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Habitat : l’expérience du Maghreb au service de l’UEMOA Version imprimable
02-08-2009

Hicham Karzazi, directeur général de Maghreb Titrisation, a apporté l’expérience du Maghreb à l’Union économique et monétaire ouest-africaine qui s’est engagée à créer un marché hypothécaire.

Hicham Karzazi : « Il y a tout ce qu’il faut pour être optimiste. »

Hicham Karzazi : « Il y a tout ce qu’il faut pour être optimiste. »

Interview réalisée par Olivier Tovor, Lomé

 

Les Afriques : En quoi réside la pertinence de l’expertise maghrébine pour la création du marché hypothécaire de l’UEMOA ?

Hicham Karzazi : La pertinence vient du fait qu’on a connu à peu près les mêmes problèmes que connaissent actuellement un certain nombre de pays de la sous-région. Dans le sens où il y a un besoin substantiel en matière d’habitat et aussi en matière de financement de l’habitat, qui vient du fait que les établissements de crédit ne disposent pas de ressources suffisantes à long terme, ni d’outils adaptés à leurs besoins qui leur permettent d’octroyer davantage de crédits aux populations de ces pays de la sous-région. Et donc, il est opportun qu’on puisse mettre à contribution l’expérience maghrébine, qui a traversé une période de réflexion, pour trouver des solutions à cette problématique. Aujourd’hui, un certain nombre de solutions ont été implémentées dans le marché hypothécaire et dans les fonds de garantie, qui ont eu des effets non négligeables sur la politique de l’habitat et sur la résorption du déficit du logement. D’où la pertinence de rapprocher les expériences des deux régions, pour essayer de trouver les moyens qui pourraient servir de référence, notamment à la sous-région de l’UEMOA, qui lui permettraient de gagner du temps en allant à l’essentiel et vers l’implémentation des solutions efficaces.

« Il y a beaucoup de points communs entre le marché maghrébin et le marché de l’UEMOA. La seule distinction, c’est que nous, nous ne sommes pas encore arrivés à réaliser cette union économique. »

 

LA : Quelle est la véritable touche maghrébine apportée ?

HK : C’est véritablement l’expérience que le Maghreb a traversé et les réponses qui ont été apportées à cette problématique du logement, que ce soit à travers des fonds de garantie ou à travers la titrisation des créances hypothécaires. C’est à ce niveau-là que la touche pourrait avoir toute son efficacité et donc servir d’éclaireur sur la voie à suivre en matière de financement de l’habitat en général.

 

LA : L’environnement au sein de l’UEMOA se prête-t-il véritablement à la perspective de marché hypothécaire ?

HK : Bien entendu ! L’UEMOA a des institutions, que ce soit au niveau de la Banque centrale, au niveau du Conseil régional de l’épargne publique, qui sont très actives et qui ont l’autorité et les compétences nécessaires pour mener ce genre de réflexions. Et, à côté de cela, il y a un marché financier avec une volonté des autorités pour le faire évoluer. Les préalables sont là.

 

LA : Les marchés hypothécaires du Maghreb et de l’UEMOA sont-ils très distincts ?

HK : Il y a beaucoup de points communs entre le marché maghrébin et le marché de l’UEMOA. La seule distinction c’est que nous ne sommes pas encore arrivés à réaliser cette union économique d’une manière concrète. On en parle depuis un certain temps, mais malheureusement, pour des raisons politiques, le marché commun n’a toujours pas vu le jour. Je pense que du fait que l’UEMOA ait réussi à atteindre cet objectif, ça peut être considéré comme un grand avantage, qui peut avoir un effet accélérateur à un certain nombre de réformes, sous réserve qu’il y ait une volonté politique pour mener à bien ces réformes-là.

 

LA : Alors, il y a de l’optimisme pour l’avènement de ce marché hypothécaire ?

HK : Il y a tout ce qu’il faut pour être optimiste. On a reçu des témoignages, que ce soit du président de la BOAD, du secrétaire général du Conseil régional de l’épargne publique et des marchés financiers, ou aussi du directeur de la stabilité financière de la Banque centrale. Des témoignages qui vont dans le sens de l’optimisme, de la conviction comme quoi ces réformes sont importantes et nécessaires au développement économique de la région. Cela veut dire qu’il y a une volonté politique. C’est la première condition pour la réussite d’un tel projet.

 

LA : Et, comment évolueront les deux marchés, maghrébin et UEMOA ?

HK : A travers des échanges d’expériences, de savoir-faire, de technologie. Aujourd’hui, les canaux de communication sont ouverts depuis 2005, en témoigne le fait qu’on ait participé au consortium qui a joué le rôle de conseil pour ces études-là. On a pu développer des relations très étroites, qui ne pourront que fleurir davantage, qui font que les canaux de communication resteront ouverts et que les échanges se poursuivront à l’avenir.

 

LA : Que faut-il pour éviter les risques de taille sur le marché hypothécaire ?

HK : Il y a un certain nombre de leçons à tirer des différentes expériences qui nous ont précédées pour éviter que certaines erreurs soient réitérées. On a à l’esprit, bien entendu, les problèmes qui ont été mis à nu à l’issue de la crise financière. Plus spécifiquement, je pense qu’au niveau de la régulation, de la réglementation, il faut s’assurer que les intérêts des uns et des autres soient protégés, que ce soit ceux des établissements financiers ou des entreprises privées ou publiques qui auront recours à la titrisation, à l’émission d’obligations sécurisées ou à des financements à travers la caisse de refinancement. Il faut aussi s’assurer que les intérêts des investisseurs soient sauvegardés, et donc insister sur la transparence d’information, sur les activités de formation et puis aussi sur la consistance juridique relative aux échanges de flux, que ce soit au niveau de la caisse de refinancement, de la titrisation ou encore des obligations sécurisées.

 
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