Interview Aida Diarra : «Le combat de la femme, un travail de toute la société» Version imprimable
04-04-2017
«Privilégiée», Aïda Diarra a bénéficié d’une belle ascension dans une structure idoine. Néanmoins, elle déplore l’existence d’environnements qui prônent l’équité sans réussir à l’appliquer et qu’il serait utopique de dire que le niveau souhaité en matière d’égalité, voire d’équité, est atteint, notamment en Afrique. Justement, elle plaide pour plus de programmes de «mentoring», afin d’accompagner les jeunes femmes d’Afrique et les encourager à l’action, à la prise de risque. A ceux qui prônent le boycott du 8 mars, elle répond que la femme n’a pas qu’un seul jour par an, car toute l’année lui appartient.
Les Afriques : Quelles ont été les importantes contraintes auxquelles vous avez fait face dans votre vie professionnelle et qui sont liées à votre statut de femme?
Aida Diarra : J’ai le privilège de travailler pendant les 15 dernières années dans une entreprise qui encourage l’ascension de femmes compétentes dans la responsabilité. Western Union est une société qui veille à mettre en avant des femmes qualifiées dans les postes de décisions, tant au niveau régional qu’au niveau de siège mondial.
Cependant, je suis consciente que dans d’autres environnements, plusieurs femmes doivent prouver davantage leur compétence, leur patience et leur adaptabilité, face aux hommes, pour pouvoir espérer accéder aux postes de responsabilité, ce qui n’est pas juste, notamment dans des environnements qui prônent l’équité sans réussir à l’appliquer concrètement.

Aujourd’hui que la femme a prouvé ses compétences, croyez-vous que le combat du genre soit désuet? Sinon, pourquoi?
Il serait utopique de dire que nous avons atteint le niveau souhaité en matière d’égalité, encore pire d’équité, notamment en Afrique. Il y a des pays où il y a eu des évolutions notables en la matière, car les volontés politiques et sociétales étaient en phase pour aller de l’avant. Cependant, dans le milieu rural et auprès des populations défavorisées, je peux vous dire que le chemin est beaucoup plus loin d’être achevé.

Vu les proportions de femmes dans les populations actives dans de nombreux pays, n’est-ce pas un gâchis que de marginaliser cette frange?
Le continent africain en particulier regorge de femmes absolument extraordinaires. Le point positif est qu’elles sont de plus en plus visibles et reconnues. Il reste cependant une opportunité pour améliorer la parité du genre en entreprise, l’accès au financement et à la propriété. Il serait souhaitable qu’il y ait plus de programmes de «mentoring» pour accompagner les jeunes femmes d’Afrique et les encourager à l’action, à la prise de risque, pour faire face à leurs ambitions.

Faites-vous partie d’organisations féministes? Si oui, pourquoi?
Non, mais je considère que c’est un travail qui ne doit pas se cantonner dans les associations ou autres types d’organisation, c’est un travail de tous les jours, à l’école, à la maison et dans toute la société.

Ne croyez-vous pas que les combats de la femme doivent être aussi l’affaire des hommes?
En effet, c’est un travail de toute la société pour faire évoluer les mentalités, notamment quand il s’agit de sociétés conservatrices.

En Amérique latine, une initiative, baptisée "8 Marzo: Paro internacional de mujeres", appelle au boycott de la célébration de cette date. Qu’en pensez-vous?
Le 8 Mars est pour moi une journée pour faire le point sur l’état d’avancement des initiatives qui contribueraient au renforcement du rôle de la femme dans la société. Sinon, la femme n’a pas qu’un seul jour par an, car toute l’année lui appartient.

Propos recueillis par Daouda MBaye

Bio-express
En tant que vice-présidente pour l’Afrique chez Western Union, Aida Diarra supervise tous les aspects de l’activité de Western Union sur l’ensemble du continent africain, son siège se trouve actuellement à Casablanca, au Maroc.

Elle travaille pour Western Union depuis 1999. Initialement directrice adjointe du marketing chargée des opérations des États-Unis vers l’Afrique, sa carrière a progressé rapidement au sein de l’entreprise, jusqu’aux fonctions de directrice du marketing aux États-Unis pour l’Afrique. Elle s’est ensuite installée à Casablanca, afin de prendre les fonctions de directrice du marketing pour l’Afrique en 2004. En 2006, son rôle s’est élargi et elle est devenue directrice régionale pour l’Afrique occidentale, étendant successivement ses responsabilités à l’Ecowas en 2009 et à l’Afrique du Nord, centrale et occidentale en 2011. En 2014, elle a pris ses fonctions de directrice pour le continent africain, supervisant les opérations dans plus de 50 pays d’Afrique.

Aida Diarra a débuté sa carrière professionnelle en 1992 et occupé plusieurs postes de direction dans différentes entreprises de vente au détail. Elle est titulaire d’un Bachelor de finance et d’économie obtenu à l’American Business School en France et d’un MBA en affaires internationales et management délivré par l’Université de Hartford, aux États-Unis.


 
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