Interview Mbarka Bouaida : «Sortir des sentiers battus» Version imprimable
03-08-2017

Mbarka Bouaida, une femme politique, engagée, qui a su saisir la perche qui lui a été tendue, trace sa voie sur le sillon creusé par celles qui l’ont précédée sur la scène politique marocaine, à qui elle rend un vibrant hommage. Elle revient, entre autres, subrepticement sur son parcours, le retour de son pays à l’UA, de nécessaires et solides modèles de développement socio-économique à domicile, les feuilles de route et stratégies du Maroc dans la pêche maritime, la Fondation Bouaida naissante…

Interview Mbarka Bouaida, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts, chargée de la Pêche maritime.

Mme Mbarka Bouaida, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts, chargée de la Pêche maritime.Les Afriques : Vous êtes jeune, mais votre carrière politique est déjà riche. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué?

Mbarka Bouiada : En tant que femme politique – c’est peut-être certainement dû à ma personnalité –, j’aspire à faire toujours plus. Donc en termes de satisfactions, on n’est jamais satisfait, dans la mesure où on veut toujours faire mieux et plus… Mais en même temps, la politique est un long chemin,où on peut faire des réalisations minimes intéressantes, comme on peut faire de grandes réalisations qui prennent beaucoup plus de temps.


Je puis néanmoins affirmer que ma plus grande satisfaction se situe à deux ou trois niveaux. D’abord sur le plan de l’exercice politique, c’est le fait d’avoir gagné réellement ma légitimité. Je fais partie des femmes qui ont rejoint le Parlement en 2007. C’est-à-dire un mandat après l’adoption du quota, une mesure «discriminatoire» pour encourager les femmes à entrer dans la vie politique, en général, et à la Chambre des représentants, en particulier. Malheureusement, le constat fait, suite à un tel dispositif, cela permet à la femme de juste passer en politique, mais de ne pas y rester. Très souvent, des femmes ont fait un seul mandat et puis quitté le champ politique. C’est très difficile de continuer et poursuivre sa carrière politique.

Mon expérience a démontré que j’ai pu intégrer le Parlement, par ce quota, sur la liste nationale, sachant qu’en amont, j’étais active dans mon parti. Mais bien que très active au Parlement, il me manquait cette légitimité, loin de toute complaisance, qui faisait croire aux hommes qu’ils étaient les plus forts. En effet, ces derniers, lorsqu’ils arrivaient au Parlement, de par leur légitimité, se croyaient beaucoup plus forts par rapport aux femmes. In fine, nous avions mérité nos sièges. Ce volet mérite et légitimité me travaillant beaucoup, j’ai décidé de faire les communales en 2009. Aussi, je ne voulais pas faire ces élections dans une liste nationale de femmes, mais à Anfa, puisque j’habite à Casablanca, et que les communales c’est aussi la proximité. Je les ai faites à un moment où peu de gens croyaient en nos chances. Finalement, non seulement j’ai gagné, mais nous avons remporté 3 sièges… qui auraient pu même être 5, à quelques voix près. Lorsque nous gagnons les élections, cela nous renforce. Certes, c’est une grande responsabilité. Ensuite, je me suis présentée aux communales de 2015 dans mon village natal, dans la région de Guelmim-Oued Noun. En 2011, mon parti ne m’avait pas proposé de circonscriptions où je pouvais avoir des chances. En outre, ce fut des élections anticipées, et je ne voulais pas prendre de risques à quelques semaines des échéances. Donc ,en 2015, j’ai fait à la fois les communales et les régionales. Ce fut une grande satisfaction, vu les attentes pour le changement. Le fait de tester sa popularité, de battre campagne, d’être à l’écoute des populations, de promouvoir des projets pour la région et le pays, procurent une grande satisfaction. Pareil en 2016, avec 12 167 voix dans la même circonscription...

L’autre satisfaction est d’avoir travaillé sur l’autoentrepreneuriat. Un projet, lancé à l’époque, au nom du parti, avec une équipe de technocrates. Zakaria Fahim et moi-même avions entamé le processus, faisant des benchmarks avec les Français… J’ai donc travaillé en amont du projet, depuis «Bidaaya» et les roads-shows dans les régions (Ndlr : 1er intitulé de ce projet d’autoentrepreneuriat) et j’ai défendu le projet de loi au Parlement. Il a fallu le défendre au gouvernement qui l’a finalement porté depuis 2013, dans un portefeuille gouvernemental, géré par le RNI. On est aujourd’hui en train de parler de 60 000 autoentrepreneurs.

