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Delta du Niger : un rapport accablant Version imprimable
31-07-2009

Alors que la violence dans le delta du Niger a atteint un point extrême menaçant la production pétrolière, Amnesty International accuse l’Etat nigérian et la compagnie pétrolière Shell.

Le constat est accablant : la pollution du Delta du Niger, qui compte environ 31 millions d’habitants, a privé la population de ses droits élémentaires à la nourriture, à la santé et à l’eau.

Le constat est accablant : la pollution du Delta du Niger, qui compte environ 31 millions d’habitants, a privé la population de ses droits élémentaires à la nourriture, à la santé et à l’eau.

Par Anne Guillaume-Gentil, Paris

 

L’insécurité et la violence dans le delta du Niger menacent la production pétrolière du Nigeria. Or cette dernière contribue à environ 90% des recettes en devises de l’Etat. Une production pétrolière moindre et un cours du baril en recul ont abaissé les recettes budgétaires du gouvernement fédéral à 384 milliards de nairas (2,62 milliards $) au premier trimestre 2009, contre 566 milliards projetés dans le budget, les revenus pétroliers baissant de 22%. Selon le ministre des Finances, Remi Babalola, les exportations de pétrole en juin s’établiraient autour de 1,7 million de barils par jour (b/j), un chiffre à mettre en perspective avec une capacité de 3 millions de b/j. Les attaques et sabotages opérés par le Mouvement pour l’émancipation du delta du Niger (Mend) contre les installations pétrolières ont connu une recrudescence au mois de juin, obligeant certaines compagnies, ENI et Shell, à interrompre leur production et à déclarer l’état « de force majeure » permettant de suspendre leurs obligations contractuelles sans encourir de pénalités pour certaines livraisons qui provoquent un manque à gagner d’environ 170 000 b/j.

« Chaque année, c’est l’équivalent de la marée noire d’Exxon-Valdez qui se déverse dans le delta du Niger. »

Face à cette situation, le gouvernement a lancé des opérations de répression de grande envergure avec l’armée, de plus en plus présente dans le delta du Niger. Parallèlement, le président nigérian Yar’Adua a offert le 25 juin une amnistie à partir du 6 août jusqu’au 4 octobre à tous ceux qui déposeront les armes et renonceront à la lutte.

 

Constat accablant 

C’est dans un tel contexte qu’Amesty International  a rendu public le 30 juin son rapport « Nigeria, pétrole, pollution et pauvreté dans le delta du Niger », fruit d’une enquête approfondie d’une année. Et le constat est accablant : la pollution du delta du Niger, qui compte environ 31 millions d’habitants, a privé la population de ses droits élémentaires à la nourriture, à la santé et à l’eau. « Les gens qui vivent dans cette région doivent boire de l’eau polluée, faire la cuisine et laver leur linge avec cette eau. Ils mangent des poissons, quand ils ont la chance d’en attraper, contaminés par le pétrole et autres toxines », souligne le rapport. Une véritable tragédie humaine qui contraste avec les revenus tirés de l’exploitation pétrolière. Amnesty International pointe deux principaux responsables : l’Etat nigérian et la compagnie Shell, le plus important opérateur étranger au Nigeria à travers la Shell Petroleum Development Company SPDC (55% NNPC, Shell 30%, Total 10% et ENI 5%), sans absoudre pour autant les autres compagnies.

L’organisation internationale estime que l’Etat nigérian est totalement défaillant pour faire appliquer les réglementations en vigueur aux entreprises pétrolières et les sanctions prévues. « Le degré de dépendance du Nigeria vis-à-vis du pétrole et le fait que l’Etat nigérian est l’actionnaire majoritaire de certaines coentreprises constituent des problèmes fondamentaux, qui sont à la base des insuffisances réglementaires », souligne le rapport. Au niveau des compagnies pétrolières, Amnesty International estime qu’elles refusent d’assumer le caractère massif des déversements et qu’elles ne prennent pas de mesures de dépollution et d’assainissement des eaux et des sols. Or « on estime que depuis 50 ans il y a chaque année dans le delta une marée noire comme celle du pétrolier Exxon-Valdez » précise Francis Perrin.

A la suite de la publication du rapport, Shell, par la voie de son porte-parole, a estimé « qu’elle (ndrl Amnesty) oublie que 85% de la pollution provient d’attaques et de sabotages de nos installations qui mettent la vie de nos employés en danger ». Sans omettre les conséquences des attaques du Mend, Amnesty International souligne que le problème de l’environnement et de la pollution ne date pas d’aujourd’hui, mais qu’il est là depuis le démarrage de l’exploitation pétrolière, il y a 50 ans. En 2008, environ 2000 sites, considérés comme contaminés, ont été recensés par l’Agence nigériane chargée des questions posées par le déversement du pétrole.

Ce rapport, et surtout la forte dégradation de la sécurité dans le delta du Niger affectant la production pétrolière, pourraient favoriser une prise de conscience plus grande du gouvernement nigérian et des compagnies pétrolières.

 

Le rapport est téléchargeable sur le site d’Amnesty International (www.amnesty.fr).

 
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