Interview Maurice Braud, Franc CFA : «Il faut rester lucide sur les enjeux» Version imprimable
27-02-2017
Maurice Braud, responsable du pôle Mondialisation au parti socialiste français, a dressé le bilan de ces cinq dernières années, évoquant au passage les contestations naissantes sur le franc CFA.
Les Afriques : François Hollande va quitter prochainement la présidence française. Et on connaît d’ailleurs les actions militaires françaises sur le continent africain. Ce qui est le plus surprenant, c’est l’évolution des relations entre le chef d’État français et ses homologues africains, notamment avec Idriss Déby Itno?
Maurice Braud : Je dirais que la realpolitik a fini presque par l’emporter. Mais les enjeux, notamment dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, ont entraîné naturellement une convergence d’esprit entre la France et le Tchad. Concernant la RD Congo, avec Joseph Kabila, les relations ont souvent été difficiles, c’est vrai. Avec le Gabon, l’élection présidentielle a eu lieu, dont les résultats ont été contestés par l’opposition incarnée par Jean Ping. Dans son rapport, l’Union européenne émet, de son côté, de sérieux doutes sur la transparence autour du déroulé du scrutin le jour de l’élection. La suite, c’est l’avenir qui nous le dira, mais le Gabon est un État souverain et notre champ d’action est naturellement limité par le droit international.

Plusieurs réunions en France et dans le continent africain ont été tenues sur le franc CFA. Ils sont nombreux, à l’instar du président tchadien, à remettre en cause la pertinence de cette monnaie. Pour l’instant, il n’y a eu aucun commentaire des leaders politiques français. Pourquoi observez-vous ce silence?
Ce n’est pas un silence. La vraie question de l’union économique implique d’autres enjeux. Les États doivent en établir la règle.

Êtes-vous favorable à l’idée d’une large consultation populaire autour du franc CFA sous la forme d’un référendum?
On n’est pas à demander un référendum dans les États. J’ajoute par ailleurs que plusieurs autres voies sont possibles, comme le recours à un vote des parlements nationaux.

Mais la contestation est réelle. Les opposants fustigent notamment l’idée que cette monnaie soit indexée sur les cours de l’euro... Et ce n’est pas pour autant qu’ils remettent également en cause la pertinence d’établir une zone monétaire commune africaine?
La procédure n’en serait pas si simple en tout cas. Prenons un cas de figure connu, celui de la création de l’euro et de la Communauté économique européenne. Si la France a demandé l’avis de son peuple via un référendum, d’autres États sont passés par l’intermédiaire de leurs parlements nationaux dans les années 90. Et il nous a fallu presque une décennie pour mettre en circulation la monnaie après les votes des peuples ou de leurs représentants. Il s’est agi en réalité d’un processus long et complexe, d’autant que l’idée de créer une zone économique commune remontait déjà aux années 70 avec le rapport Verner.

Insinuez-vous qu’il faudrait 40 années de débats et de réflexions pour l’instauration hypothétique d’une monnaie commune régionale se substituant au franc CFA?
Les réunions qui se sont déroulées sont la première phase du débat. Attention, je ne vous dis pas qu’un éventuel autre processus de création de monnaie commune mettrait plus ou moins de temps. Par ailleurs, il ne m’appartient pas de juger ni la validité ni la pertinence de ces échanges. En revanche, si le débat autour de cette question n’en demeure pas moins un signe de vitalité démocratique, il faut rester néanmoins lucide sur les enjeux, les tenants et aboutissants.

Revenons sur le quinquennat de François Hollande qui a été marqué, également, par l’adoption de toute une série de mesures contre la corruption. Et cela a été une action forte de son quinquennat vis-à-vis du continent africain – mais pas seulement – dont on a peu parlé dans l’espace public...
François Hollande a toujours exprimé son souhait de mettre fin aux réseaux de la Françafrique. On l’oublie souvent, mais c’est le ministre des Finances, Michel Sapin, sous l’autorité du président de la République, qui a apposé un alinéa sur sa loi «anticorruption» pour geler les avoirs des chefs d’État qui seraient éventuellement impliqués dans des affaires d’abus de biens sociaux ou détournement de fonds publics. Je rappelle également qu’il n’y a pas eu d’entraves à la justice comme le démontre l’affaire des biens mal acquis concernant Téodoro Obiang, le fils de l’actuel chef d’État équato-guinéen, lequel devra comparaître en juin prochain sur ce dossier. Donc objectivement, chacun pourra constater la volonté intacte de transparence qu’a toujours eue le président de la République française, François Hollande.

Autre fait marquant du quinquennat, la France a lancé également la fondation AfricaFrance durant ce temps...
Nous avons posé la première pierre. Beaucoup reste à faire. Il y a toujours quelques soucis dans les limitations de visas. Mais nous avons un tissu de jeunes entrepreneurs en France intéressés par la croissance économique du continent.

Pourtant, on constate que les jeunes Français dans leurs choix de destination vacances ou investissements n’ont qu’un goût très modéré pour le continent africain...
Les mentalités changent doucement, mais sûrement. J’ai confiance en l’avenir. Le mouvement va s’amplifier.

Propos recueillis par Rudy Casbi
 
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