Côte d’Ivoire : La première institution de la troisième République connaît ses heureux élus Version imprimable
21-12-2016
Le 18 décembre dernier, les électeurs ivoiriens se sont rendus aux urnes pour renouveler le Parlement issu de la législature de décembre 2011. Un scrutin qui a marqué les esprits et constitué au regard des enjeux un tournant décisif pour la démocratie ivoirienne qui a remis fondamentalement en cause le diktat des choix opérés par les appareils politiques. Décryptage.
Les élections législatives du 18 décembre 2016 se sont déroulées dans un environnement serein sur toute l’étendue du territoire ivoirien. Les résultats proclamés, provisoirement, par la Commission électorale indépendante confortent la coalition présidentielle qui obtient la majorité absolue : 167 sièges pour le RHDP, 75 pour les Indépendants, 6 pour l’UDPCI, le parti de l’ancien ministre Mabri Toikeusse, 3 pour le FPI version Affi Nguéssan et 3 pour l’UPCI de l’ancien ministre Gnamien Konan. En attendant la confirmation par le Conseil constitutionnel, il est cependant important de tirer quelques enseignements et leçons de ce scrutin.

Les leçons du scrutin législatif ivoirien


En effet, la première leçon à tirer à l’issue de ce vote législatif reste et demeure la désertion des électeurs des bureaux de vote : un taux de participation de 34%. Sur les 6 millions d’électeurs inscrits, juste environ 2 millions ont exprimé leur choix populaire le 18 décembre. Ainsi, entre la présidentielle de 2015 où le taux de participation avoisinait les 52%, les dernières consultations (référendum et législatives) ont connu une régression considérable qui suscite de vives interrogations quant au désintérêt que revêt le vote pour plus de 4 millions d’électeurs ivoiriens. Cette situation n’est pas propre à la Côte d’Ivoire certes, mais elle nécessite néanmoins d’être relevée afin que les décideurs changent leur mode de gouvernance, notamment dans la version de la démocratie représentative où la légitimité constitue une des pierres angulaires du pluralisme démocratique.

Ensuite, la seconde leçon qui nous paraît primordiale est celle de la démarcation démocratique des électeurs qui ont battu en brèche les consignes et le diktat des appareils politiques.

Le président Alassane Ouattara et l’autorité morale du RHDP, l’ex-président Henri Konan Bédié, ont certes obtenu la majorité des sièges à l’Assemblée nationale (66% élus), mais cette joute électorale a permis la percée des Indépendants et frondeurs du pouvoir qui ont battu à plate de couture de nombreux candidats positionnés par la coalition au pouvoir.

La percée des Indépendants doit interpeller le pouvoir surtout que certains des «leaders politiques» du RHDP ont perdu de façon symbolique, comme à Cocody, Kouassi-Datékro, Toumodi, Yamoussoukro, Dimbokro, Touba...

Ces défaites retentissantes confirment que les choix des appareils politiques n’ont pas toujours été à la hauteur des espérances des militants et sympathisants.

Cependant, des poids lourds du pouvoir ont conforté leur positionnement dans leurs bases respectives, à l’instar de Guillaume Soro plébiscité à Ferké, Konaté Sidiki à Man, Sess Sekou Mohamed à Dabou, Alain Lobonion à Fresko, Hamed Bakayoko à Séguéla, Achi Patrick, Kablan Decan Olibé Trazéré Celestine, Mariam Traoré…

La débâcle de l’empire Bédié


La véritable base arrière politique qui a subi un revers sans précédent au cours de ce scrutin reste sans conteste l’empire du président du PDCI RDA l’autorité morale du RHDP, l’ex-président Henri Konan Bédié. En effet, plusieurs chasses gardées politiques du sphinx de Daoukro qui avait positionné ses lieutenants sont tombées dans l’escarcelle des Indépendants et des autres partis politiques qui avaient préféré se démarquer du RHDP.

Daoukro, village natal du président Bédié, a été remporté par un candidat indépendant, olivier Akoto, qui a infligé une lourde défaite à un éléphant du PDCI, l’inspecteur général d’État, Gnamien Ngoran, ancien ministre des Finances ; puis la cité emblématique de Yamoussoukro, ville natale du père fondateur Félix Houphouët-Boigny, est tombée entre les mains de deux indépendants, parmi eux l’avocat Patrice Kouassi K, dit KKP. La ville de Toumodie où était positionné le ministre Alla Kouadio est tombée entre les mains d’un indépendant exclu du PDCI, Arthur Alloco, tout comme Dimbokro remportée par Kouadio Séraphin de l’UDPCI.

Enfin, la véritable gifle électorale a été portée par les électeurs de Cocody qui n’ont ménagé aucun effort pour offrir à Yasmina Ouegnin la benjamine du parlement suspendue des instances du PDCI, frondeuse du RHDP, les 2 sièges de la prestigieuse commune de Cocody où réside le président Bédié, le président de la République Alassane Ouattara. Commune où le PDCI et le RDR ont leur siège politique.

La victoire de Yasmina Ouegnin est un signal fort lancé par la nouvelle génération politique ivoirienne à l’endroit de la vieille classe politique en décalage avec les aspirations démocratiques des jeunes du numérique politique qui viennent de se passer maîtres de leur destin face au diktat des appareils politiques. Créditée de 56% de suffrages exprimés, une victoire écrasante acceptée et saluée par sa concurrente qui lors de la soirée électorale avait à la surprise générale annoncé dans une vidéo sa victoire prématurée suscitant la réaction et l’émoi des électeurs de Cocody qui ont veillé unanimement à protéger leur vote. L’icône de l’Assemblée nationale ivoirienne à la tête de la liste Ensemble pour Cocody avait martelé lors de son discours d’investiture «Ici, c’est Cocody», elle avait lancé ce slogan à qui voulait l’entendre. Elle a battu la liste RHDP, dirigée par Affoussiata Bamba-Lamine, ministre de la Communication et ancienne députée de la circonscription d’Abobo parachutée à Cocody.

La participation de l’opposition ivoirienne


L’opposition ivoirienne a voulu par cette participation jouer sa partition dans la nouvelle donne politique ivoirienne qui se dessine depuis l’entrée en vigueur de la Constitution de la troisième République. Le FPI, version Affi Nguéssan, a pu obtenir 3 sièges, le parti Lider de Mamadou Coulibaly 1 siège.

Toutefois, notons que la législature issue de cette dernière consultation redistribue les cartes politiques et affiche une nouvelle configuration du Parlement qui tranche avec la législature précédente. Les députés élus lors de la dernière élection législative du 18 décembre composeront la nouvelle chambre basse du Parlement ivoirien.

Rodrigue Fénelon Massala
 
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