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Guinée: le gouvernement accepte le fait accompli Version imprimable
26-12-2008

Le premier ministre Ahmed Tidiane Souaré a prêté allégeance au capitaine Moussa Dadis Caméra. Le nouvel homme fort, issu de la «génération 90 », promet une transition en 2010.

 


 

Par Mohamed B. Fall.

Moins de 72 heures après sa fulgurante ascension au pouvoir, le capitaine Moussa Dadis Caméra recevait, ce jeudi 25 décembre, à la caserne Alfa Yaya Diallo, le Premier ministre et tous les membres du gouvernement Guinéen. L’ambiance était aux congratulations et aux embrassades lors de cette cérémonie d’allégeance où les déclarations du Premier ministre, Ahmed Tidiane Souaré, ont mis fin à une bien éphémère opposition au coup d’Etat: «je voudrais, au nom de tous mes collègues, vous dire que nous sommes des techniciens. Nous ne sommes pas des partis politique, nous ne sommes pas des militaires. Les anciens membres du gouvernement sont entièrement à votre disposition dans vos hautes fonctions pour le bien être de notre pays ». Profession de foi sincère ou effet psychologique de l’ultimatum de 24 heures donné un peu plus tôt à tous les membres du gouvernement pour se présenter au camp militaire sous peine de répression ? L’histoire le dira.

De son côté, le capitaine Moussa Dadis qui promettait un délai 60 jours l’avant-veille a livré un programme de transition devant finir à la fin 2010. Autre revirement dans le discours, les condoléances adressées aux membres du gouvernement à l’occasion de la «disparition tragique du Général Lansana Conté, Commandant en chef de l’Armée ». Et pour rassurer les ministres, le capitaine assène : « Que Dieu vous bénisse pour tout ce que vous avez fait pour le peuple guinéen ». Le «Amen » en chœur repris par l’ensemble des ministres en dit long sur la ferveur nouvelle vis-à-vis de celui qui n’était encore, il y a trois jours, qu’un obscur responsable des hydrocarbures de l’armée. Originaire, tout comme feu Lansana Conté, de l’ethnie Soussou ( Basse Guinée), le nouvel homme fort est à la tête du CNDD (Comité national de développement et de démocratie) coalition de 32 militaires issus de la «Génération 90», terme qui les désigne au sein de l’armée.

Outre une communauté internationale (USA, France, UA, ONU) qui fait montre d’une fermeté relative pour un retour à l’ordre constitutionnel, le capitaine Moussa Dadis Camera devra surtout manœuvrer avec une grande inconnue : le lent ralliement de certains généraux dont l’ancien Chef d’Etat Major de l’Armée, toujours en mode silence radio. Une chose est sûre, la disparition du Général Lansana Conté, parti sans testament politique, enterre de fait la loi fondamentale votée à 90% par les Guinéens et qui prévoyait une présidence par intérim assurée par le président de l’assemblée nationale et un délai de deux mois pour l’organisation des élections.

Les politiques apportent leurs cautions

Si le Gouvernement a entériné le putsch, en revanche les positions sont loin d’être unanimes auprès des autres acteurs politiques. Le président de l’Assemblée nationale, Aboubacar Somparé, qui devait conformément à la constitution assurer l’intérim pour deux mois, a appelé la communauté internationale à tout faire pour empêcher la réussite du coup de force. De son côté Alpha Condé, président du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) rentré d’un exil volontaire de 15 mois le dimanche 21 décembre 2008 à la veille de la mort du Général fait montre de discrétion, en caressant le slogan de Barack Obama « Le changement, nous le pouvons » a apporté sa caution tout comme l’Union des Forces Républicaines (UFR) de l’ancien premier ministre Sidya Touré. L’on peut d’ores et déjà dire que l’exigence exprimée par ces deux formations de voir le CNDD se contenter du rôle d’un «organe de contrôle » ressemble à un vœu pieux.

 
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