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Ecobank lance une plateforme centralisée de cotation de 22 devises africaines à Paris Version imprimable
10-01-2012

Avec 20 milliards de dollars de total bilan, Ecobank estime avoir atteint la taille critique pour jouer pleinement le rôle de pivot entre les investisseurs internationaux et les acteurs africains.

C’est en quelque sorte l’un des chaînons manquants entre la finance monde et la finance africaine : une plateforme de cotation de devises africaines dans les principales devises internationales, pour permettre aux investisseurs internationaux à la recherche de diversification de se positionner sur les actifs africains, caractérisés par des rendements élevés. Elle devrait aussi servir à tous les acteurs effectuant simplement des opérations de change entre l’Afrique et le reste du monde.

Avec des rendements en moyenne de 2,5% sur dix ans en Europe, 6% en Amérique latine et 8 à 20% en Afrique, le choix de l’investisseur est, normalement, vite fait. A condition que l’aversion des investisseurs aux risques de change africains ne change la donne.

Mise en place par Ecobank, cette plateforme est le signal fort que la banque la plus panafricaine, arrivée à la fin de son expansion géographique, se tourne désormais vers la mise en place d’instruments modernes, pour faciliter la jonction entre les investisseurs et institutionnels internationaux et les acteurs africains. « Il n’y a pas de doute, l’Afrique est la nouvelle frontière de la finance internationale. Il y a un appétit certain des investisseurs internationaux pour le continent. Pour transformer le potentiel, on a besoin d’instruments comme cette plateforme de cotation de devises », explique Paul-Harry Aithnard, directeur groupe de la recherche de Ecobank, basé à Paris.

 

Le rôle d’accompagnateur

La banque espère tirer profit des nouvelles tendances de l’Afrique avec l’émergence d’une classe moyenne et l’attrait, nouveau, du continent africain pour les hedge funds, les fonds d’asset management et les structures de private equity. « Nous sommes certainement la banque la mieux placée pour jouer ce rôle d’accompagnateur des investisseurs internationaux, forts de notre présence dans 33 pays africains (Ecobank vient d’obtenir une licence en Guinée équatoriale), avec une présence effective à Paris, des bureaux de représentation à Londres, à Dubai et certainement bientôt dans d’autres centres financiers internationaux », déclare pour sa part, Abdoul Aziz Dia, directeur groupe de la trésorerie d’Ecobank.

Il faut le dire, l’effet de taille que représente la prise de contrôle d’Oceanic Bank plaide en faveur de ce saut qualitatif. Fort de 20 milliards de dollars de total bilan, la banque estime avoir atteint la taille critique pour jouer pleinement le rôle de pivot entre les investisseurs internationaux et les acteurs africains. Concrètement, ce sont les institutions internationales et les multinationales qui disposent de plusieurs succursales en Afrique qui économisent du temps et de l’argent à travers cette plateforme de cotation de devises : « Quand on est une multinationale et que, de Paris ou Londres, on veut effectuer des transferts vers quatre filiales, c’est plusieurs opérations de change qu’il faut entreprendre. Il fallait faire quatre transactions différentes, probablement avec quatre banques différentes. »

Aujourd’hui, avec la cotation de 22 monnaies africaines par la salle de marchés d’Ecobank à Paris, c’est un guichet unique qui est disponible et qui, poursuit M. Dia, rapprochera l’Afrique du marché financier international. Déjà des multinationales, des organismes internationaux, des investisseurs et autres banques internationales, mais également africaines, utilisent cette plateforme unique. « En plus de la cotation de ces devises, nous allons commencer à offrir une plateforme exclusive qui va permettre aux investisseurs internationaux de s’exposer aux actifs africains, devises, obligations, dettes qui offrent aujourd’hui l’un des meilleurs profils rendement-risque au monde », ajoute M. Dia.

 

Un contexte international favorable

Le contexte international est favorable à un tel positionnement. Aujourd’hui, ces investisseurs ont des rendements très faibles sur les actifs des pays développés, à cause des politiques actuelles de taux d’intérêt bas, appliquées pour juguler la crise. Or, certains actifs africains (dettes souveraines, dettes corporate) dégagent des rendements intéressants, à deux chiffres. « Nous allons proposer aux investisseurs internationaux des instruments qui permettront d’accéder facilement aux actifs africains. » Ces solutions pratiques rapprochent incontestablement le continent africain du marché international. Le mur est en train de tomber. « Le problème que les investisseurs internationaux ont depuis plusieurs années, c’est la difficulté d’accéder aux actifs africains. L’attrait du continent est une réalité, les taux d’intérêt sont élevés, les rendements sont plus intéressants mais il n’y a pas assez de véhicules d’investissements », rappelle Paul-Harry Aithnard. Et de poursuivre : « Nous allons structurer les actifs africains pour permettre à ces investisseurs de s’exposer plus facilement au marché africain. » Avec des rendements en moyenne de 2,5% sur dix ans en Europe, 6% en Amérique latine et 8 à 20% en Afrique, le choix de l’investisseur est, normalement, vite fait. A condition que l’aversion des investisseurs aux risques de change africains ne change la donne.

 

Le risque africain

Sur ce point-là, le staff d’Ecobank est confiant. La mentalité des investisseurs a évolué en termes de risque et de volatilité. « La réalité est différente de la perception que l’on se fait du risque africain », précise Paul-Harry Aithnard. D’autant que « les investisseurs cherchent de la diversification », rajoute Aziz Dia. « Les actifs africains sont peu corrélés aux autres actifs des pays émergents et jouent pleinement ce rôle d’alternative. »

Avec une telle plateforme, Ecobank prend une longueur d’avance dans la compétition africaine par rapport à HSBC ou Citibank. Pour Ecobank, l’année 2012 sera celle de la consolidation et d’une stratégie tournée vers le client.

 

MBF

Le MABI, l’indice qui mesure la performance des émissions domestiques africaines

Au lieu d’investir sur une seule devise, les investisseurs peuvent opter pour la solution qui consiste à tirer profit d’un panier de devises africaines. C’est dans ce cadre qu’Ecobank a lancé un indice de mesure des performances des émissions obligataires africaines émises en monnaie locale.

Dans cet indice, quatre pays de la zone CFA (Sénégal, Bénin, Côte d’Ivoire et Togo), pèsent 19% contre 27% pour le Nigeria, 27% pour le Kenya et 28% pour le Ghana. « A partir du premier semestre 2012, l’Ouganda, la Tanzanie, la Zambie le Tchad, le Gabon, le Cameroun, la Namibie et le Botswana, rejoindront le panier », ajoute M. Paul-Harry Aithnard. Pour quelqu’un qui a investi en octobre 2010, le taux de rendement est de 12,2%, supérieur au rendement offert par l’indice JP Morgan (EMBI) qui propose une exposition sur les autres pays émergents du globe.

 
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