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Financement des projets et dimension changements climatiques Version imprimable
22-07-2011
«Tous les pays des régions de l’Afrique subsaharienne ont les mêmes difficultés », Dr. M’Gbra N’Guessan, expert de la Francophonie et vice-président Afrique ECONOLER Canada.

Son Fonds carbone, en perspective, ne pouvant supporter entièrement les lourds financements de la lutte contre les effets des changements climatiques, la Boad a trouvé mieux de préparer les pays de l’Uemoa, mais aussi le Rwanda, le Burundi et la RD-Congo, à accéder plus aisément aux co-financements internationaux. Elle leur a organisé, avec l’Institut de l’énergie et de l’environnement de la Francophonie (IEPF), l’ISESCO et la Wallonie, un atelier régional de formation sur le montage des projets d’adaptation/atténuation aux changements climatiques. Sur toute la problématique, l’expert de la Francophonie et vice-président Afrique ECONOLER Canada, Dr. M’Gbra N’Guessan, s’est confié au journal Les Afriques.

Lire entretien réalisé par Olivier Tovor, Lomé

Les Afriques: Qu’est ce qui plombe, de façon permanente, la recherche de financement aux grands projets de développement des pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) ?

M’Gbra N’Guessan : Les pays de l’Uemoa réalisent, généralement, avec l’aide de la Boad et d’autres bailleurs de fonds, des projets classiques sur des infrastructures dans les secteurs de la santé, l’agriculture, l’eau et l’assainissement. Mais, ces projets n’intègrent pas la dimension climat avec les risques de changements climatiques. Ainsi, les infrastructures réalisées dans les grandes villes ne sont pas dimensionnées pour prendre en compte ce phénomène nouveau. Voilà des lacunes que nous corrigeons.

L.A: Cela est-il véritablement de nature à pénaliser les projets dans l’accès au financement ?

M’Gbra N’Guessan: Aujourd’hui, les projets de développement subissent la concurrence et la raréfaction des sources de financement pendant que l’aide publique au développement ne cesse de diminuer d’année en année. Cette situation force les programmes d’investissement dans l’Uemoa à aller chercher des co-financements sur la scène internationale qui, elle autre, pose, malheureusement, ces exigences. Une des solutions c’est d’ajouter la dimension lutte contre les changements climatiques pour lesquels la communauté internationale a mis en place des mécanismes dont le Fonds pour l’environnement mondial (FEM). En réalisant des projets intégrant la dimension climat, nous pouvons accéder à des sources de financements additionnels.

L.A: Comment se présente cette problématique dans les autres pays ou regroupements sous-régionaux sur le continent?

M’Gbra N’Guessan : Tous les pays des régions de l’Afrique subsaharienne ont les mêmes difficultés notamment l’accès à l’information et le renforcement des capacités initiales qui doivent permettre aux pays et aux organisations des sous-régions de bénéficier de ces financements. Aucune sous-région n’est en avance sur l’autre. Mais, la Boad a fait l’effort de mettre en place un programme climat dans l’espace Uemoa. Elle est sur la bonne voie de rassembler les énergies des pays pour que l’Afrique de l’Ouest soit en avance dans la mobilisation des financements internationaux dans la lutte contre le réchauffement climatique.

L.A: Quel redressement l’atelier de formation sur le montage des projets d’adaptation/atténuation à Lomé a-t-il apporté aux techniques de montage des projets?

M’Gbra N’Guessan : L’atelier de Lomé a permis de donner aux différents pays représentés l’information sur les sources de financement, les formulaires de requête à utiliser et, surtout, sur les critères de sélection des projets qui ont la chance d’être financés. C’est une correction importante qui a été apportée à travers les études de cas concrets. Il permet aujourd’hui de savoir les projets éligibles aux financements internationaux. Les pays de l’Uemoa ont pu, à travers ces exemples, savoir les sources de financements qui existent et identifier des projets dans lesquels des collaborations peuvent être obtenues avec les organisations dont le PNUD, le FEM, la BIDC ou la BOAD.

L.A: Le chemin est-il ainsi balisé pour que beaucoup plus de projets de l’Uemoa soient éligibles ?

M’Gbra N’Guessan : Le chemin semble être maintenant ouvert mais il est trop tôt de le dire balisé. Il faut une série de rencontres périodiques pour former les compétences des pays de l’Uemoa de manière à leur permettre de faire face à ces défis de concurrence mondiale dans l’accès aux sources de financements. Il y a nécessité d’instituer une plateforme de collaboration et d’échanges d’information sur le long terme, mais il faudrait que chaque pays de l’Uemoa mette en place un mécanisme pour continuer à développer les projets éligibles à des financements internationaux.

L.A: On évoque la pertinence d’un modèle sénégalais de projet. De quoi s’agit-il ?

M’Gbra N’Guessan : Il n’y a pas que l’expérience du Sénégal qui est très spécifique. Tous les pays de l’Uemoa ont des projets d’adaptation/d’atténuation. Les huit pays de l’Uemoa ont 14 projets dans le domaine d’adaptation. Le Sénégal a montré simplement un exemple de projet pour l’atténuation dans le domaine d’efficacité énergétique dans le bâtiment public qui peut être répliqué à l’échelle sous-régionale. Le Niger tente aussi de monter des projets d’adaptation très novateurs. L’expérience du Sénégal a été utile aux autres pour consolider leur propre volonté de développer des projets d’adaptation/atténuation. Dans l’espace Uemoa, aucun pays n’est en retard par rapport à un autre. Le Sénégal est l’un des meilleurs élèves mais le Togo vient de bénéficier de 6 millions de dollars dans le domaine d’adaptation aux changements climatiques dans le secteur de l’agriculture. Ce sont des allocations qui sont déjà en place et chaque pays a un budget de près de 6 milliards de francs Cfa. La préoccupation c’est de formuler de bons projets, identifier clairement les sources de financement, indiquer les critères de sélection des projets et permettre aux pays de l’Uemoa de développer leur propre expertise, avec l’appui de la BOAD, pour aller cueillir ces financements déjà disponibles au niveau international.
 
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