| L’engouement africain pour le nucléaire civil |
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| 14-11-2008 | |
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Le retour en grâce de l’énergie nucléaire en Occident a débordé ses frontières historiques. De nombreux pays africains envisagent de produire dans l’avenir de l’électricité par centrales nucléaires. Leur demande coïncide avec une offre commerciale agressive. Tous n’y accèderont pas pour autant. Par Ihsane El Kadi, Alger
La signature, samedi dernier à Moscou, entre le président Medvedev et le président libyen Khadafi, d’un accord de coopération pour « les utilisations pacifiques du nucléaire » constitue la dernière péripétie du rush des pays africains pour se doter d’une production d’électricité d’origine nucléaire. Depuis le renchérissement des cours du brut en 2003-2004, le nombre de pays africains qui ont relancé leur programme nucléaire, et ceux qui ont émis le vœu d’installer une centrale électronucléaire, est en constante progression. L’Egypte veut construire d’ici 2020 au moins une centrale nucléaire de 1000 mégawatts, – plus puissante que le barrage d’Assouan – à Dabaa, au nord du pays, sur la côte méditerranéenne. Le ministre algérien de l’Energie prévoit la première centrale électronucléaire dans dix ans ; le Maroc s’est équipé d’un réacteur nucléaire pour préparer la phase de la centrale nucléaire ; l’Angola, le Nigeria, et même la Namibie et le Sénégal qui ne sont pas à la même échelle de PIB – envisagent d’installer une capacité de production électronucléaire dans les prochaines années.
« Une offre occidentale oisive » Pour le professeur D.B., proche du programme nucléaire algérien, la cherté des énergies fossiles n’est pas seule motivation derrière cet engouement pour le nucléaire civil : « Il existe une offre industrielle oisive dans le secteur des réacteurs nucléaires. Depuis Tchernobyl, le rythme de réalisation de nouvelles centrales nucléaires s’est beaucoup ralenti dans les pays industriels qui en tirent une partie plus ou moins importante de leur électricité. Mais la recherche s’est poursuivie pour inventer des générateurs plus puissants. Les Européens, par exemple, proposent avec l’EPR un réacteur à 1600 mégawatts. L’offre s’est renouvelée à un coût élevé. Il fallait renouveler le marché aussi. Le réchauffement climatique a redonné une chance à l’électronucléaire. Les centrales nucléaires ont un bilan en gaz à effet de serre performant. Une perspective s’est donc créée pour une nouvelle demande dans laquelle s’insèrent naturellement les pays africains les plus riches ». Illustration du propos, le géant américain Westinghouse, repris par Toshiba, n’avait rien vendu depuis 20 ans avant son récent mégacontrat en Chine. « Le réchauffement climatique a redonné une chance à l’électronucléaire. Les centrales nucléaires ont un bilan en gaz à effet de serre performant.»
Balisage diplomatique, enjeu commercial Le programme électronucléaire le plus ambitieux est le fait de Eskom en Afrique du Sud. Le géant électricien d’Afrique australe vient de signer avec le Français Areva pour l’acquisition de deux nouvelles centrales nucléaires de génération EPR, et compte consacrer 50% de sa capacité additionnelle, 40 000 mégawatts d’ici 2028, à l’électronucléaire. L’Afrique du Sud dispose de deux centrales nucléaires dont l’une classique, dans le western Cap, de 1800 mégawatts. Il est le seul pays d’Afrique qui peut développer une filière technologique autonome – le réacteur modulaire de lit de galet (PBMR) dans la fabrication des réacteurs nucléaires. Tous les autres états africains, soucieux de diversifier leurs sources d’énergie primaire, sont l’enjeu d’une bataille commerciale mondiale. C’est ce qui explique la multiplication, ces dernières années, des protocoles de coopération entre pays fournisseurs de technologie nucléaire civile et pays clients. Il s’agit d’un « sauf-conduit diplomatique » pour ouvrir la voie à des négociations commerciales. L’Algérie détient sans doute le record, de ce point de vue, en signant tour à tour de tels protocoles avec l’Argentine, la Chine, la France, la Russie, les Etats-Unis et l’Afrique du Sud. Son ministre de l’Energie prévient toutefois que le moment venu, la construction de la première centrale électronucléaire – il existe deux réacteurs nucléaires expérimentaux dans le pays – sera proposée par appel d’offres international.
Les Etats africains clients sans histoires ? « Il y a peu de doute aujourd’hui, affirme le professeur D.B., que des pays à revenus intermédiaires, intégrés dans des accords de sécurité multilatéraux, accéderont à des utilisations industrielles de l’énergie nucléaire. Des pays africains en feront partie. Le risque d’une prolifération du nucléaire militaire est plus faible dans leur cas, car, pour leur quasi-totalité en dehors de l’Afrique du Sud, ils ne peuvent pas prétendre maîtriser le cycle du combustible. C’est en quelque sorte une faiblesse avantageuse ». Le maillon stratégique du cycle des matières fissiles qui servent à faire tourner les réacteurs est devenu mondialement connu avec la crise du nucléaire iranien : il s’agit de l’enrichissement de l’uranium. Les contrats de livraison de centrales nucléaires que proposent les grands fournisseurs mondiaux, y compris russes et chinois, impliquent que le combustible soit également livré par le fournisseur et récupéré par lui après usage, car il peut encore servir à produire du plutonium. Aucun des pays africains en lice pour produire de l’électricité d’origine nucléaire n’a affiché l’ambition d’enrichir par lui-même l’uranium utilisé. L’industrie électronucléaire est elle pour autant en train de se banaliser pour justifier qu’autant de pays africains l’intègrent dans les alternatives énergétiques de demain ? Beaucoup s’en faut. Il existe de nombreuses barrières d’entrée : l’accès à l’uranium, l’accumulation d’expérience dans la filière, un seuil critique de marché domestique de l’électricité, une culture nationale du risque industriel.
Suicidaire Pour le professeur d’économie énergétique, l’algérien Amor Khelif, intervenant dans une conférence sur l’avenir énergétique de son pays « il est totalement suicidaire qu’un pays comme l’Algérie se lance dans l’énergie nucléaire civile. C’est un domaine ou nous serons entièrement dépendant des technologies étrangères, de l’amont à l’aval lorsqu’il faudra se débarrasser des déchets radioactifs. Il est plus raisonnable de réduire les exportations d’hydrocarbures pour assurer nos approvisionnements à venir et de se tourner vers des énergies propres comme le solaire ». L’Algérie a pourtant une expérience de 25 ans dans le nucléaire civil. Voir Aussi :
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