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Green business: encore une invention des Occidentaux? Version imprimable
15-11-2009

Peut-on parler de business à propos de l’Afrique ? En discutant avec une partie de la diaspora, des opérateurs économiques occidentaux, des décideurs africains et, plus surprenant, des journalistes, il est parfois permis d’en douter.

Par Thierry Téné, directeur A2D Conseil

 

Crier au néocolonialisme, c’est facile. Mais lorsqu’en tant qu’Africain, vous devez, pour être crédible aux yeux des Africains eux-mêmes, intégrer un Européen ou une structure occidentale dans votre projet, qui colonise qui ?

En matière d’environnement, nous avons, bon an mal an, délégué la gestion de notre patrimoine aux ONG occidentales qui l’administrent comme des domaines protégés.

L’Afrique a déjà laissé passer plusieurs trains qui ont contribué au développement et à la prospérité d’autres nations. Celui du green business et des technologies propres est à quai. Nous pouvons saisir cette opportunité ou continuer à disserter sans fin sur l’intérêt ou pas de le prendre.

Elles ont tellement de poids que l’Etat ou un entrepreneur local aura des difficultés à développer des activités économiques dans certaines régions, même en prenant en compte l’environnement. Des ONG européennes ou américaines ont un pouvoir tellement important en Afrique qu’elles peuvent empêcher la concrétisation de certains projets qui se réaliseraient sans aucune opposition dans leur propre pays. Comment, nous, Africains, en sommes-nous arrivés là ?

 

« Encore une invention des Occidentaux »

A l’opposé, mais dans le même registre, lors des échanges avec les chefs d’entreprise occidentaux, vous êtes très vite repris à l’évocation de « gagner de l’argent », « bénéfices », « rentabilité » et « profit ». Votre interlocuteur insistera plutôt sur les mots « développement », « réduction de la pauvreté », après avoir pris soin au passage de mentionner « son amour » pour l’Afrique. Il est rare de trouver un membre de la diaspora africaine qui porte un regard dépassionné sur les entreprises étrangères basées en Afrique. Elles sont perçues au mieux comme des « profiteuses » et au pire comme des « pilleuses de ressources naturelles ».

Pendant et après le forum sur le green business et l’investissement en Afrique, qui s’est tenu à Paris les 24 et 25 septembre, une question est revenue plusieurs fois : le green business, n’est-il pas encore une invention des Occidentaux pour exploiter l’Afrique ? En dehors de la bonne gouvernance, de l’humanitaire et de la pauvreté, qui sont les thématiques couramment évoquées lorsqu’on fait référence au berceau de l’humanité, dès que vous faites mention de l’entreprenariat, de la création d’entreprises, du marché ou de tout ce qui est lié à l’économie en Afrique, il y a tout de suite un soupçon et des procès d’intention. L’éco-colonisation a été évoquée pour la première fois pour le projet Desertec. Mené par un consortium d’entreprises allemandes, il vise à alimenter l’Europe à partir d’énergies solaire et éolienne produites au Sahara. Cette notion ne serait peut-être pas apparue si l’étude de faisabilité avait été réalisée par un consortium d’entreprises africaines avec l’appui de leurs gouvernements. La recherche de financements et de partenariats aurait été l’occasion de se tourner vers les investisseurs étrangers. L’avantage étant de cibler les futurs partenaires, après avoir clairement défini le besoin et identifier les intérêts de Desertec pour l’Afrique.

 

Terres agricoles

L’énergie n’est pas le seul domaine sous le feu des critiques. Depuis quelques mois, le rachat ou la location des terres agricoles par les entreprises et les gouvernements étrangers suscitent pas mal de débats. Plus d’un an après les émeutes de la faim qui ont secoué le continent, quelles sont les mesures « radicales » qui ont été prises pour assurer la sécurité alimentaire et attirer les investissements dans le domaine agricole ? Plutôt que de se lamenter ou de vociférer, peut-être serait-il plus utile d’étudier les initiatives de certains pays qui peuvent servir d’exemple. Après les émeutes de la faim en 2005, grâce à une forte volonté politique et à l’efficacité des actions menées, le Malawi a réussi sa révolution verte et exporte aujourd’hui le surplus de sa production alimentaire.

 

Regarder passer les trains ?

