Interview Toussaint NGuessan, président de l’Organisation mondiale de cultivateurs de Cacao (OMCC) Version imprimable
21-11-2016
Depuis sa nomination à la tête de l’OMCC, Toussaint NGuessan n’a pas chômé. D’importants chantiers ont été poursuivis ou initiés dans la valorisation de la filière. Il revient sur l’initiative New Generation, le renouvellement du verger, la transformation, le concept «Chocolat-Terroir».

Les Afriques : Vous êtes président de l’OMCC depuis le 20 mars 2016, quels sont les premiers chantiers importants que vous avez entrepris?


Toussaint NGuessan : Nous avons d’abord formalisé l’existence légale et institutionnelle de notre organisation, dans l’espace qui est le nôtre, à savoir le secteur du cacao et sa chaîne de valeurs. Aussi, nous avons fait du lobbying au niveau de la structure internationale des Nations unies du Cacao, à savoir l’ICCO qui est basée à Londres, pour un ensemble de partenariats directs.

Au plan régional, nous avons travaillé à la collaboration avec les organisations paysannes d’Afrique de l’Ouest, notamment de la Cedeao agricole, singulièrement le Roppa (Ndlr : Réseau ouest-africain des paysans producteurs), basé à Ouagadougou. Nous avons aussi œuvré avec les réseaux d’Afrique centrale, basés à Yaoundé au Cameroun, surtout avec la Propac (Ndlr : Plateforme régionale des organisations paysannes d’Afrique centrale).

Au plan national, nous avons travaillé à l’amélioration des relations de la collaboration avec le Conseil du café et du cacao de Côte d’Ivoire, les ministères de l’Agriculture, du Commerce, de l’Intérieur et naturellement avec la Primature.

Au Cameroun, nous avons travaillé avec les ministères de Commerce et de l’Agriculture, ainsi que le CCIC (Conseil interprofessionnel du café et du cacao du Cameroun). Nous avons fait la même chose avec le Ghana, notamment avec le Ghana Cacao Board. Avec cette instance, nous avons eu des échanges d’abord avec la haute direction, puis avec les directions en charge des relations avec les producteurs ghanéens à Accra.

Sur le plan international et diplomatique, nous avons dû faire du lobbying auprès des grandes puissances qui sont des marchés émergents, mais aussi des consommateurs. De même avec la Chine, grand marché de consommateurs, nous avons donc développé des relations avec SE l’ambassadeur de Chine en Côté d’Ivoire. Il nous a reçus en audience officielle... nous avons aussi rendu visite à SE l’ambassadeur de l’Inde en Côte d’Ivoire. Notez que l’Inde est un grand marché du cacao. Ce dernier nous a fait l’honneur de nous rendre visite à notre siège à Abidjan. Nous avons en outre été honorés par le Consul général du Canada à Abidjan qui est venu nous rendre visite à Abidjan.

Nous avons aussi reçu le directeur Afrique de Croplife qui est la Fédération internationale des firmes phytosanitaires, puis le responsable Afrique du groupe BASF (numéro 1 mondial de la chimie agricole). En termes de relations avec ces institutions, nous avons été reçus à Washington par la Haute direction de la World Cacao Federation qui est la Fédération mondiale des chocolatiers. Un an après, la représentation de la WCF en Côte d’Ivoire nous a admis comme membre, nous nommant même trésorier du Conseil d’administration du bureau d’Abidjan. Le Conseil du café et du cacao nous a aussi admis comme membre de la plateforme de partenariat public-privé pour les projets dans le secteur. Aussi, Akinwumi Adesina, président de la Banque africaine de développement, nous a reçus…

Dans le cadre de la collaboration des échanges d’expériences et de bonnes pratiques, nous avons accompagné le Programme New Generation au Cameroun. Il consiste en l’emploi et l’insertion des jeunes et des femmes dans la cacao culture. Ce pays nous a aussi accompagnés dans le lancement de la section Côte d’Ivoire, jusqu’à la signature de convention de partenariats avec l’Anader (Agence nationale et de développement et d’encadrement rural) et l’Association ivoirienne des cadres agronomiques qui assure le secrétariat technique du projet. Nous venons de conclure avec BASF, qui devient un partenariat technique du projet. Nous avons bénéficié du soutien de l’ICCO pour promouvoir la formation et l’organisation de jeunes pépiniéristes privés pour accompagner le renouvellement du verger. Enfin, nous avons reçu et conclu avec le ministère du Commerce le soutien institutionnel de l’État pour nous aider à accroître nos parts de marché et assurer davantage notre rôle dans la commercialisation et la transformation.

Est-ce que l’exploitant de cacao vit de son produit?


Il faut dire que le métier de cacaoculteur, qui a été galvaudé, pendant des moments, un tant soit peu, les paysans ayant été gagnés par le découragement, suite à la chute des prix, n’était plus attrayant. L’exploitant vieillissant, la relève semblait hypothétique. Le métier est noble et riche, mais mal rentabilisé. Aujourd’hui, pour la nouvelle génération de leaders agricoles, qui avaient étudié avec l’argent du cacao, il faut changer de paradigmes. Nous devons changer la façon de faire et professionnaliser le métier, le rendre plus rentable.
Une plantation de cacao doit devenir une entreprise à gérer. Les exploitants doivent devenir des entrepreneurs agricoles. De la plantation, managée comme une entreprise, on va aller à la coopérative rentable et durable.

