Interview Fabrice Kom Tchuente, «Le paysage bancaire africain est en pleine mutation» Version imprimable
17-06-2015
A la veille de la 2ème édition du Forum international de la finance en Afrique subsaharienne (Fifas), prévue du 15 au 17 juin à Abidjan, Fabrice Kom Tchuente, directeur exécutif de FinAfrique et initiateur de l’événement, évoque les enjeux et les mutations du secteur.
Fabrice Kom Tchuente, directeur exécutif de FinAfrique
Fabrice Kom Tchuente, directeur exécutif de FinAfrique

Les Afriques : Les professionnels de la finance se donnent rendez-vous du 15 au 17 juin à Abidjan pour cette 2ème édition du Forum international de la finance en Afrique subsaharienne (Fifas). Quels seront les temps forts de cette importante rencontre ?

Fabrice Kom Tchuente : Le Fifas démarrera par quelques allocutions de personnalités du secteur financier et privé africains qui présenteront leur vision pour améliorer le modèle de financement et de bancarisation.
Ensuite, il s’ensuivra une dizaine de tables rondes qui s’articuleront principalement autour de 3 axes : l’inclusion financière, la bancarisation et l’amélioration du financement des PME-PMI. 

LA : Cette année, le thème du Fifas s’intitule «Créer un modèle financier africain». L’Afrique a-t-elle besoin d’inventer son propre modèle financier ?

F.K.T. : Nous avons en Afrique subsaharienne des Petites et moyennes entreprises qui éprouvent des difficultés pour accéder au financement. De plus, la plupart des PME se tournent vers les banques pour solliciter un financement. Il faudrait d’une part diversifier les sources de financement de telle sorte qu’elles soient bien adaptées à la problématique financière des emprunteurs. Nous avons par exemple une diaspora africaine qui regorge d’une épargne longue et disponible. Nous avons des tontines qui représentent une importante masse financière mais qui n’est pas intégrée dans un circuit financier formel. Ainsi, nous avons une épargne que l’on pourrait qualifier d’opaque et d’inaccessible puisqu’elle ne bénéficie aucunement aux infrastructures économiques qui sont mises en place à l’exemple des Bourses de valeurs qui restent insuffisamment attractives par manque d’investissement.
D’autre part, il faudrait mettre en place des outils d’aide à la décision dont les critères d’évaluation sont imprégnés du contexte socioéconomique local. Comme exemple d’outils, il y a ce que l’on pourrait appeler des agences de notation «made in Africa» et les Bureaux d’information sur le crédit qui permettent de centraliser un certain nombre d’informations sur la solvabilité d’un emprunteur afin d’en mesurer son risque de défaillance. Les bureaux d’information sont en cours de mise en place en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest. Ce sont là des initiatives qui donneraient une meilleure lisibilité du risque emprunteur et qui permettrait aux bons payeurs d’avoir plus facilement accès au crédit et dans de meilleures conditions. 

LA : Dans plusieurs secteurs, les investisseurs internationaux voientils l’Afrique comme une opportunité ? Est-ce le cas pour les banques et les fonds d’investissement internationaux ?

F.K.T. : En effet, autant les banques que les investisseurs internationaux s’intéressent de très près à l’Afrique à très juste titre puisqu’elle affiche une croissance supérieure à 5%, depuis plusieurs années.
La cartographie du paysage bancaire africain est en pleine mutation. Après l’apparition et l’expansion de grandes banques panafricaines ces 20 dernières années, nous avons aujourd’hui de grandes banques internationales qui ouvrent de plus en plus de filiales en Afrique ou qui s’y installent en prenant des participations dans des banques déjà établies.
Prenons l’exemple de la Qatar National Bank qui a pris des participations dans le groupe Ecobank, de la Banque nationale du Canada qui est maintenant actionnaire du Bancassureur NSIA. La Société Générale déjà très présente en Afrique francophone vient de mettre en place un Plan africain dans l’optique de s'étendre géographiquement. Elle vient d’ailleurs de signer le rachat d'une banque au Mozambique et va bientôt s'implanter au Togo.
Il en est de même avec les fonds d’investissement ECP, Amethis, Actis… qui font des acquisitions importantes en Afrique ces dernières années dans des secteurs assez variés, tels que l’énergie, les télécommunications et la finance. 

LA : On parle beaucoup d’évolution dans le domaine de la finance. Vous qui suivez de près ce milieu, quels changements majeurs avez-vous pu révéler ces dernières années en Afrique ? La finance peut-elle jouer un rôle dans l’émergence économique des pays africains ?

F.K.T. : Comme grands changements en Afrique ces dernières années, nous parlerons de la forte mutation du marché des émissions obligataires. Il y a eu dans la zone Uemoa près de 3 000 milliards de f CFA d’émission au cours de l’année 2014. Cette année, par exemple, la Côte d’Ivoire a émis avec succès un eurobond de 1 milliard de dollars. Cette technique de levée de fonds qui se multiplie en Afrique subsaharienne et qui se caractérise soit en devises locales, ce qui permet de drainer l’épargne intérieure, soit en devises étrangères ce qui permet d’attirer les capitaux extérieurs s’avère très utile pour financer de nombreux projets d’infrastructures et en même temps elle exempte du principe de conditionnalité auquel les pays africains sont assujettis lorsqu’il s’agit de prêts provenant des institutions de développement internationales. Un pays comme Madagascar, qui est aujourd’hui très dépendant de l’aide internationale, pourrait également avoir recours à cette technique de financement en se dotant d’un marché financier.
Une autre initiative qui est à relever, il s’agit de la création ces dernières années de ce que l’on appelle «le Marché alternatif» au sein des Bourses de valeurs du Ghana, du Kenya et plus récemment au sein de la Bourse régionale des valeurs mobilières (Afrique de l’Ouest). Il s’agit de la mise en place d’un compartiment spécifiquement pour la cote des Petites et moyennes entreprises avec des conditions d’éligibilité très assouplies.
L’avantage pour les entreprises cotées est de bénéficier d’une visibilité et d’une notoriété qui leur permettra de se financer plus aisément. Pour l’heure, ces marchés ne sont pas encore suffisamment dynamiques, car il manque la présence plus renforcée des acteurs de financement tels que les sociétés de capital-investissement qui devraient apporter de la liquidité et du volume en y exerçant leurs opérations d’acquisitions-cessions. 

Propos recueillis par Ibrahim Souleymane, Abidjan
 
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