économique plus ou moins améliorée n’a pas permis au pays de se projeter dans une prospective de la diversification économique. Pire, le pays s’est de nouveau endetté avec de mauvais placements dignes d’un joueur de "casino ou de Monopoly". Conséquence : le pays se trouve au bord d’une cessation de paiement, le délai dont il disposait pour payer les intérêts sur son emprunt obligataire en dollar a expiré.

Ainsi, chaque heure qui passe rapproche un peu plus le Congo du défaut de paiement. En fin de semaine, l'agence de notation Moody'S a emboîté le pas à Standard & Poor'S et abaissé la note du Congo de B3 à Caa2, tout en maintenant sa perspective négative. L’agence estime que «la République du Congo fera défaut prochainement sur son eurobond (emprunt obligataire placé auprès d’investisseurs internationaux) et pourrait rester en défaut pour une période prolongée».

Déjà en mars 2016 les agences de notation avaient procédé à la dégradation de la note du pays à B2 dans les circonstances de mauvaise santé économique et financière. Le pays qui traverse un marasme économique disposait encore d’une période de grâce qui lui permettait de trouver les voies et moyens pour faire face à ses engagements de paiement de sa dette contractée sur les marchés internationaux. Cette période de grâce de trente jours pour payer les intérêts sur ses obligations en dollar vient de prendre fin. Pour mémoire, le 30 juin, le pays n’avait pu honorer le paiement d’un coupon de 21 millions de dollars sur son unique emprunt obligataire international.

Les fonds ont pourtant été transférés par Brazzaville le 26 juin à son «trustee», l’entité basée à New York et chargée de représenter le pays auprès des investisseurs. Mais ce dernier a dû geler le paiement aux porteurs de dette après avoir reçu deux injonctions judiciaires émises à la demande de la société de travaux publics Commisimpex (Commissions Import Export). Celle-ci réclame le paiement de factures impayées pour des travaux remontant aux années 1980. Et les sommes en jeu sont colossales pour le Congo. La bataille judiciaire, engagée depuis des années face aux tribunaux en France, en Grande-Bretagne et aux États-Unis, a en effet débouché sur deux décisions de justice (en 2013 et 2015) qui évaluent à près de 1 milliard de dollars la dette du pays à l’égard de Commisimpex, soit environ 13% du PIB du Congo, selon Moody’s, tel que cité dans un dossier consacré par un confrère au sujet de la bataille judiciaire entre le Congo et la société de BTP Commisimpex.
La situation de blocage des paiements aux porteurs obligataires par un seul créancier (ou un groupe de créanciers) n’est certes pas inédite, mais cela complique de plus la tâche au Congo qui enregistre un défaut de paiement, ce qui constitue un retardement d’échéance qui aura une incidence très lourde pour les finances publiques du pays suffisamment affectées par un déficit de réserves de change au sein de la banque centrale.

Cependant, cette dette contractée sur les marchés financiers internationaux n’a guère permis d’améliorer le niveau de vie des populations qui subissent les effets de la mauvaise gestion des finances publiques d’un régime qui impute malheureusement le fardeau de cette dette aux effets catastrophiques.

Rodrigue Fénelon Massala
 
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