Entre autres satisfactions, j’ai été co-rapporteur dans la commission d’information pour les médicaments. C’est grâce à cette commission que le gouvernement a commencé à travailler sur la baisse des prix des médicaments. Pour la petite histoire, j’avais déjà proposé au sein de mon parti d’exonérer de la TVA quelques produits. Une proposition qui a été acceptée par la suite. Et dans une discussion avec des collègues parlementaires, nous nous sommes dit que ce n’était pas suffisant. Finalement, nous avons alors plaidé pour une commission d’information, plus facile à avoir qu’une commission d’enquête, et qui a abouti, après un travail de 7 mois, à un rapport assez consistant sur la cherté du médicament au Maroc et une feuille de route avec un certain nombre d’axes. Parmi ceux-ci, la réduction du prix du médicament, mais aussi le mode d’achat, les protocoles utilisés, le changement de décrets, le conditionnement du médicament comme cela se fait dans certains pays où le remède peut être personnalisé à la demande…

Votre passage à la diplomatie marocaine a marqué plus d’un. Quel a été votre plus grand combat?
La feuille de route de la diplomatie marocaine est tracée d’abord par la Constitution, dont le préambule positionne la stratégie marocaine des affaires étrangères. Nous sommes d’abord un pays africain, méditerranéen et arabo-musulman, donc un carrefour de civilisations. De là, il est question de défendre notre intégrité territoriale, qui est la priorité des priorités. Ensuite, promouvoir notre pays et le faire rayonner à travers le monde, en utilisant tous les atouts du Maroc, puisqu’il se positionne comme un pays émergent, un pays modèle. Un pays qui représente non seulement la stabilité et la sécurité, mais aussi un modèle de développement socio-économique pour une jeunesse africaine en quête d’un avenir meilleur. En effet, le Maroc se distingue par cette image, ces idées-là, et par cette vision. Une vision portée par Sa Majesté le Roi. Tous les partis politiques au gouvernement s’inscrivent dans cette vision. Quelles que soient les divergences entre partis, in fine, il y a un modèle de société auquel nous adhérons tous. À partir de là, en effet, la diplomatie marocaine m’a fait le privilège de travailler à la tête du département en compagnie du ministre de l’époque, Salaheddine Mezouar. Nous avons alors beaucoup travaillé, d’abord sur la présence du Maroc en Afrique.

Et Sa Majesté a pris la brillante décision de retourner à l’UA. Un retour très attendu du reste par tout le monde. Cela s’est fait de manière très intelligente, dans la mesure où, en réalité, le Maroc n’a jamais quitté l’Afrique. Même si notre pays n’était plus dans l’UA, nous avions continué de travailler de manière très étroite, en travaillant dans le bilatéralisme. Nous avons fait du corps à corps, en investissant dans ce sens auprès de nos pays amis et frères. De plus en plus, ce groupe a été élargi. Ce travail de fond, qui a été fait dans la profondeur, dans l’étroitesse des liens et la chaleur des relations, nous a facilité la tâche.

À la limite, c’était naturel… le retour du Maroc à l’UA a été accepté de la part de tout le monde, même si nous avons quelques ennemis. C’était un retour au sein de la grande famille africaine, un retour très attendu, voire demandé par beaucoup de pays. Des pays, qui connaissent le Maroc, sont fiers de leurs relations avec le pays et savent ce qu’il peut apporter à l’UA. Aussi, nous faisons partie des rares pays très dynamiques dans le multilatéralisme. Membre de plusieurs organisations internationales, le Maroc, loin d’être passif, foisonne de nouvelles idées, et est toujours source de propositions innovantes. Nous avons eu de nombreuses initiatives avec les Européens, les Nations unies, en Amérique latine, en Asie… Dans ce sens-là, nous avons une diplomatie extrêmement active. Donc, notre présence à l’UA ne peut être que valeur ajoutée à l’organisation panafricaine. Notre présence en Afrique ne peut être que porteuse d’espoir pour la population africaine, en général.