Est-ce que vous y arrivez?


C’est un chantier que nous démarrons et nous appelons tous les bonnes volontés et tous ceux qui sont soucieux de l’économie cacaoyère de joindre leurs efforts aux nôtres pour y arriver. Nous sommes ouverts à tous les mécanismes financiers et institutionnels qui puissent accompagner cette volonté, New Generation. Une initiative, qui a démarré au Cameroun et qui a permis d’insérer plus de 1 200 jeunes déjà après 4 ans. En Côte d’Ivoire, nous ambitionnons d’insérer 1 000 jeunes par an pour voir comment nous pouvons changer la configuration du métier. Il s’agit de professionnaliser un métier qui est rentable. C’est un métier noble qui peut faire le bonheur de toute l’Afrique. En Côte d’Ivoire, 70% de la population ivoirienne travaille dans le secteur agricole, soit plus de 14 millions d’habitants, et le cacao emploie la moitié. 95% de la production mondiale du cacao est réalisée par des petits producteurs. Il faut trouver les moyens pour les rendre heureux et riches parce qu’ils donnent du bonheur aux populations.

Pour générer plus de revenus, quid des Bourses de matières premières à Douala, Abidjan, ou Accra?


Des chantiers ont démarré, nous ne venons pas pour changer le monde. Nous venons apporter notre contribution au débat sur l’industrie cacaoyère. Nous venons juste équilibrer le discours autour de la table. Une table de la durabilité qui doit avoir 4 pieds pour tenir debout. Trois pieds existent déjà, à savoir le gouvernement, premier pied, l’industrie, deuxième pied, la société civile et les ONG, le troisième. Il manque le quatrième pied, les agriculteurs qui doivent apporter leurs voix, qui peuvent formuler leurs aspirations.

Pour les Bourses de matières premières, certaines initiatives existent au Cameroun. Mais pour le café et les noix de cajou, les bourses sont à Londres ou à New York. Les pays producteurs n’influencent pas ces Bourses de matières premières, mais nous pouvons saluer un grand événement, à savoir que ces derniers mois la communauté cacaoyère, en accord avec le gouvernement de Côte d’Ivoire, a bien accepté que le siège de l’ICCO soit transféré dans un pays producteur, particulièrement la Côte d’Ivoire. Ce serait un grand pas : l’ICCO proche des producteurs ne sera que bénéfique.

Trouvez-vous qu’il y ait trop d’intermédiaires?


Comme toute chaîne de valeurs, il reste nécessaire que les acteurs principaux et les parties prenantes jouent leur rôle. Un de nos mandats est d’arriver à réduire la chaîne d’intermédiaires. Nous nous y attèlerons, même si les habitudes ont la peau dure...

À côté du conventionnel, il y a aujourd’hui l’agriculture bio. Vous orientez-vous vers cette approche qui appelle le commerce équitable et éthique?


Nous y travaillons et sommes très proches de ces initiatives qui vont vers la formalisation de telles collaborations. Notre mission est que l’agriculteur sorte gagnant de son exploitant.
Il est important de noter que des réformes importantes sont menées dans les secteurs du cacao dans les différents pays producteurs. En Côte d’Ivoire, des avancées notables ont été réalisées. Les exploitants peuvent se constituer en coopératives qui peuvent aller jusqu’à exporter leurs fèves. Par ailleurs, le gouvernement de Côté d’Ivoire a pris l’engagement d’augmenter le taux de transformation et d’impliquer davantage les agriculteurs. Donc, nous continuons de faire le plaidoyer pour qu’ils aient leur mot à dire dans la transformation locale du cacao qui apporte naturellement de la valeur ajoutée et des parts de revenus supplémentaires.

Où en est l’université des métiers du cacao d’Abidjan? Sera-t-elle dupliquée dans les autres centres de production?


C’est un chantier pour nous. Le projet New Generation, qui vise à enrôler les jeunes diplômés, les femmes et les ruraux, dans le secteur, est un vivier, un incubateur d’entrepreneurs agricoles, qui va être mobilisé pour le renouvellement de la force de production, et surtout former des entrepreneurs capables de faire des business plans, gérer leurs affaires et gagner de l’argent... s’y insère. C’est une expérience qui a démarré au Cameroun, qui est en phase de lancement en Côte d’Ivoire, et qui le sera bientôt au Ghana, au Togo, au Gabon, en Sierra Leone.

Que pensez-vous de la consommation locale?


Nous pensons qu’un des chantiers importants serait la consommation domestique, locale et régionale. Pourquoi l’Afrique ne consommerait-elle pas au moins 50% de sa production? Nous pensons qu’il est possible d’associer tourisme et chocolat. A Marrakech, lors de la COP22, nous avons promu le concept chocolat-terroir et nos échantillons, réalisés avec l’Association des chocolatiers-artisans, ont été rapidement écoulés. Ce fut comme au FestiCacao du Cameroun, lorsque notre stock fut épuisé dès le deuxième jour du salon. Nous sommes convaincus qu’il existe un besoin, qu’il y a un intérêt, par conséquent, il faut travailler à trouver des partenaires pour accompagner l’idée de promouvoir la consommation régionale et continentale.

Propos recueillis par Daouda MBaye
 
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