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Des forces et des faiblesses des zones franches en Afrique Version imprimable
19-04-2008

Le développement des zones franches en Afrique tarde encore à se traduire en actes concrets.

Par Peter Ryan, vice-président de FEMOZA

Aussi bien chez les zones franches d’exportations que chez les zones économiques spéciales, le rythme observé est relativement lent comparé à l’Asie et à l’Amérique latine. Les raisons de cette stagnation sont nombreuses. A commencer par une pénurie des ressources humaines qualifiées qui s’explique en partie par des niveaux de salaires bas. La problématique de la fuite des cerveaux qui frappe particulièrement l’Afrique accentue la donne. Aussi les investisseurs dans les zones franches sont forcés de venir avec leurs propres cadres dans la phase de démarrage de leurs projets. Quant aux autorités chargées de la gestion des zones franches, elles devraient disposer de managers expérimentés, parlant plusieurs langues, des ingénieurs, des comptables, des spécialistes de la logistique et des ouvriers qualifiés. Les investisseurs potentiels en visite de repérage dans une nouvelle zone franche s’intéressent particulièrement à l’analyse des moindres signaux leur permettant de juger de la compétence et de l’efficience de l’équipe managériale.
L’important ici est que le PDG de la zone franche dispose d’une large autonomie. Il est en effet important pour lui de se référer directement au président pour les décisions majeures. Les investisseurs espèrent dès la première rencontre avec le PDG de la zone obtenir des garanties sur les principales caractéristiques de leurs investissements : incitations à l’investissement, conditions de location d’espaces, salaire minimum, etc. L’attente de la rencontre avec les comités d’investissements doit être brève. En général, la réponse doit intervenir dans un mois ouvrable.
Autre facteur important, la motivation des différents chefs de département vis-à-vis du secteur privé. Une solide expérience dans l’environnement des affaires est ici requise. L’adoption d’un système de promotion et de récompenses par le mérite peut être une bonne source d’émulation. Bref, en général l’offre en managers est assez réduite dans la plupart des pays africains. Ce qui explique le recours aux expatriés dans les premières années du projet.

 

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Une histoire qui remonte aux années 70
L’expérience des zones franches en terre africaine remonte aux années 70. En Egypte d’abord, puis au Sénégal, au Liberia, à l’Ile Maurice, à Tanger. Le Kenya et le Nigeria suivront dans les années 90. Plusieurs pays essayent ainsi d’attirer des IDE et des emplois dans ces espaces. Aujourd’hui le cercle s’élargit sensiblement avec des zones franches en Libye, en Tunisie, au Soudan, au Cameroun, au Ghana, à Madagascar, en Tanzanie, en Angola, au Mozambique, en Namibie et en Afrique du Sud. Au Maroc et en Tunisie, des investisseurs français et italiens utilisent des contractants locaux pour fabriquer des vêtements dans des espaces agissant comme zones franches sans pour autant l’être. Des marques comme Christian Dior se sont implantées dans ces pays depuis les années 70, tout simplement parce que les salaires minimums en Europe ne permettent plus de garantir la compétitivité face aux exportations asiatiques. Aujourd’hui l’un des principaux problèmes rencontrés dans les zones franches africaines est l’absence d’une autorité centrale. On dénombre ainsi une quarantaine de zones franches au Kenya et 17 au Nigeria. La plupart sont juste constituées de quelques usines ou de mini-zones industrielles qui ont postulé pour le statut de zone franche afin d’échapper aux impôts. Les industriels individuels peuvent obtenir le statut de zone franche sous certaines conditions : exporter 100% des marchandises, respecter les conventions sociales (salaire minimum) et d’autres règles comme la limitation de la pollution.
L’exemple le plus achevé est l’Irlande où quelque 950 compagnies opèrent sous le statut de zone franche avec une supervision des plus strictes quant à l’observance des règles locales et de la législation de l’Union européenne.

Les raisons de cette stagnation sont nombreuses. A commencer par une pénurie des ressources humaines qualifiées qui
s’explique en partie par des niveaux de salaires bas.

Réussites
L’Egypte fait exception à la règle africaine avec une Autorité générale pour toutes les zones franches. Il y a six zones franches gérées par l’Etat et une par le privé. Selon la haute autorité des zones franches égyptiennes, 1,3 milliard de dollars a été investi dans ces espaces en 2005 contre 408 millions une année plus tôt. Les rapports de la CNUCED portent ce total à 10 milliards en décembre 2006. Ces zones se répartissent entre Alexandrie à l’ouest, Suez et Port Said et la zone gérée par le privé en mer Rouge.
L’expérience de l’Ile Maurice remonte aux années 80 avec des licences délivrées par la Central Zone Authority. Aujourd’hui 80% des exportations de l’île proviennent des zones franches. Cependant, quelques usines textiles ont commencé à migrer vers Madagascar où les salaires sont plus compétitifs. D’autres producteurs ont carrément cessé leurs activités à cause de l’élévation des charges sociales montées en flèche suite au boom touristique.
Quelques zones franches en Afriques, qui avaient rencontré des difficultés au démarrage, tentent aujourd’hui un nouveau come back. Cas notamment du Ghana, du Cameroun et du Soudan. Le Ghana a commencé en 1996 à Accra. Aujourd’hui, il y a des projets de nouvelles zones à Gatorade et Tema. Des pays comme l’Angola et le Mozambique envisagent d’expérimenter plusieurs zones. En Tanzanie, il en existe déjà, avec, depuis 1999, l’île de Zanzibar comme rampe de lancement. Des études ont été menées par la BAD en 1996-97 pour une zone franche d’exportation à Dar es-Salaam. La nouvelle version du plan de développement de ces espaces retient d’autres sites comme Kigoma et Tanga.
Quant à l’Afrique du Sud, elle a rejoint le train en 1994 avec l’idée de valoriser des espaces non utilisés autour de certains ports et des gares. Signalons ici une vive opposition aux projets de zones franches de la part des opérateurs locaux, notamment ceux intervenant dans les filières textiles.

En bref, les gouvernements africains qui délivrent les licences doivent adopter des règles claires et transparentes. Permettre aux opérateurs nationaux qui exportent plus ou moins d’accéder à ces statuts de zones franches revient à autoriser l’évasion fiscale. Les autorités gérant ces zones franches ont besoin d’avoir des formations spéciales pour le management appelé à négocier avec les investisseurs. La formation des officiers de douane aux règles des zones franches est aussi nécessaire. L’effort peut se révéler payant : selon la Banque mondiale, pour chaque emploi créé dans de telles zones, deux sont créés dehors.

FEMOZA : World Federation of Free Zones,
www.free-zones.org

 
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