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16-08-2016
L’industrie de l’assurance, qui pourtant ne contribue que modestement dans le PIB de l‘Afrique, dispose d’importants gisements de croissance. Elle peut s’ériger en nouveau moteur de développement et de croissance en Afrique, à condition de parachever un certain nombre de chantiers.
Le marché africain de l’assurance pèse très peu dans le PIB du continent. D’après des statistiques de 2013, fournies par l’Organisation des assurances africaines (OAA), il se situe autour de 72 milliards de $ sur un PIB global de 2 513 milliards de $. Pire encore, la répartition par pays est très différenciée, dans la mesure où ce ne sont pratiquement que 4 pays, à savoir l’Afrique du Sud, qui cumule 80%, puis l’Algérie, le Maroc et la Tunisie qui concentrent 10%, qui le réalisent, tandis que les 10 % restants s’éparpillent sur le reste des pays africains. Au regard d’une telle configuration, il s’agit d’un marché où tout reste à faire et que par conséquent les potentialités sont immenses. Ali Harraj, PDG de Wafa Assurance, confirme que le secteur des assurances est encore en émergence et représente à fin 2015 à peine 1,5% du marché mondial. Pour Lamia Ben Mahmoud, présidente sortante de l’OAA et de Tunis Ré, l’assurance africaine souffre de multiples maux, néanmoins elle milite à la mise en place de groupements pour relever les défis futurs. Des rapprochements, dictés le 8 avril dernier à Yaoundé, par la Conférence interafricaine des marchés de l’assurance (CIMA) qui décida, en marge d’une réunion sur la Zone franc, de porter le capital des compagnies d’assurances du simple au quintuple. Ainsi, à compter de cette date, le capital minimum devrait passer de 1 à 5 milliards de f CFA dans le secteur. Un projet adapté par le Comité des experts et validé sans amendement par le Conseil des ministres, justifiant l’urgence de massifier les compagnies d’assurances. A noter qu’un délai de 5 ans a été donné aux structures existantes pour se conformer aux nouvelles dispositions, avec une étape intermédiaire de 3 ans pour monter à 3 milliards de f CFA… Même son de cloche pour le fonds d’établissement des mutuelles qui doit passer à au moins 3 milliards de f CFA, avec un délai intermédiaire de 3 ans pour celles existantes pour atteindre 3 milliards et dans 5 ans, les 3 milliards. Vu les attentes relativement à l’existant, c’est de bonne guerre. Des opérations de Greenfield sont déjà lancées ou dans le pipe. Il reste à se conformer aux standards internationaux.
L’industrie de l’assurance a de beaux jours devant elle en Afrique. Les rendements de portefeuilles y sont satisfaisants. Même en temps de crise, les compagnies, qui investissent en Bourse, pour contribuer au financement de l’économie, sont préservées par une gestion prudente des portefeuilles et les importants stocks de plus-value accumulés…
Bachir Baddou, directeur général de la Fédération marocaine des sociétés d’assurance et de réassurance (FMSAR) et directeur général de la Compagnie d’assurance transport (CAT), assure que les besoins en couverture sont encore très grands. Il ajoute que : «Bien qu’avec 3,2% du PIB le Maroc affiche le premier taux de pénétration de l’assurance dans le monde arabe et l’un des plus élevés d'Afrique, il demeure toutefois faible au regard de la moyenne observée sur les marchés matures».

