Côte d’Ivoire : Retour sur une énième mutinerie des soldats Version imprimable
09-01-2017
Vendredi 6 janvier, des militaires issus de diverses garnisons de l’armée ivoirienne ont déclenché une mutinerie pour réclamer au gouvernement le paiement des primes, des augmentations de salaire et des promotions. Décryptage des 48 heures de soubresauts.
Partie de Korhogo et Bouaké, la contestation s’est propagée comme une trainée de poudre à travers les principales villes du pays : Daloa, Man, Daoukro et Abidjan. Le président Alassane Ouattara, en déplacement au Ghana, regagne en urgence Abidjan, le samedi 7 janvier, pour dénouer la crise.

Ce n’est pas pour la première fois que la Côte d’Ivoire enregistre un mouvement d’humeur au sein de son armée. Ce qui est surprenant! Pour la seconde fois, un tel mouvement se produit sous l’ère du président Alassane Ouattara et on assiste de façon récurrente à ces agissements de militaires ivoiriens, mécontents de leurs conditions de travail et du non-paiement de leurs primes, qui orchestrent un mouvement de mutinerie paralysant une partie du pays.

Un autre aspect surprenant a trait au fait que ce mouvement de mécontentement ait gagné plusieurs villes réputées fiefs du pouvoir, à savoir Bouaké (QG de l’ex-rébellion épicentre de la contestation), Daoukro (ville natale du président Bédié), Daloa, Korhogo (fief du ministre d’État Amadou Gon Coulibaly), Odienné (ville originaire de la mère du président Ouattara), Man et certaines casernes de la ville d’Abidjan. Notons que ce mouvement d’humeur de l’armée n’a enregistré aucune perte en vies humaines ni dégâts matériels. Les mutins ont fait feu de tout bois pour préserver la sécurité des biens publics et privés. Cependant, il y a lieu de signaler les énormes désagréments aux populations et aux activités économiques. Le pays est resté suspendu à l’issue des négociations engagées entre les autorités et les jeunes mutins à Bouaké durant 48 heures.

Genèse d’une mutinerie


Au lendemain de la crise postélectorale ivoirienne de 2011, la réorganisation de l’armée ivoirienne, affectée par plus de 10 ans de crise politico-militaire, figurait parmi les grands chantiers de la gouvernance Ouattara. En effet, sous l’ère Gbagbo qui, à l’époque, avait pour Premier ministre Guillaume Soro, un centre de commandement intégré fut mis en place, conformément aux accords de sortie de crise de Ouagadougou de 2007, dans son volet militaire, et dont la principale mission était de réunifier les deux forces (FAFN/FDS), avec comme point culminant la refonte totale de l’armée.

Après la mise en place des institutions politiques et la relance de l’activité économique, le régime Ouattara qui, dans la foulée, créait les conditions de la normalisation du pays avec le retour des exilés, dont entre autres de nombreux militaires qui ont défendu le régime Gbagbo, n’a pas fait de la refonte de l’armée un chantier prioritaire. Quand on sait que l’armée reste et demeure le dernier rempart des institutions de tout État qui se veut moderne… À en croire les soldats mutins, contactés par la rédaction de Les Afriques, ils sont des laissés-pour-compte alors que ce sont eux qui protègent avec loyauté et fierté la République, toutes les fois que l’intégrité territoriale du pays est menacée. «C’est incompréhensible ! », nous fait observer un soldat mutin qui renchérit « Comment peut-on expliquer qu’un gouvernement puisse ne pas honorer ses engagements vis-à-vis de militaires ? ». À y regarder de plus près, l’une des causes de cette mutinerie reste et demeure, certes le non-paiement des primes, les conditions de vie … néanmoins, il y a lieu de dire qu’au sein de l’armée ivoirienne règne un malaise profond, une frustration des hommes du rang et un déficit de communication qui ont pour conséquence le fossé entre la troupe et la chaîne de commandement de l’armée ivoirienne.

La suite à more au prochain numéro du magazine

Rodrigue Fénelon
 
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