GIM-UEMOA : Un réseau prometteur au service de l’inclusion financière africaine Version imprimable
05-08-2016
Blaise Ahouantchédé, DG de GIM-UEMOA, relate la densité du réseau avec 112 banques. Il a aussi évoqué les nombreuses réalisations de l’organisme en 13 ans d’existence et les défis qu’il doit relever dans les prochaines années. Ahouantchédé a aussi exhorté la Cedeao à prendre le lead pour permettre au réseau GIM-UEMOA d’élargir sa couverture.

Les Afriques : Quelle est aujourd’hui la densité du réseau GIM-UEMOA ?


Blaise Ahouantchédé : Le réseau GIM-UEMOA est aujourd’hui fort de 112 banques qui sont dans l’écosystème de GIM. Ce sont des banques qui sont dans la zone Uemoa. Nous sommes un chantier initié par la Bceao.

Nous gérons l’interopérabilité et la compensation des opérations financières électroniques. Nous avons commencé par les opérations de cartes bancaires. Mais toutes les opérations qui transitent par notre plateforme sont compensées par le GIM et réglées sur les comptes des banques au niveau de la Bceao. C’est un réseau qui a interconnecté plus de 5 000 points de services. Ce sont 3 500 guichets et 2 500 terminaux de paiement interconnectés.

Nous avons des infrastructures commerçantes, comme tout ce qui est plate-forme e-Commerce. Une vingtaine de sites marchands sont connectés au GIM. Notre mission première est de s’adresser d’abord aux acteurs de la zone Uemoa. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que nous avons plus de 4 000 000 de cartes qui circulent sur notre réseau. Plus de 80% sont des cartes bancaires domestiques, permettant aux clients de faire des transactions dans la zone. 20% des cartes sont internationales. Elles sont co-marquées GIM-UEMOA et GIMMasterCard et utilisables partout dans le monde.

LA : Le réseau GIM est surtout implanté dans la zone Uemoa. Avez-vous des projets d’extension de votre champ d’intervention à d’autres régions du continent, notamment en Afrique centrale et du Nord ?


B.A. : C’est vrai que le GIM est implanté dans les 8 pays de l’Afrique de l’Ouest parce que nous sommes une émanation de la Bceao, mais l’objectif de notre création a été d’interconnecter les systèmes des banques, pour permettre aux clients détenteurs des cartes de ces banques de faire des transactions en payant moins, au niveau de leur banque et des réseaux de banques grâce au réseau GIMUEMOA. C’est un objectif atteint, car aujourd’hui toutes les banques sont interconnectées au réseau GIM dans la zone Uemoa. Comme nous avons atteint ce premier objectif et étant conscients que nous sommes dans un monde de plus en plus globalisé, mondialisé, nous avons compris que les banques qui sont dans notre zone sont également en Afrique du Nord en Afrique centrale. Aujourd’hui, vous trouvez Ecobank au niveau de l’Uemoa, également en Afrique centrale, au Cameroun et dans d’autres régions. C’est pourquoi nous avons tout de suite réfléchi sur la nécessité pour le GIM de revoir sa stratégie afin que nous ayons une offre de services plus ouverte.