Face à la vague de migrants clandestins, comment faire du dividende démographique un atout?
Il ne faut pas se leurrer ou avancer l’impossible. L’émigration est un phénomène naturel et qui va se développer dans le futur, parce qu’il y a ce dividende démographique dans notre continent qui a l’une des croissances démographiques les plus fortes. C’est à la fois un avantage, mais aussi un défi pour le monde entier. Cette croissance nécessite de créer plusieurs milliers, voire des millions d’emplois dans le monde pour absorber cette population active, présente et future. Le besoin serait de 3 millions d’emplois par an. Il va falloir être imaginatif et créatif pour absorber une telle demande et ne pas la confiner à un seul pays ou un seul continent. Il faut accepter que le monde a démarré dans la globalisation et que les flux doivent être intercontinentaux, très importants même en termes d’émigration.

Pour nous Africains, il faut déjà que nous puissions nous développer chez nous, c’est-à-dire pouvoir développer nos propres pays et créer des emplois. Certes, ils pourraient ne pas absorber toute la demande, mais des bases solides y existent pour donner espoir à la jeunesse. Cela permettrait à une bonne partie de la jeunesse d’être fixée sur son terroir. Il faut un socle fort. Ce socle exige des modèles solides de développement socio-économique à domicile. Chaque pays, ayant ses spécificités, ces modèles ne sont pas à copier, mais à adapter selon les pays et régions.

Ce qui se dessine, c’est de nouveaux projets, de nouvelles idées, portés par de jeunes Africains créateurs, innovateurs, inventeurs… c’est cela l’avenir. Il nous revient à nous politiciens de nous associer à cette jeunesse, sortir des sentiers battus pour concevoir ensemble de nouveaux modèles socioculturels. Il va falloir rompre tous les liens conventionnels. À titre d’exemple, dans la création d’emploi, il faudra avoir la possibilité de donner plus de flexibilité. On ne peut plus parler de l’emploi et se mettre des freins un peu partout, que ce soit d’ordre légal, financier ou autre. C’est ce qui permettra à cette jeunesse de se libérer, de créer… et de s’épanouir. Il faudra aussi mettre en place les conditions de pouvoir créer chez nous. Pourquoi sommes-nous obligés de tout importer, de tout consommer, sans produire? Nous disposons de ressources naturelles, il faut les protéger, les préserver, mais aussi les valoriser. Il serait beaucoup plus bénéfique de partir sur des modèles beaucoup plus fluides, plus légers et innovants où les jeunes se retrouvent. Fort heureusement, c’est cet esprit qui a démarré d’ailleurs en Afrique. Nous vivons de très belles inventions africaines, mais qui restent individuelles. Il y a là quelque chose à faire, à travers l’UA, à travers les différents pays…

En termes de pêche maritime, de préservation des ressources, vous tendez la perche à un certain nombre de pays demandeurs pour la préservation, la valorisation de la ressource, l’aménagement de quais de débarquement.... Comment vous vous y prenez concrètement?
La pêche maritime est un secteur que nous partageons avec un grand nombre d’autres pays africains. C’est une richesse halieutique commune. Pour nous, la pêche maritime, comme d’autres secteurs d’ailleurs générateurs d’emplois et porteurs de valeur ajoutée, fait partie de ceux pour lesquels le Maroc a décidé de mettre en place des feuilles de route et stratégies longtermistes. C’est un des secteurs prioritaires pour lesquels notre pays a mis en place une stratégie, dont le premier objectif est de préserver la ressource. Ensuite, il s’agit de mettre les moyens pour valoriser la ressource. Nous parlons surtout de durabilité, de performance en termes d’infrastructures, et valorisation pour l’industrialisation et la transformation pour la pêche maritime.

