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Gestion portuaire au Cameroun : français et chinois en concurrence Version imprimable
01-03-2012
Le groupe Bolloré qui gère le terminal a conteneurs du port de Douala entend ajouter le port en eau profonde de Kribi dans son escarcelle. Seule sérieuse menace, les firmes chinoises, déjà présentes dans la construction du nouveau port. Les résultats des appels à manifestation restent attendus.
La bataille entre les firmes chinoises et françaises déjà épiques dans les secteurs des télécommunications, de l’eau, des travaux publics et du bâtiment, avec des fortunes diverses pour l’une et l’autre parties, va se poursuivre et s’intensifier. Cette fois-ci, les deux parties sont en concurrence pour la gestion portuaire, en l’occurrence, le terminal à conteneurs du port en eau profonde de Kribi dont les premiers bateaux sont attendus l’année prochaine. Bien que les résultats des appels à manifestation lancés par le gouvernement restent attendus, les sources proches du dossier, aussi dans les services du Premier ministre qui pilotent l’opération, qu’au ministère de l’Economie, de la Planification du développement et de l’Aménagement du territoire chargé du suivi technique de l’opération, révèlent que les Français et les Chinois sont au coude à coude.

L’offensive du groupe Bolloré

Malgré une forte concurrence et une longue protestation judiciaire du groupe Espagnol Progosa dans l’attribution il y a quelques années de la Douala International Terminal (DIT), le groupe Bolloré dont la concession de quinze ans courre jusqu’à 2020 ambitionne également de contrôler le terminal du port en eau profonde de Kribi dont les perspectives de développement démontrent qu’il sera l’une des plus importantes places portuaires en Afrique subsaharienne. Le président de Bolloré Africa Logistics (BAL), Dominique Lafont, ne fait pays de mystère quant aux ambitions de son groupe : «Concernant le port en eau profonde de Kribi, pour Bolloré Africa Logistics que je représente, il s’agit d’un projet essentiel pour le développement économique du Cameroun. Aujourd’hui, le Cameroun doit accroître sa capacité portuaire. Il apparait clairement, compte-tenu de la place économique du Cameroun, que le pays aura besoin des ports modernes. Nous avons toujours répondu favorablement aux sollicitations émanant des autorités, et c’est parfaitement normal de répondre présent lorsque vous êtes l’un des premiers employeurs privés au Cameroun. Nous avons répondu aux appels à manifestation d’intérêt. Nous sommes convaincus que ce projet va apporter davantage de croissance économique et de développement au Cameroun», a indiqué le représentant de Vincent Bolloré.

Dans le secteur de la manutention, la présence du groupe Bolloré qui se présente comme «une référence portuaire en Afrique» est significative sur les côtes africaines. Bolloré Africa Logistics gère les terminaux des ports d’Abidjan, Lomé, Cotonou, Pointe-Noire, Conakry, Port-Gentil, Douala, au point que seul Dakar contrôlé par le groupe qatari DP World échappe à son contrôle. Depuis 2005, DIT a connu une hausse de plus de 60% de son trafic, passant de 190 000 à 333 834 290 000 équivalents vingt pieds (EQV). A l’actif l’accroissement de la productivité, la simplification des procédures, le développement des équipements et un système informatique de pointe ont permis de maîtriser cette augmentation, tout en améliorant la qualité de services. DIT prévoit d’investir plus de 30 milliards F Cfa dans la poursuite de la modernisation du terminal à conteneurs du port de Douala. Ceci ayant pour corolaire, la modernisation des installations, la simplification des procédures et la l’accroissement de la productivité. A en croire les responsables du groupe Français, «avec ses cadences de manutention de navires au-delà des 20 mouvements/ h, et des opérations de livraison inférieures à 45 minutes par conteneur, DIT est dans le trio de tête des meilleurs terminaux du continent».

Les visées chinoises


L’Empire du Milieu qui est impliqué dans la construction du complexe portuaire de Kribi en mobilisant à travers EXIMBANK de Chine plus de 50 % des 282 milliards de f CFA nécessaires pour la réalisation de cette infrastructure, se verrait bien gérer le terminal à conteneurs du port de Kribi. Il y a quelques semaines, le viceministre chinois des Transports Gao Hongfeng a visité les sites devant abriter les installations portuaires. D’après lui, «la Chine entend jouer un rôle essentiel dans le développement du port, et Kribi jouit d'un site naturel pour être un bon port en eau profonde. C'est un important projet que nous comptons mener avec le gouvernement camerounais. La Chine va partager son expérience en la matière avec Cameroun dans l’exploitations des différents terminaux». Déjà, la Chine se propose de relier la ville de Kribi au site de Mboro, distants d'une trentaine de kilomètres, par une route bitumée. Selon toute vraisemblance, «la Chine n’entend pas apporter des fonds pour la construction du port pour que l’une des activités les plus juteuses lui échappent», indique une source proche du dossier. Les installations du Port en eaux profondes de Kribi a expliqué Louis Paul Motazé, coordonnateur du projet et secrétaire général des services du Premier ministre, vont se développer sur les sites de Mboro. Ce sera un port général La gestion du port de Kribi, complémentaire de celui de Douala, en question. BAL gère les terminaux des ports d’Abidjan, Lomé, Cotonou, Pointe-Noire, Conakry, Port-Gentil, Douala, au point que seul Dakar, contrôlé par le groupe qatari, échappe à son contrôle.

Li Ruogu, PDG d’Eximbank. Dominique Lafont, président de Bolloré Africa Logistics. comportant plusieurs terminaux, à savoir conteneur, aluminium, hydrocarbures, et polyvalent. Sur le site de Lolabé, située à 4 km au Sud de Mboro, il est prévu un autre terminal minéralier, en appontement. Le Port général permettra l’accueil de grands navires de commerce d’une capacité allant jusqu'à 100 000 tonnes et d’un tirant d’eau de 15 à 16 mètres. Le port de Kribi sera complémentaire du Port de Douala, venant ainsi palier les insuffisances de ce dernier jusqu’ici limité aux navires de 15 000 tonnes et 6 à 7 mètres de tirant d’eau. Plus de 400 000 emplois directs et indirects verront le jour, avec une diversification industrielle qui fera de cette région, un pôle de développement économique pour la sous région.
Achille Mbog Pibasso, Douala
 
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