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Dakar et Nouakchott sur la voix de la normalisation. Version imprimable
29-07-2011

Le premier Ministre sénégalais, maître Souleymane N’Dene N’Diaye, a effectué un court voyage en Mauritanie mercredi 27 juillet.

Un déplacement surprise  qui intervient en pleine crise des transports entre les 2 pays voisins, qui partagent prés de 1000 kilomètres de frontière commune, d’Ouest en Est, le long du fleuve Sénégal. Accueilli par son homologue mauritanien, Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, le haut responsable gouvernemental sénégalais a été aussitôt reçu en audience  au Palais de la République par le président Mohamed Ould Abdel Aziz.

Une rencontre au cours de laquelle maître N’Diaye a  remis au premier Magistrat mauritanien un message du président Abdoulaye Wade.

Un message « d’amitié et de paix dans lequel le président sénégalais affirme son attachement à  l’excellence des relations entre le Sénégal et la Mauritanie, et propose la tenue rapide des assises de la grande commission mixte de coopération entre les deux pays,  pour examiner les différents problèmes qui se posent, notamment dans les domaines des transports terrestre et aérien » a déclaré le premier Ministre sénégalais à sa sortie d’audience.  

Ainsi, au cours des prochains mois, voire des prochaines semaines, les ministres des affaires étrangères de la Mauritanie et du Sénégal, et ceux des départements impliqués dans les problèmes actuels, devraient se réunir pour traiter tous les sujets d’incompréhension en suspens, selon les précisions de maître Souleymane N’Dené N’Diaye.

L’émissaire sénégalais a par ailleurs transmis au chef de l’état mauritanien une invitation du président Abdoulaye Wade,  à effectuer une visite à Dakar, laquelle a été acceptée  par Mohamed Ould Abdel Aziz.

Accumulation de nuages.

Le bref voyage du PM sénégalais à Nouakchott,  ce mercredi,  est amplement justifié par une accumulation de nuages à l’origine de laquelle plusieurs faits liés aux relations bilatérales à la fois à la  politique, à la  diplomatie  et à l’économique, relèvent les observateurs dans les deux capitales.

Au plan politique, la Mauritanie aurait mal apprécié un défaut de soutien du Sénégal à la candidature à la direction générale de l’ASECNA,  de Mr khaled Ould Mohamed Sidina, après une promesse « ferme » des autorités de Dakar, dont l’appui aura été déterminant dans l’élection d’un candidat malien.

L’absence frustrante des cadres mauritaniens à la tête des grandes institutions internationales renforce encore plus Nouakchott dans sa colère.

Il y a eu également l’initiative solitaire et la position du  président  Abdoulaye Wade sur Libye,  et les  petites critiques « assassines » dans les coulisses d’une réunion de l’Union Africaine (UA).  

Maître Wade  accusait notamment le  président du comité ad-hoc, Mohamed Ould Abdel Aziz, de s’opposer à ce que le départ du colonel Mouammar El Kadhafi soit expressément sur une résolution de l’organisation continental.

Un épisode qui poussa le chef de l’état mauritanien à donner clairement sa position au sujet de  l’impossibilité du  maintien du Guide libyen au pouvoir, dans un entretien accordé à l’AFP.

Un autre reproche fait à Dakar concerne la réserve du Sénégal au sujet de la candidature de la Mauritanie comme représentant de l’Afrique de l’Ouest  au Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Toutefois, au-delà des petites bisbilles diplomatiques, loin des préoccupations quotidiennes, les faits générés par l’incompréhension entre les deux pays,  et directement ressentis par les populations portent sur l’activité et les échanges économiques.

Les camions mauritaniens et sénégalais ne sont plus admis à franchir la frontière dans les 2 sens au poste frontalier de Rosso (350 kilomètres de Dakar et 200 kilomètres de Nouakchott) depuis quelques mois.

Très forts, les syndicats des transporteurs sénégalais obligent le gouvernement à serrer le boulon contre les gros porteurs venus de Nouakchott.

Après un conflit d’intérêt, les compagnies aériennes    Sénégal Airlines et Mauritanie Airlines, acteurs ambitieux sur un marché réduit,  ne peuvent plus exploiter le trajet Dakar/Nouakchott depuis une vingtaine de jours, dans le cadre de ce qui apparaît comme « une guerre » dans le  ciel oust africain.

Autre signe inquiétant dans les relations économiques entre les deux pays, un nombre important de pirogues appartenant aux pêcheurs de Saint Louis,  sont actuellement arraisonnées par les gardes côtes mauritaniens pour  pêche « illégale ».

Autant de problèmes qui justifient l’implication des autorités au plus haut niveau,  pour éviter un remake de la grave  crise de 1989, que les populations des deux  rives du fleuve Sénégal n’ont nullement envie de revivre.

En fait, l’intérêt mutuel des peuples apparaît comme le véritable moteur de l’apaisement vers lequel se dirigent les gouvernants. Suite au coup d’état du 6 août 2008, le président Abdoulaye Wade avait apporté un précieux soutien diplomatique à la nouvelle junte au pouvoir à Nouakchott. Une action dont le résultat a été l’accord de Dakar entre  pouvoir et opposition en Mauritanie, suivi de l’élection présidentielle du 18 juillet 2009, et de retour à constitutionnel.

Amadou Seck, Nouakchott.  

 

 

 
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