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La crise des dettes souveraines à la loupe des banquiers africains Version imprimable
07-03-2012
Réunis à Cotonou du 9 au 10 février dans le cadre des 23e journées de leur club, les banquiers africains ont tiré les enseignements de la crise obligataire qui sévit actuellement dans les marchés internationaux.

Au terme de deux jours intenses de travaux à Cotonou du 9 au 10 février, les perspectives d’avenir sont bien tracées pour le club des dirigeants de banques africaines. Le nouveau président est Elie Abissi, Directeur général des Banques Populaire d’Epargne Crédit du Togo. Il présidera certainement le prochain forum d’été prévu en juin à Bruxelles à l’invitation conjointe du fonds belge BIO et de BNP Paribas –Fortis. Quant aux journées et assemblées générales 2013, elles se tiendront en février sous le double parrainage de l’APBEF (association des professionnels de la banque) du Niger et du Fonds de Solidarité Africain. Un échéancier clair qui reflète la qualité des travaux de Cotonou. Il était question de la crise des dettes obligataires dont l’intensité et ses conséquences ségrégationnistes peut se résumer en une phrase «la tempête abat les grands arbres et épargne les petits», prononcée par le secrétaire exécutif du club, Ousseynou Sow, dans sa synthèse des travaux. Le secrétaire général de la COBAC (Commission Bancaire de l’Afrique Centrale), Tung Nsue, dira qu’aucune banque de la zone CFA n’a été touchée par les subprimes, n’étant pas exposées aux produits structurés à l’origine de la crise. Une singularité qui s’explique certes par «le faible degré d’intégration des banques et des marchés financiers sous régionaux dans le système bancaire et financier international mais aussi par le respect d’une réglementation stricte et la vigilance de la supervision». Mais attention, relativiste Tung Nsue, «à vouloir être trop rentable, l’on court le risque d’engagements inconsidérés qui sont la marque de crédits octroyés dans des conditions sujettes à caution qui au fond sont nos actifs toxiques».

C’est dire que la taille ne constitue pas une assurance multi-disques face à la tempête financière, ainsi que le déclarait en filigrane Tidiane Ndiaye, président de l’APBEF Bénin dans sa présentation. Pays hôte de la rencontre, le Bénin compte 12 banques qui contribuent de façon significative au financement de l’économie.

Abordant les enseignements à tirer de la crise financière internationale, le professeur Dhafer Saidane, chercheur à l’Université de Lille, a énoncé les quatre principes du nouveau paradigme qui se profile à l’horizon : «nouvelles approches-nouveaux comportements, croissance soutenable et banque durable, proximité sociale et tangibilité opérationnelle, nouvelle finance qui n’exclura pas l’ancienne». Sur le plan opérationnel, la crise des subprimes, génitrice de la crise des dettes souveraines fixe le périmètre de Bâle 3 qui doit à travers le renforcement de fonds propres en qualité et en quantité et l’encadrement du risque de liquidité, répondre à un environnement global caractérisé, ainsi que le rappelle Emmanuel Carrere, Directeur Adjoint à Direction des Affaires Internationales, Autorité de Contrôle Prudentiel à la Banque de France, d’une part par une longue période de taux d’intérêts bas et d’abondance de liquidités, une sous évaluation de risques et, d’autre part, par la recherche de produits à rendements élevés (donc risqués) par les investisseurs.

Sur le plan opérationnel, Hervé de Colonge a défendu le concept de Banque Africaine de premier rang (BAPR), soutenant l’idée que beaucoup de nos banques peuvent entrer directement en relation avec les exportateurs internationaux, une sorte d’alternative, remarquait-il, aux lignes de confirmation de crédit documentaire. Sur un autre aspect, il a été question de l’évolution de l’environnement juridique africain avec les actes uniformes de l’OHADA, en particulier celui dédié aux sûretés, entré en vigueur en 1998 et révisé récemment. Madame Jacqueline Wibabara, avocate au barreau de Bruxelles et de Kigali, en fait une appréciation mitigée, qui ne se laisse pas impressionnée par l’augmentation des encours de crédits attribués à tort et à raison à l’évolution des règles sur la garantie. Une transition vers la crise vue sous l’angle du droit. «C’est une crise du droit», selon Maître Joseph Djogbenou, Professeur Agrégé des Universités, avocat au barreau de Bénin, pour qui la situation africaine, à la périphérie de la crise, n’est pas une garantie absolue contre les aléas.


Adama Wade
 
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