L’Afrique a déjà laissé passer plusieurs trains qui ont contribué au développement et à la prospérité d’autres nations. Celui du green business et des technologies propres est à quai. Nous pouvons saisir cette opportunité ou continuer à disserter sans fin sur l’intérêt ou pas de le prendre. Il faudra simplement garder à l’esprit que, de l’Asie à l’Europe en passant par le Etats-Unis, la course à l’innovation et à l’investissement dans ces domaines est lancée. Au final, nous serons encore une fois les consommateurs des produits finis, comme c’est le cas entre autres pour Yahoo, Google et Facebook, dont les capitalisations boursières feraient presque oublier qu’elles ont été créées par des binômes d’étudiants dans la désormais célèbre Silicon Valley, dont les nombreuses innovations en préparation vont, non seulement nous surprendre, mais aussi bouleverser nos modes de vie et ceux de nos enfants.

 

Eco-entreprises africaines

Dans cette nouvelle industrie verte, l’Afrique a de formidables atouts dans son jeu. Des initiatives commencent à fleurir partout sur le continent.

Au Cameroun, par exemple, l’entreprise Bocom International s’est spécialisée depuis 2004 dans le recyclage des batteries de véhicules avec un faible impact sur l’environnement.

Créée en 1988, Biotropical est une industrie spécialisée dans la production, la transformation et la commercialisation des produits biologiques et équitables avec des labels internationaux. Agrinergy SA est une PME qui produit des biocarburants et du savon à partir du jatropha.

A l’initiative d’un jeune camerounais, Ecosun Solutions, dont le siège est basé à Dakar, est le leader de la technologie solaire en Afrique centrale et de l’Ouest.

Les Maka pads, qui sont des serviettes hygiéniques 100% écologiques, ont été inventées par un chercheur ougandais. Le succès est tel que l’entreprise n’arrive pas à répondre à la demande nationale.

Au Togo, Esso Kandja exporte en Europe des ananas biologiques.

L’entreprise tchadienne Briqueterie Helico produit des briques en argile pure grâce à l’énergie produite à partir de la valorisation énergétique des graines de coton.

 

Maurice et le Maroc en pointe

En plus des opérateurs économiques, certains gouvernements ont vite compris les avantages qu’ils pouvaient tirer d’un programme ambitieux de business « vert ». Comme nous l’avons indiqué dans un dossier spécial présentant le projet Maurice Ile Durable, le green business est désormais au cœur de la stratégie de développement et d’indépendance énergétique de l’Ile Maurice. L’Agence française de développement vient de lui octroyer près de 40 millions d’euros pour le financement des investissements « verts ». Comme dans le cas du Malawi, le programme Maurice Ile Durable est à l’initiative du Premier ministre. Le Maroc, qui est l’un premiers pays africains à saisir les opportunités du Mécanisme de développement propre (MDP), sous l’impulsion du roi Mohammed VI, se bat pour le leadership en Afrique en matière de green business et d’investissements verts. Le premier salon de l’environnement au Maroc (Pollutec Maroc) s’est d’ailleurs tenu à Casablanca du 22 au 24 octobre 2009. Créé en 2000, en partenariat avec l’ONUDI et le PNUE et financé par le Secrétariat d’Etat à l’économie suisse, le Centre marocain de la production propre (CMPP) est la structure de référence pour la formation et l’accompagnement des porteurs de projets. Le Kenya prépare également un programme global de MDP et de business vert. A côté de ces Etats qui ont une approche globale de la croissance verte, il existe de nombreuses initiatives isolées dans quasiment tous les pays du continent.

 

Un Camerounais dans le green business allemand

S’il est facile de parler d’éco-colonisation lorsqu’un entrepreneur étranger investit dans le green business en Afrique, qu’en est-il lorsqu’un Camerounais s’investit avec succès dans le green business allemand ? C’est le cas de David Mola, 39 ans, qui était l’invité d’honneur des Journées d’excellence de la recherche scientifique et de l’innovation du Cameroun (JERSIC), qui ont eu lieu du 27 au 30 octobre à Yaoundé. Il est le directeur général de Mola Solaire International (MSI), qu’il a créé en 2003 en Allemagne après ses études. C’est une entreprise spécialisée dans l’énergie solaire qui embauche près de 130 personnes outre-Rhin. Une seconde entreprise a été créée en 2007 et une troisième est en cours de création aux Etats-Unis. Lors de son intervention au JERSIC, devant une partie du gouvernement camerounais dont le vice-Premier ministre, il a proposé d’accompagner les autorités dans la mise en place d’énergie solaire. Loin des débats sans fin sur la colonisation, le caractère green ou non du business, à l’instar de David Mola, une nouvelle génération d’entrepreneurs pragmatiques montre la voie. Aux jeunes Africains de rompre avec les dynamiques mortifères et d’oser entreprendre sans complexes.


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