Le fait d’avoir posé les bonnes questions… c’est la stratégie Halieutis qui nous a permis d’aller de l’avant dans la préservation de la ressource et son développement durable. Nous sommes passés au Maroc par des périodes de crise très difficiles, pendant lesquelles nous étions confrontés à la raréfaction de la ressource, notamment de sardines, de poulpes... Pendant des moments, certains opérateurs avaient fait faillite. Nous avons alors donné la priorité à cette durabilité halieutique, d’où les Plans d’aménagement du littoral. Les endroits où existe la ressource ont été identifiés. Nous avons fixé les quotas, imposé le repos biologique et précisé les engins à utiliser. En effet, un certain nombre d’engins ont été sélectionnés, tandis que d’autres, tels que les filets dérivants à mailles fines, ont été bannis. Des ports de débarquement aménagés ont été créés. Ensuite, pour le circuit de vente, nous avons créé des halles aux poissons et des marchés de gros… Les entrepôts frigorifiques et les usines de transformation peuvent recevoir le poisson directement du bateau…

Nous avons aussi développé la chaine de froid pour pouvoir congeler le poisson, pour conserver sa qualité, la traiter industriellement... En gros, un travail a été fait sur tous les maillons du process.

Pour la préservation de la ressource, l’Institut national de recherches halieutiques (Ndlr : INRH), qui se trouve à Aïn Diab à Casablanca, regorge de chercheurs. C’est grâce à l’INRH qu’on arrive à définir les quotas, ainsi que les périodes de repos biologique. Grâce à ses techniques et ses moyens de recherche, dont des navires de recherche, et des laboratoires d’analyses… l’INRH aide à l’estimation des stocks de poissons en mer. L’équation n’est pas d’arrêter la pêche, mais de pêcher jusqu’à une certaine limite, permettant au poisson de se reproduire. Parmi les interdictions, celle de pêcher dans les nurseries.

Mais de quels moyens disposez-vous pour le contrôle, me demanderez-vous? (Ndlr : question que je pose subrepticement). D’abord, tous les bateaux, naviguant dans les eaux territoriales marocaines, sont obligatoirement équipés de VMS. Ce sont des radars suivis par satellites. À Rabat, se trouve le Centre national de surveillance qui suit au quotidien tous ces navires. En outre, nous avons mis en place des mesures dissuasives, en termes d’inspections régulières, des sanctions et des amendes importantes. Aussi, des mesures de certification de l’INRH et de l’ONSSA ont été mises en place. Le poisson ne peut donc être vendu sans des documents et donc légal.

Tout ceci s’est développé au cours des 7 ou 8 dernières années, en développement interne. Maintenant, nous entamons une expérience qui devient très intéressante au niveau mondial. Même d’autres nations, parmi celles dites développées, n’ont pas une telle expérience. Et nous commençons à la partager avec des pays africains qui l’ont demandée, singulièrement le Sénégal, dans l’accompagnement de ports de débarquement aménagés, la Côte d’Ivoire… Les demandes ne manquent pas, autant en termes d’accompagnement à l’aménagement de quais de débarquement que de gestion de la ressource ou de formation des techniciens du secteur…

Aujourd’hui que votre légitimité est avérée. Le combat genre a-t-il lieu d’être?
Bien sûr qu’il a lieu d’être. J’ai toujours été impressionnée par les femmes marocaines. Je les ai toujours admirées. Si nous sommes arrivées là où nous en sommes, tout le mérite revient à ces femmes marocaines qui se sont battues depuis des décennies pour leur émancipation. Le droit des femmes et leur émancipation c’est le socle du développement d’un pays. On ne peut pas concevoir le développement d’un pays sans celui de la femme. D’ailleurs, dans la lutte d’aujourd’hui, notamment dans le monde arabo-musulman et même africain, la première victime est la femme. Tout simplement, l’obscurantisme tue la femme. Dès qu’on va vers le conservatisme à outrance ou vers les extrêmes, la femme est celle qui paie le plus lourd tribut. La femme, qui fait partie intégrante de la société et qui est loin d’être minoritaire, ne doit pas être négligée ni ignorée. Lorsqu’elle est émancipée, épanouie et bien intégrée, c’est toute la société qui en profite. Cela se traduit par plus de valeur ajoutée à travers leur emploi. Des femmes qui travaillent, non seulement elles deviennent indépendantes, mais aussi elles contribuent à la satisfaction des besoins familiaux. L’impact des revenus des femmes sur leurs familles est plus perceptible que celui des hommes.

