Du Konaté: une peinture d'un genre nouveau Version imprimable
15-03-2017
Après plusieurs expositions à Dakar, Abidjan, et un peu partout à travers la planète, l’artiste-plasticien malien, figure majeure de la scène artistique contemporaine, Abdoulaye Konaté, vit une nouvelle expérience africaine avec la Galerie 38 de Casablanca. En marge de son exposition, «L’étoffe des Songes», du 16 mars au 16 avril, il décortique son travail et ses toiles inédites.
Est-ce votre première exposition au Maroc?
Oui, c’est ma première exposition personnelle… Toutefois, sachez que j’ai déjà, par le passé, participé à des expositions collectives au Maroc.

Avez-vous déjà senti un réel feed-back du public?
Depuis que l’exposition est diffusée, surtout grâce aux médias, notamment via la presse écrite et autres émissions à la radio, les gens s’y intéressent déjà pour voir le travail qui est fait, se documenter sur moi et se rapprocher de la Galerie 38. L’engouement se fait donc sentir de plus en plus… Certains appellent au téléphone, vos confrères viennent pour publier des articles. Tout cet ensemble de communications a poussé les gens à s’enquérir de notre présence ici.

Vous travaillez sur des bouts de tissus déjà teints en batik? Pourquoi?
Non, ce n’est pas du batik. C’est un travail différent. Les teintes sont réalisées par moi-même suivant une autre technique qui n’est pas du batik. Il m’arrive parfois d’acheter du tissu déjà teint, mais même dans ces cas, ce n’est pas du batik. A Bamako, il y a beaucoup de centres de teinture et de magasins de tissus.

Au Mali, il y a un tissu traditionnel, fort esthétique, le bogolan. Travaillez-vous aussi à partir de ce support?
Non. J’ai fait quelques recherches là-dessus en 1978, lorsque j’étais au ministère malien de la Culture… mais ce n’est pas ma ligne de travail. J’avoue néanmoins que j’ai utilisé cette technique dans la tenue des chasseurs du Mandé, figurant sur certaines toiles… Le bogolan n’est vraiment pas ma démarche.

Quels sont vos thèmes de prédilection… l’histoire, la politique, l’avenir de l’homme malien ou africain…?
Il y a deux grandes lignes dans mon travail. La première est celle que vous voyez ici. C’est un travail sur la couleur, sur la composition, sur l’esthétique, mais qui est inspiré du fond traditionnel. Ce travail de la main, inspiré de la tenue des musiciens Sénoufo, des Koroduga de Sikasso aussi. Ce sont comme des bouffons, avec néanmoins un rôle stabilisateur pour la société. Ce sont des «rebelles», face à une quelconque autorité. Lorsqu’ils tranchent sur certaines problématiques, les populations suivent leurs directives…

La seconde grande ligne est un travail sur la souffrance humaine, sur l’âme. Loin d’être politique, cette démarche est sociale dans la mesure où elle s’intéresse à l’émigration, le génocide, le fanatisme religieux, les grandes pandémies, telles que le sida… Cette pièce sur Alep, intitulée «Nécrologie annoncée d’un fanatisme religieux» (Ndlr : tout en rouge, pour une ville noyée dans le sang), illustre ce travail.

Ainsi donc, plus que des considérations politiques, ce sont des problèmes sociaux que je dépeins. Comment ces personnes peuvent arriver à créer la panique sur terre, endoctriner des populations, imposer une religion, en ce 21ème siècle…? Nous nous sommes plus au 11ème siècle.

Vos tableaux vont du haut vers le bas, allant d’une sorte de firmament prononcé vers des couleurs plus claires qui se dégradent. Qu’est-ce que cela traduit?
C’est une démarche volontaire d’analyse de couleurs, de compositions, mais aussi d’imposer l’esthétique. C’est ce qui explique ces dégradés, pour attirer l’attention des gens sur le fait que par exemple, il y a du noir, mais que dans ce noir, il existe énormément de variétés. C’est la même chose dans la gamme des gris ou des ocres…

On a comme l’impression que la couleur n’est pas très riche. Tout ce travail est de magnifier la richesse des couleurs… comme on a besoin d’une analyse des détails.

Autre chose, quid de vos rapports avec les autres artistes africains? Êtes-vous en association?
Non, nous ne sommes pas en association, mais nous avons des rapports amicaux et nous nous voyons entre artistes africains. Je participe à la Biennale des Arts de Dakar ainsi qu’à d’autres expositions… Nous avons un vaste réseau d’amis entre artistes béninois, burkinabés, maliens, sénégalais… Justement, le sculpteur burkinabé Siriki Ky s’est déplacé depuis Ouagadougou pour assister à l’exposition, notamment au vernissage prévu jeudi 16 mars, ici à la Galerie 38 à Casablanca.

Comme j’ai dirigé aussi une école d’Arts au Mali, je reçois des artistes africaines, européens pour des ateliers, des conférences…

Combien de temps dure la confection de telles toiles?
Tout dépend. Cela varie de 2 mois à 6 mois, voir plus. Le travail est très lent et dépend de plusieurs paramètres.

Le bazin est industrialisé ailleurs et importé. Le Mali, qui produit du coton, dispose de techniques traditionnelles de tissage. Ne songez-vous pas mettre en place des ateliers de tissage pour alimenter vos toiles et former des jeunes?
Je ne compte pas me mettre au tissage. Il y a des spécialistes pour cela. Notez que dans de nombreuses toiles le fond est un tissu traditionnel fait à la main. Sur ce tableau (Ndlr : il me montre une toile figurant dans l’ouvrage imprimé à l’occasion de l’exposition de Casablanca), ce genre de tissus est offert à l’époux par la famille de la mariée, lors des cérémonies de mariage au Mali. Aussi, beaucoup de tissus réalisés par des artisans marocains de Fès, ou encore les tissus de Aïssa Dione, les fameux pagnes NDiago à Dakar, ou encore la cotonnade blanche constituent le fond de mes toiles. Sur ce tableau, intitulé «Pouvoir & Religion», le gris est inspiré du plumage de la pintade, il y a plus de 27 000 points brodés. Mais, je m’inspire des concepts africains, des dictons, des proverbes ou encore de la littérature et de la tradition orale.

Quels sont vos projets courant 2017?
Après cette exposition, je participe à deux autres en France, à la Villette et à Lille. Suivront la Biennale de Venise, puis une exposition à Londres courant 2017… Je dois vous dire que je travaille avec une galerie en Italie à Milan et une autre à Londres.

Propos recueillis par Daouda MBaye à Casablanca

Bio-express Abdoulaye Konaté est un peintre de formation, dont l’œuvre a évolué dans les années 90 pour s’orienter vers le textile qu’il redécouvre et s’approprie pour réaliser ses œuvres. A la Galerie 38, qui le présente, pour la première fois au Maroc, en exposition personnelle, il initie un dialogue avec le textile traditionnel marocain et les artisans de Fès, notamment le dernier Maître du brocart traditionnel de Fès, El Haj Abdelkader Ouazzani.

Les œuvres d'Abdoulaye Konaté, Grand Prix Léopold Senghor de la Biennale 1996 de Dakar, font partie des collections de grandes institutions comme le Musée Smithsonian à Washington DC, le Musée d’Art moderne de la ville de Paris, l’Institut du Monde arabe ou encore le Stedelijk Museum (Fondation d'art moderne et d'art contemporain de la ville Amsterdam). Depuis 2002, il est Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en France et, en 2009, il devient Officier de l’Ordre National du Mali.
 
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