Eric Kahé : «Nous voulons une constitution qui rassemble les Ivoiriens» Version imprimable
31-10-2016
La campagne pour le projet d’une nouvelle Constitution a démarré la semaine dernière en Côte d’Ivoire. Plusieurs rassemblements ont eu lieu à Abidjan. Eric Kahé, ancien ministre et désormais installé à Paris, revient sur ce projet auquel il s’oppose.

Les Afriques : La campagne pour la nouvelle Constitution ivoirienne a été lancée officiellement la semaine dernière. Quelle est votre position?


Eric Kahé : Ma position est celle de la grande majeure partie de l’opposition. Nous voulons une constitution qui rassemble les Ivoiriens. Une constitution qui renforce la démocratie. Nous avons, en réalité, besoin de renforcer le fonctionnement des institutions. Et nous n’avons pas besoin de nouvelles institutions.

Les Afriques : Vous faites référence à ce projet de Sénat que prévoit la nouvelle Constitution?


Eric Kahé : À l’heure où nos hôpitaux sont des mouroirs, à l’heure où nous avons des problèmes d’infrastructures liées à nos écoles, nous avons d’autres priorités que de revoir à nouveau la Constitution, passant par la création d’un Sénat dont les élus seraient choisis pour un quart d’entre eux par le président. La Côte d’Ivoire devrait faire l’économie de ce type de propositions.

Les Afriques : Mais si on retire le projet de Sénat. Excepté cette mesure, vous n’y voyez aucun inconvénient?


Eric Kahé : La Côte d’Ivoire est dans une situation particulière, comparable sous certains aspects à la Libye. Nous sommes dans une crise profonde depuis 2011. Nos institutions y avaient été bombardées. Nous avons besoin de stabilité constitutionnelle. Or, le problème que pose ce projet de Constitution, c’est qu’elle a été validée par un comité d’experts dont la principale plume est celle du chef de l’État.

Les Afriques : Vous faisiez une comparaison avec la Libye. Est-ce que vous n’exagériez pas légèrement?


Eric Kahé : Non. Certes la crise en Libye est plus visible avec l’émergence de fronts armés et un pays scindé en deux politiquement avec deux parlements. Mais la Côte d’Ivoire n’échappe pas à la comparaison. Le peuple ne profite pas assez de la croissance économique bien qu’elle soit positive.

Les Afriques : Ce projet de Constitution ne redéfinit-il pas les cartes du jeu politique ivoirien? D’autant que la discrétion de Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale, semble faire grand bruit...


Eric Kahé : Le président Bédié a été le faiseur de rois. On s’installe alors dans une posture qu’on défend. C’est une question qui regarde le PDCI. Moi, je suis de l’AIRD. Pour ce qui concerne Guillaume Sorro, on ne l’entend pas, car la Constitution ne l’arrange pas. Ceci dit, s’il souhaite prendre part à ce combat, nous ne refusons aucun soutien qui peut faire avancer la démocratie.

Les Afriques : Mais par ce projet de Constitution, dans votre action d’opposition, vous tendez la perche à Guillaume Soro pour qui vienne se joindre au front de refus et lancer sa campagne vers la présidentielle, s’il envisagerait de devenir le chef de l’État un jour?


Eric Kahé : Le système en son sein n’est pas en train de s’autodétruire, mais de se fissurer. D’autant que les velléités de succession de la majorité présidentielle apparaissent au grand jour. Pour Guillaume Soro, il n’a pas besoin de «tuer le père» – comme on dit – à savoir détrôner le président Ouattara pour arriver à ses supposées fins s’il en était. Il a uniquement besoin de faire vivre la démocratie en Côte d’Ivoire.

Les Afriques : De par votre expérience politique et ministérielle, vous connaissez tous les acteurs politiques en Côte d’Ivoire avec, en plus, une hauteur de vue liée à votre implantation en France. Comment comptez-vous ramener la concorde politique pérenne?


Eric Kahé : Houphouët-Boigny disait : «La diplomatie n’aime pas le bruit». On préfère rester profondément discret, mais on travaille en ce sens. Ce serait mon souhait de pouvoir y arriver. Sachez que j’ai cohabité avec le FPI également et toutes les forces proches de la rébellion. Je n’ai coupé les ponts avec aucun de ces acteurs. Mêmes adversaires politiques, soyons les partenaires de la démocratie, soyons les partenaires de la réconciliation!

Entretien réalisé par Rudy Casbi
 
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