Une femme épanouie, éduquée et intégrée, ce sont des enfants épanouis, éduqués. D’un autre côté, dans la diplomatie, on réalise que les femmes sont de plus en plus présentes, parce qu’elles sont de plus en plus efficaces. J’ai toujours pensé que tous ces conflits qui se passent dans le monde ne peuvent être résolus que par des femmes. Mais encore faut-il qu’elles se libèrent du conditionnement masculin! Il va falloir que les femmes aient confiance en elles, soient solidaires entre elles et croient en leur potentiel, ainsi que leur façon de voir les choses pour sortir des schémas conventionnels qui nous ont été imposés en grande partie. Lorsqu’on parle de conflits, ce sont des intérêts de part et d’autre, un besoin d’entente parce qu’on n’arrive pas à dépasser cet état de fait. Il n’y a que les femmes qui sont capables de dépasser ces intérêts… elles ont des atouts intrinsèques, statistiquement moins corrompues, plus prudentes, plus multitâches… sachant que complémentaires des hommes.
Aujourd’hui que votre légitimité est avérée. Le combat genre a-t-il lieu d’être?
Bien sûr qu’il a lieu d’être. J’ai toujours été impressionnée par les femmes marocaines. Je les ai toujours admirées. Si nous sommes arrivées là où nous en sommes, tout le mérite revient à ces femmes marocaines qui se sont battues depuis des décennies pour leur émancipation. Le droit des femmes et leur émancipation c’est le socle du développement d’un pays. On ne peut pas concevoir le développement d’un pays sans celui de la femme. D’ailleurs, dans la lutte d’aujourd’hui, notamment dans le monde arabo-musulman et même africain, la première victime est la femme. Tout simplement, l’obscurantisme tue la femme. Dès qu’on va vers le conservatisme à outrance ou vers les extrêmes, la femme est celle qui paie le plus lourd tribut. La femme, qui fait partie intégrante de la société et qui est loin d’être minoritaire, ne doit pas être négligée ni ignorée. Lorsqu’elle est émancipée, épanouie et bien intégrée, c’est toute la société qui en profite. Cela se traduit par plus de valeur ajoutée à travers leur emploi. Des femmes qui travaillent, non seulement elles deviennent indépendantes, mais aussi elles contribuent à la satisfaction des besoins familiaux. L’impact des revenus des femmes sur leurs familles est plus perceptible que celui des hommes.

Une femme épanouie, éduquée et intégrée, ce sont des enfants épanouis, éduqués. D’un autre côté, dans la diplomatie, on réalise que les femmes sont de plus en plus présentes, parce qu’elles sont de plus en plus efficaces. J’ai toujours pensé que tous ces conflits qui se passent dans le monde ne peuvent être résolus que par des femmes. Mais encore faut-il qu’elles se libèrent du conditionnement masculin! Il va falloir que les femmes aient confiance en elles, soient solidaires entre elles et croient en leur potentiel, ainsi que leur façon de voir les choses pour sortir des schémas conventionnels qui nous ont été imposés en grande partie. Lorsqu’on parle de conflits, ce sont des intérêts de part et d’autre, un besoin d’entente parce qu’on n’arrive pas à dépasser cet état de fait. Il n’y a que les femmes qui sont capables de dépasser ces intérêts… elles ont des atouts intrinsèques, statistiquement moins corrompues, plus prudentes, plus multitâches… sachant que complémentaires des hommes.

Avez-vous des appréhensions pour l’avenir, dans le contexte mondial actuel?
Dans le contexte actuel, il est important de garder espoir, de dépasser les idées stéréotypées et populistes. Il est aussi important d’oser le changement, de nouvelles idées. Il se passe des choses folles dans le monde, mais il s’y passe aussi des choses intéressantes. Il faut voir le bon côté des choses et pouvoir les changer de la manière la plus noble possible. Malheureusement, parfois ce qui nous blesse c’est cette noblesse intellectuelle qui fait défaut. Je crois beaucoup au pouvoir de la jeunesse, même si elle a une fin. Le temps de la jeunesse étant très court, il faut aller très vite dans ces changements. Il ne faut pas rester enfermé dans certains cycles, mais s’ouvrir aux autres. C’est une ouverture d’esprit que j’espère pouvoir partager avec toutes les femmes, avec tous les jeunes, mais aussi tous les hommes de notre continent.

