Interview Guiseppe Loprete, chef OIM Niger : «S’employer à éradiquer le mal» Version imprimable
12-04-2017
Cela dure depuis trop longtemps que des jeunes Africains laissent leur vie sur les chemins désertiques des voies nord-africaines en direction de l’Europe. La traversée par la Libye, outre le lot de noyés dans les flots de la Méditerranée, est devenue un piège avilissant. Des marchés d’esclaves de migrants irréguliers y sont organisés. Guiseppe Loprete revient sur ce drame qui se passe sous nos yeux.
Les Afriques : Les cas de rapts, révélés par les témoignages de SC, Adama... sur le chemin du retour, de marchés d’esclaves sont-ils uniquement des histoires effrayantes?
Guiseppe Loprete : Loin de là. Nous avons dû aider à la facilitation au retour de 1 500 de migrants vulnérables en 2017 et 5 000 en 2016. De nombreux témoignages concordent sur des cas de maltraitance, d’abus sexuels et d’esclavage pur et simple. Dans les centres de Niamey et d’Agadez, les déclarations ne cessent de concorder.

Vos collaborateurs sur la route de l’émigration entre Agadez et Tripoli confirment-ils ces foires aux esclaves à Sabha, dans le Sud-ouest et à Tripoli?
Il n’y a pas plus crédibles que les témoignages de gens meurtris, abusés et maltraités. L’état de désœuvrement dans lequel se trouvent ces jeunes Africains se passe de tout commentaire. Si Tripoli n’a pas été confirmée, les espaces de ventes et d’achats à Gatroun et à Sabha, sur la route vers l’Europe dans des maisons privées, nous ont été rapportés.

Qui achète et vend ces clandestins?
Ce sont des Libyens. Tout se passe entre passeurs et trafiquants, mais aussi des exploitants qui ont besoin de bras. Une fois que le migrant ne paie pas – des sommes exigées qui n’ont rien à voir avec le tarif du transport, fixé au départ –, il est à la merci des passeurs. Pour s’affranchir, celui-ci est racketté. On lui demande des montants de plus en plus élevés… Lorsque ses parents ne peuvent plus envoyer de l’argent, il est cédé au plus offrant. Il passe ainsi d’un endroit à l’autre. Certains migrants travaillent et perçoivent un semblant de salaire, mais à la fin de la journée, le «propriétaire» passe pour récupérer l’argent que son esclave a reçu.

Actuellement, nous nous employons à vérifier qui vend et qui achète.

Avez-vous été contactés par des autorités de pays d’où sont originaires ces victimes pour trouver des solutions?
Nous menons les opérations de concert avec les autorités de pays dont les ressortissants sont impliqués dans cette fâcheuse situation. Aussi, nous discutons avec eux dans le cadre de l’UA (Ndlr : Union africaine), de la Cedeao (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest)… Des ministres ont visité les centres de l’OIM à Agadez et à Niamey…

Pour le moment, le premier pas consiste à récolter le maximum d’informations de ces migrants qui reviennent. Ensuite, il s’agira de structurer et coordonner les actions. Enfin, il sera utile que des actions soient entreprises pour la mise en place de migrations mieux organisées, afin d’éviter l’exploitation dont toute cette jeunesse est victime, ainsi que tous les drames.

Donc, aucune action coup de poing n’est programmée dans l’immédiat par ces États ?
Pour le moment non. Aucune action coup de poing n’est envisagée. Du moins, pas à ma connaissance.

Propos recueillis par D. MBaye
 
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