Interview Ismael Lô «Entre culture et développement économique» Version imprimable
01-07-2017
À l’issue d’un concert où le public venu nombreux a chanté avec lui, Ismael Lô du Sénégal relate, entre autres, sa joie de participer à ce rendez-vous musical d’Essaouira, devenu culte, le combat de la régulation et du respect des droits d’auteur à l’ère du numérique, l’organisation de festivals similaires sur le reste du continent…

Les Afriques : Quel regard portez-vous sur ce festival qui prône la tolérance et la liberté, qui a atteint 20 ans et qui célèbre la musique?


Ismael Lô : Au-delà de cette manifestation, la jeunesse africaine commence à prendre conscience de son rôle. Elle décline aussi une maturité qui nous rassure, dans la mesure où elle peut saisir sa chance à l’ère du numérique, avec ce foisonnement de réseaux sociaux. C’est une période où les distances sont considérablement réduites. Quant au Festival Gnaoua d’Essaouira qui fête ses 20 ans, cela signifie que du chemin a été parcouru… aussi, il ne faut pas perdre de vue que la musique gnaoua, c’est la musique de nos ancêtres. Participer à cette édition des 20 ans me fait énormément plaisir. Je perds mes mots pour qualifier ce que je ressens aujourd’hui. C’est d’autant plus juste que, depuis mon arrivée dans la ville, les festivaliers ne cessent de me signifier que mes chansons leur sont familières – même si pour la diffusion elles passent, le plus souvent, par des canaux pirates… Et ce public formidable, qui a chanté en chœur avec moi, pendant le concert, m’a comblé de joie.

Justement, à l’ère du numérique, le Sénégal et l’Afrique sont-ils prêts à faire ce saut technologique, afin que votre art vous profite plus amplement?


Nous sommes obligés d’aller vers le digital. En réalité, nous y sommes à fond et ne sommes pas restés, singulièrement au Sénégal. Il reste que c’est au niveau de la régulation et du respect des droits d’auteur que des efforts doivent être faits… Lorsque des concerts sont filmés et reproduits pour être commercialisés, lorsque les chansons sont téléchargées illégalement sur la Toile pour la vente… sans l’autorisation, il y a un hic. Il y a certes les deux revers de la médaille, mais cela nous nuit beaucoup.

Quid de cette régulation?


Ce sera très difficile, mais il faut aller vers plus de régulation, donner plus de moyens aux organes dédiés à un tel contrôle. Il est vrai que le fléau est mondial. Un peu partout à travers la planète, vous tapez mon nom et vous avez l’embarras du choix de morceaux à télécharger, sans mon autorisation… Dans un autre domaine que la musique, sur internet, l’usurpation de l’image d’autrui est en train de s’ériger en norme… C’est ignoble et il est impératif de rompre de telles pratiques, à défaut d’y mettre un terme.

Le festival induit de la valeur ajoutée à la ville d’Essaouira. Êtes-vous pour l’organisation d’un tel événement annuel dans une ville historique comme Gorée au Sénégal?


Au Maroc, chaque grande agglomération dispose d’au moins un rendez-vous annuel de cette envergure. C’est à encourager et saluer. Dans le reste du continent, il serait fort utile de s’en inspirer. Pourquoi pas des festivals à des dates régulières, à l’initiative de bonnes volontés et financés par les localités qui les abriteraient, les opérateurs privés et autres mécènes. C’est un combat à mener avec nos pairs et toutes les forces vives de nos pays pour ériger au niveau des grandes villes, des cités historiques et culturelles, de telles manifestations pour magnifier l’art, la musique et la culture… des concepts qui se rejoignent, s’harmonisent et fusionnent.

Aussi, le Maroc est un pays musulman. Son islam est modéré et prouve au monde, à l’heure où un certain obscurantisme fait trop de mal, que la tolérance n’y est pas un vain mot. Cela doit servir d’exemple.

Propos recueillis par Daouda MBaye, envoyé spécial à Essaouira
 
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