Vous entreprenez un certain nombre d’actions citoyennes. Que va apporter la Fondation Bouaida qui vient de naître?
Tout engagement politique présuppose un engagement envers la nation, ce qui signifie un travail de fond à faire auprès de ses concitoyens. Le travail gouvernemental consiste à entériner les lois, règlements et stratégies, à défendre les intérêts du pays… Mais il y a un travail de terrain interactif à mettre en place. Surtout que notre pays a décidé d’aller vers une régionalisation avancée, synonyme de proximité, de décentralisation avancée, de déconcentration… Parmi les valeurs intrinsèques du Marocain, on trouve la solidarité sociale. Notre pays se caractérise par cette forte solidarité. D’ailleurs, lorsqu’on voit Sa Majesté le Roi qui a lancé l’INDH en 2005, avec toutes les actions sociales réalisées, on ne peut rester insensible au caractère social de notre pays, d’où l’idée de créer une fondation dans la région de Guelmim-Oued Noun. Elle porte le nom de feu mon père, Ali Bouaida, en mémoire de ses actions. L’idée est que cette fondation puisse accompagner un certain nombre de projets d’ordre sociétal dans la région, notamment l’éducation, l’emploi, la santé… mais aussi qu’elle puisse avoir une valeur ajoutée, au-delà de faire de petites actions. Il y a certes un réseau associatif fort au Maroc, mais des fondations régionales s’imposent pour structurer, encadrer et accompagner de tels réseaux associatifs, et surtout apporter un sang neuf, via des projets innovateurs.

La Fondation a quelques projets dans le domaine de la santé – que nous dévoilerons bientôt. Nous envisageons d’accompagner les étudiants les plus démunis. Nous avons d’ailleurs commencé par lancer des bourses d’excellence. Mais au-delà, il s’agit de les orienter vers des filières scientifiques, sachant que le marché de l’emploi en est demandeur.

Elle démarre à peine pour réaliser des actions mensuelles. À la recherche d’efficacité, nous nous concentrons dans un premier temps sur la région, avec ses 4 provinces Guelmim, Oued Tan Tan, Attazag, Sidi Ifni. Il est possible qu’à l’avenir elle agisse dans le sud du Maroc et un peu plus. Nous nous inscrivons, dans tous les cas, dans le moyen et long terme. Par la suite, nous irons vers des partenariats nationaux et internationaux.


Bio-Express :
Mbarka Bouaïda, que S.M. le Roi Mohammed VI a nommée secrétaire d’État auprès du ministre de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts, chargée de la Pêche maritime, est née à Laqssabi, près de Guelmim. Titulaire d’un MBA de Hull University (Angleterre), d’un Master en communication de l’Université de Toulouse et d’un diplôme de l’École supérieure de gestion de Casablanca, elle perce rapidement en politique. Membre du bureau politique du Rassemblement national des indépendants (RNI), elle a occupé le poste de ministre déléguée auprès du ministre des Affaires étrangères et de la coopération dans le gouvernement sortant. Elle a été élue en 2007 pour la première fois à la Chambre des représentants. Elle avait coprésidé la commission parlementaire mixte Maroc-Union européenne, depuis sa création en mai 2010, avant de présider, durant l’année 2010, la commission des affaires étrangères, de la défense nationale et des affaires islamiques à la Chambre des représentants. Juste avant, courant 2008-2009, elle a occupé les postes de vice-présidente de la commission des finances et des affaires économiques et de rapporteur de la même commission pour le projet de loi de Finances 2009. En juin 2009, Mbarka Bouaïda a été élue membre du Conseil de la ville du Grand Casablanca.

Sur le plan international, elle est, depuis septembre 2011, vice-présidente du Forum parlementaire international pour la démocratie. Nommée «Young Global Leader» du World Economic Forum 2012, elle est aussi membre du Centre Nord-Sud du Conseil de l’Europe, de l’Alliance des civilisations des Nations unies et de «Munich Young Leaders» de la Conférence internationale de Munich sur la sécurité.

Propos recueillis par Daouda MBaye
 
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