Tout en restant sur le périmètre de l’Uemoa, permettre que notre système soit plus ouvert et je pense qu’il y a des réflexions en cours pour voir dans quelles mesures nous pourrions nous connecter à l’Afrique centrale, à l’Afrique du Nord… afin que celui qui a sa carte en Afrique du Nord puissent faire sa transaction dans la zone et que celui qui a une carte de la zone Uemoa soit en mesure de faire pareil, au Maroc, en Tunisie... La réflexion est en cours et va au-delà des aspects techniques. Il y a une dimension réglementaire juridique et légale que nous sommes en train de regarder. Une fois que tout est mis sur table avec les banques centrales, on pourra passer à cette étape. Aujourd’hui avec une carte GIM, et en tant que client de la BAO, il est possible de faire des transactions chez Coris Bank, sans être son client. Cette dernière prend des risques en délivrant de l’argent. C’est parce que le GIM a mis en place un dispositif juridique et réglementaire qui permet de garantir les transactions effectuées par les clients sur les infrastructures d’une autre banque qui n’est pas la leur. Dans la zone Uemoa, ce n’était pas un projet simple, bien que nous soyons dans une zone unique avec les mêmes réglementations. Imaginez que nous élargissons le projet au niveau de la Cedeao, de l’Afrique centrale…. Il faudra que les autorités monétaires puissent s’accorder sur un certain nombre de règles et de normes afin que nous puissions mettre en place ce projet. Mais techniquement nous sommes prêts. Je voudrais ajouter que le GIM a deux offres : Celle que nous appelons d’interopérabilité, d’interbancarité et une chambre de compensation pour les banques de la zone Uemoa. A côté, nous avions développé une offre de processing. C’est du traitement pour le compte de tiers. Grâce à cette offre de processing, des banques peuvent bénéficier d’une offre mutualisée. A l’état actuel, le GIM peut, grâce à cette offre, accompagner des banques partout, que ce soit en Afrique centrale ou ailleurs. Dans ce sens, je peux donner le cas du groupe BSIC, la banque sahélo-sahélienne qui a fait appel à nous et aujourd’hui nous traitons des transactions de BSIC Guinée Conakry sur notre plate-forme.
Le groupe BSIC est dans plus de 14 pays et ils ont choisi le réseau GIM pour les accompagner sur ce type d’offre. Ainsi, nous pouvons avoir un projet plus intégré avec une dimension régionale, africaine et permettre aux citoyens africains de pouvoir faire des transactions avec leurs cartes partout où ils se trouvent.

LA : Quels peuvent être les principaux obstacles à l’extension du réseau GIM-UEMOA ?

B.A. : Si la volonté politique est là, a priori, il n’y a pas d’obstacles à l’extension du réseau. Techniquement, il n’y a pas d’obstacle. Nous avons pu le démontrer, il y a trois ans. Sur la demande de la Banque mondiale, nous avions pu connecter les systèmes bancaires du Nigéria et du Ghana au réseau GIM-UEMOA. Quand vous prenez le système de ces deux pays, en plus de celui de GIM qui est aujourd’hui le seul en Afrique qui regroupe 8 pays et qui compte un marché de 100 millions d’habitants, c’est un potentiel énorme. La prochaine étape consiste à instaurer un dialogue entre les banques centrales pour définir la règlementation, la gestion des litiges. Une fois que c’est fait, cela va être un véritable projet fédérateur, intégrateur pour la Cedeao déjà, et demain, si nous nous connectons avec l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Est et du Nord, nous allons avoir un projet à l’échelle africaine. C’est une vision macroscopique que nous avons et nous sommes en train de travailler avec les autorités pour que cette extension puisse être effective sur le plan juridique et réglementaire, étant donné que la faisabilité technique est déjà prouvée.

LA : L’idée est bonne. Alors qu’est-ce qui retarde sa mise en œuvre ?

B.A. :Vous savez, nous avons même proposé des comités, il y a trois ans. Mais il faut que quelqu’un prenne le lead sur ce projet. Nous avions voulu le faire, mais je sais qu’il faut surtout que ce soit la Cedeao qui prenne les devants sur ce type de question. Nous sommes à quelques années de la monnaie unique dans la zone Cedeao et il est important que ces questions soient réglées rapidement. Le chantier est annoncé, mais il faut une volonté et un leadership fort pour porter ces chantiers là. Aujourd’hui, la Cedeao et les banques centrales doivent se dire que nous avons envie de nous intégrer par le systèmes des moyens de paiement. C’est de cette manière que nous allons faciliter les échanges entre pays.

LA : Avec l’évolution du secteur bancaire, de nouvelles perspectives de partenariats s’ouvrent entre les membres de GIM-UEMOA et plusieurs secteurs d’activités (les télécoms, les professionnels des TIC, les établissements de paiement…). Quels sont les avantages et les inconvénients de cette effervescence et transformation ?


