L’heure de vérité pour Jean Ping Version imprimable
05-12-2011

A moins d’un désistement, la candidature sud-africaine rend incertaine la réélection de Jean Ping à la tête de la Commission de l’Union africaine. Et pourtant le Gabonais n’a pas démérité.

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Pour beaucoup d’observateurs, Jean Ping présente l’atout d’être du centre, tenant à équidistance souverainistes et réalistes, ménageant la chèvre et le chou, avec un discours qui tente de s’accommoder avec tout le monde.

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L’alternance francophone/anglophone milite en faveur de la candidature de Nkosana Dalmini Zuma, 62 ans, actuelle ministre de l’Intérieur de la nation Arc-en-ciel, ex-femme du président Jacob Zuma.

Coup d’Etat à Madagascar, coup d’Etat en Mauritanie, coup d’Etat électoral en Côte d’Ivoire, fuite d’un dictateur en Tunisie, démission forcée au plus haut sommet de l’Etat au Caire, insurrection armée en Libye et, en épilogue, la mort du précurseur et bailleur de fonds de l’Union africaine, Mouammar Kadhafi, tué à Syrte « les armes à la main ».

La candidate sud-africaine est idéologiquement marquée, proche de Thabo Mbekki, avec des positions tranchées sur l’Afrique, la mondialisation ou encore la renaissance.

C’est clair, le hasard du calendrier n’a pas ménagé l’actuel président de la Commission de l’Union africaine, en poste depuis février 2008 à la tête d’une commission convoitée, mais qui pèse en réalité bien moins que la commission de Bruxelles dans l’Union européenne.

Sous son mandat, un débat que l’on croyait enterré a ressurgi dans les amphithéâtres du siège de l’Union africaine à Adis Abeba. Comme au temps des clubs d’Addis Abeba et de Casablanca. En effet, les souverainistes et les autres, « les réalistes », ont eu à découdre sur au moins trois dossiers forts : le Soudan, la Côte d’Ivoire et la Libye.

 

Franc-parler

Dans chacun de ces dossiers, le « trop modéré » Jean Ping, 69 ans, a prôné la fameuse « solution africaine », avant de se ranger avec armes et bagages derrière la décision de l’Onu ou celle des grandes puissances. Ainsi, la feuille de route africaine a valu à l’Union africaine d’être mise à l’écart dans le dossier libyen. « Oui, nous avons été mis sur la touche par la coalition. Constamment, on a le sentiment que l’on fait la sourde oreille avec nous. On nous entend, mais on fait comme si nous n’étions pas là. Je crois que le problème est assez clair : nous avons mis en place notre feuille de route, nous avons mis en place une méthode pour atteindre les résultats de notre feuille de route. Nous avons estimé que nous n’avions pas d’avions, ni de bombes, mais que nous pouvions convaincre le colonel Kadhafi d’accepter notre feuille de route qui était claire », déclarait-il sur RFI en mai dernier.

Le président sud-africain Jacob Zuma, connu pour son franc-parler et son peu de diplomatie, était en déphasage avec Jean Ping, que Pretoria jugeait, en dépit de discours offensifs, trop proche des positions occidentales. Pour les Sud-Africains, il n’est pas question d’un autre mandat pour Jean Ping. La règle non-écrite selon laquelle la présidence de la Commission revient à un petit pays a fait long feu.

L’alternance francophone/anglophone milite en faveur de la candidature de Nkosana Dalmini Zuma, 62 ans, actuelle ministre de l’Intérieur de la nation Arc-en-ciel, ex-femme du président Jacob Zuma, ancienne militante anti-apartheid, ministre de la Santé et, pendant dix ans, de 1999 à 2009, ministre des Affaires étrangères. A l’origine de l’interdiction de fumer dans les places publiques, décision prise alors qu’elle était ministre de la Santé (1994-1998), cette Zoulou a failli représenter la candidature de l’ANC lors des présidentielles de 2009, avant d’être balayée par la tornade Jacob Zuma.

 

Déplacement axial

Avec cette candidature soutenue par les pays de la SADC (regroupement de l’Afrique australe), la ligne de démarcation déjà évidente entre les souverainistes et les réalistes risque encore de se creuser. Un déplacement axial de la diplomatie de l’Union africaine serait la conséquence du renvoi du Gabonais, qui jouissait lors de son élection du paratonnerre qu’était Omar Bongo, alors doyen des chefs d’Etat africains. L’une des conséquences de la présidence sud-africaine sera l’arrimage de la Commission africaine aux positions de l’IBSA (Inde, Brésil, Afrique du Sud).

Pour beaucoup d’observateurs, Jean Ping présente l’atout d’être du centre, tenant à équidistance souverainistes et réalistes, ménageant la chèvre et le chou, avec un discours qui tente de s’accommoder avec tout le monde. Cet exercice d’équilibre donne lieu à des prises de position spectaculaires mais sans lendemains, puisque non suivies de résolutions ou de décisions majeures. « Nous sommes contre la manière dont la cour pénale fonctionne », s’est ainsi écrié Jean Ping à Malabo lors du dernier sommet de l’Union africaine. C’était suite à l’émission du mandat d’arrêt visant Kadhafi et ses proches. Et de surenchérir, reprochant au juge Ocampo de ne juger que les Africains et réclamant à une assistance muette la création d’une cour de justice africaine, laquelle cour existe déjà.

 

Un échec cuisant

A l’inverse, la candidate sud-africaine est idéologiquement marquée, proche de Thabo Mbekki, avec des positions tranchées sur l’Afrique, la mondialisation ou encore la renaissance. Sous sa conduite, la diplomatie sud-africaine a multiplié les décisions contradictoires, avec un échec cuisant dans la tentative de résolution de la crise ivoirienne. Une marque de fabrique qui s’est poursuivie après son départ au Ministère de l’intérieur, puisque l’Afrique du Sud et, curieusement, le Gabon et le Nigeria, voteront la résolution 1973 sur la protection des civils et la création d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye (on connaît la suite), avant de se rétracter.

Bref, les chefs d’Etat trancheront pour l’un ou l’autre des candidats d’ici février 2012. D’ici là, Jean Ping sera amené à livrer bien des combats. Quittera-t-il enfin sa posture (trop) diplomatique ?

 

Adama Wade

 
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