Mobiliser l’épargne pour investir


Parce que générant une épargne longue, notamment dans ses branches vie et capitalisation, l’assurance reste un important levier de financement. Toujours est-il qu’il faut un cadre réglementaire favorable et un système financier propice à l’investissement à long terme des compagnies d’assurance, afin qu’il puisse jouer son rôle de principal contributeur au financement des économies africaines. Les professionnels soutiennent que l'assurance-vie présente encore de grands gisements de croissance, tout comme la multirisque habitation et quelques couvertures de responsabilité pour certaines professions à risques... Des actions volontaristes de différents Etats africains permettront d’avoir un impact plus important. Dans un pays comme le Maroc, la dynamique du crédit au particulier qui s’accompagne nécessairement par une assurance-décès a boosté le secteur. Aussi dans ce pays, où la branche assurance- vie et capitalisation occupe la première place, avec 34,7% des primes émises contre 31,3% pour l'assurance automobile, le dispositif de couverture des risques catastrophiques doit devenir obligatoire. A titre d’exemple, en 2015, le chiffre d’affaires dans la branche vie de Wafa Assurance représente plus de 53% du chiffre d’affaires global (+ de 6,4 milliards de dirhams).
Récemment porté à la présidence de l’OAA, le Maroc est d’ailleurs perçu d’un très bon oeil, son expérience et le stade d'évolution de son marché aidant. En témoignent les récentes prises de participation en Afrique au sud du Sahara. En effet, après le groupe Saham (riche de ses partenariats avec la Société financière internationale, Abraaj Capital et Wendel) qui a acquis en 2010 le groupe Colina, présent dans 13 pays africains, puis d’autres pour s’implanter désormais dans 22 pays, à travers une quarantaine de filiales, Wafa Assurance s’est d’abord installée en Tunisie en 2012, avec sa filiale Attijari Assurance, spécialisée dans l’assurance-vie. En Afrique au sud du Sahara, après l’échec de l’acquisition de l’assureur Safa en Côte d’Ivoire, la filiale d’assurance d’Attijariwafa bank s’est déployée en 2014 au Sénégal en créant 2 compagnies, à savoir Wafa Assurance Vie S.A et Wafa Assurance S.A, avec l’ambition de devenir un acteur majeur de l’assurance au Sénégal en s’appuyant sur les réseaux de distribution de ses filiales bancaires.
Une autre compagnie marocaine, RMA Watanya du groupe FinanceCom, auquel est adossé BMCE Bank of Africa, a intégré les marchés camerounais, ivoirien et togolais, suite à un partenariat avec le groupe Beneficial Life Insurance Cy (BLIC). A l’horizon 2020, cette compagnie envisage de s’implanter dans une quinzaine de pays, via des acquisitions ou des opérations de Greenfield. Les réseaux de BMCE Bank of Africa seront sollicités en appoint à cette implantation…

La réassurance, vecteur de développement


De façon analogue à l’assurance, vu les faibles niveaux de capitalisation des assureurs, les besoins en réassurance sont importants en Afrique. Le continent africain totalise 7% des primes de réassurance mondiales, un poids beaucoup plus important que celui des primes d’assurances directes (1%). Dans ce domaine, Africa Ré est l’institution de référence en matière d’assurance et de réassurance. Avec une part de marché de 8%, cette compagnie se situe au 3ème rang des réassureurs du continent, ce qui lui confère le statut de premier groupe panafricain de réassurance. Créée en 1976 à l’initiative de la Banque africaine de développement (BAD) et des 36 Etats membres de l’Organisation de l’Unité africaine, Africa Ré est une société de réassurance qui opère dans 50 pays africains et réassure plus de 1 000 compagnies d’assurance et de réassurance. L’essentiel de son activité porte sur la réassurance de risques dits «IARD» (Incendie, accidents et risques divers) ainsi que sur les risques maritimes, aviation et vie.
La connaissance des marchés sur lesquels elle intervient et les relations tissées avec les compagnies d’assurance du continent lui ont permis de se positionner comme un acteur incontournable de ce secteur. Elle dispose, par ailleurs, d’une influence importante sur la définition des pratiques et des règlementations régissant l’activité de réassurance en Afrique au sud du Sahara. Africa Ré reste ainsi fidèle à ses objectifs de départ, à savoir développer les secteurs de l’assurance et de la réassurance en Afrique, promouvoir l’accroissement des capacités de rétention et d’acception du continent au niveau national et régional ainsi que d’encadrer le secteur de l’assurance sur le continent en vue de contribuer à son développement économique.

Daouda MBaye, Casablanca
 
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