B.A. : Aujourd’hui, la frontière entre le monde bancaire et le monde du paiement se rétrécit d’année en année grâce aux TIC. Avec les technologies, il n’y a plus de frontières. C’est un monde ouvert. Cela amène à réfléchir sur l’évolution du secteur bancaire, des offres de service et comment les nouveaux acteurs pourront intégrer l’écosystème du GIM-UEMOA. Aujourd’hui, nous travaillons sur la manière de s’ouvrir à ces acteurs.

On parle actuellement de mobile banking et surtout mobile money. Ce dernier permet au client d’envoyer et de recevoir de l’argent, de payer ses factures. La Bceao a mis en place des agréments d’établissements de monnaie électronique, qui permettent à des opérateurs télécom d’effectuer des transactions. C’est le cas d’Orange qui a eu trois agréments au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Mali, qui vont rentrer dans l’écosystème du GIM, parce qu’ils sont sous l’autorité de la banque centrale.

Cette complémentarité peut apporter un nouveau dynamisme dans le système de paiement. Le GIM entend jouer un rôle important dans cette mutation. Mais, il faut un véritable travail d’éducation, de sensibilisation, sinon pour éviter une dualité entre le monde des télécommunications et celui des banques, alors ils doivent coopérer au bénéfice des consommateurs. Ensuite, il faut que les deux autorités de régulation puissent communiquer, échanger et travailler ensemble, pour proposer une co-régulation. Grâce au réseau GIM, les nouveaux acteurs pourrons bénéficier d’une meilleure gestion de la liquidité. C’est pourquoi il est essentiel que tous les acteurs qui tournent autour du paiement puissent se mettre autour d’une table, pour réussir le défi de l’inclusion financière.

LA : Quelles sont les dispositions prises par GIM pour étendre sa zone de couverture, faire face aux mutations du secteur bancaire et améliorer la sécurité des transactions ?


B.A. : Nous avions essayé de proposer une méthodologie qui consistait à faire une démarche prospective. En 2013, nous avions réuni tous les acteurs des banques dans une rencontre à Marrakech, pour décider du futur du GIM-UEMOA. Pour ce faire, nous avions fait un état des lieux sur toutes les dimensions. Cela nous a permis de montrer les mutations, les changements, les ruptures, pour essayer de proposer un futur possible pour GIM-UEMOA. Cela a permis de déboucher sur une vision probable du GIMUEMOA. Nous avions voulu confirmer tout cela à travers une étude stratégique approfondie que nous préparons actuellement. Ces éléments nous permettront de tracer un chemin pour le GIM. Et je pense que si les entreprises de nos pays procédaient de cette manière, on aura moins d’échecs pour nos structures.

Plusieurs chantiers sont en cours, dont la mise en place d’une brigade anti-fraude, même si celle-ci est très rare dans la zone. Nous avons formé plus de 2 000 gendarmes, policiers et douaniers à la lutte anti-fraude dans les transactions. Nous avons aussi fait des recommandions pour que l’ensemble des acteurs du secteur puissent se conformer aux normes de sécurité pour éviter les fraudes. Ce qui fait que depuis 13 ans, le réseau GIM-UEMOA, n’a pas connu de fraudes. Ces dernières y sont extrêmement rares, contrairement à d’autres pays.

Propos recueillis par Maimouna DIA, Dakar

Bio-express

Blaise Ahouantchédé est directeur général du GIMUEMOA. Il est ingénieur polytechnicien, titulaire d’un MBA Paris Dauphine et d’un 3ème cycle en Gestion obtenu à Paris XII, France. Il dirige le GIM-UEMOA depuis 13 ans et compte plus de 20 années d’expériences dans les métiers de la finance, de la banque et du management de projets. Avant d’être porté à la direction générale du GIM-UEMOA, il fût successivement pendant plus de huit ans, responsable Projets bancaires et financiers au Crédit Agricole et directeur de Projets à la Caisse de Dépôts et Consignations en France. A la tête du GIMUEMOA, il a eu à conduire plusieurs chantiers stratégiques dont la mise en place de la plateforme interbancaire et la réforme institutionnelle de la monétique régionale qui a vu la participation d’une centaine de banques de la zone Uemoa ainsi que la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest. Ahouantchédé est également membre du conseil d'administration de plusieurs institutions.

 
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