La Dette Publique Américaine: Obama face au piège républicain Version imprimable
27-07-2011
L’Amérique est sur le point de déclarer faillite si le congrès et le Senat ne trouvent pas une solution avant la date buttoir du 2 Août. L’économiste ivoirien  Francis Konan nous en livre les enjeux financiers, économiques, sociaux et…surtout politiques.

Ce qui se passe aux Etats-Unis d’Amérique depuis près de deux semaines est étonnant ! Les américains se lèvent tous les matins vont au travail, font leurs activités comme si de rien n’était. Mes amis il y a danger ! Comme en anglais je ne peux que conclure « God have mercy », je traduis : Dieu ai pitié. L’Amérique est sur le point de déclarer faillite si le congrès et le Senat ne trouvent pas une solution avant la date buttoir du 2 Aout. Je sais que ce j’ai écrit jusqu’à présent sonne comme du chinois pour  certains, surtout pour le lectorat francophone qui est étranger à la politique budgétaire américaine. Je vais vous aider en faisant un peu d’histoire.

Limitation de la dette publique américaine

En 1917, le congrès votait une loi limitant la capacité de l’état à s’endetter éternellement. Ainsi,  le montant de l’endettement du trésor américain ne pouvait excéder 11.5 milliards de dollars. L’idée de cette politique était de ne pas laisser le Trésor et donc l’Etat avoir le monopole sur les dépenses publiques. En impliquant directement le congrès dans ce processus, on faisait appelle à un instrument de contrôle politique. Sacrés Américains ! Compte tenu du fait que le montant de 11.5 milliards  n’est qu’un chiffre et donc très loin de la réalité sur le terrain, d’années en années, le congrès a du  relever le plafond. Ainsi chaque fois que ce montant était augmenté, cela permettait à l’état de s’endetter au delà de ses propres fonds en faisant appel au public par l’émission de différents appels de fonds.      
Le tableau ci-dessous résume en chiffre les différentes augmentations du montant limite de la dette entre 2002 et 2010.
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Selon le graphique, ce n’est pas  la première fois que l’Etat a eu besoin de relever son plafond d’endettement. Entre 2002 et 2010,  le congrès américain a déposé dix fois sur la table du président la loi de modification de la dette limite. Le phénomène n’est  donc pas  nouveau ! Pourquoi tant de bruits cette fois-ci ?
 
Quand les politiciens se battent

Pour comprendre la situation, il faut se référer au processus même de l’élaboration de la dette limite. Sur le plan politique il y a donc trois acteurs : le Trésor publique-représentant du gouvernement, le Senat et le Congres. La demande de l’augmentation de la dette limite émane du trésor public. La requête est présentée au congrès puis ensuite au sénat. Après approbation par les deux chambres, le président signe la loi qui permet d’augmenter la limite de la dette. Entre 2002 et 2010 cela s’est passée sans trop de problèmes. Cette fois-ci, tout se joue sur la question suivante : Qui contrôle quoi ? Le sénat est contrôlé par les démocrates qui ont une légère majorité. Le congrès lui est dominé par les républicains qui,  en leur sein,  ont une puissante branche de conservateurs  farouchement opposés  à toute hausse supplémentaire de dépenses. Pour parvenir à un vote sur la hausse de la dette limite, ces derniers  exigent au contraire une large réduction des dépenses publiques ! Pour les démocrates, la réduction des dépenses publiques ne saurait cibler les transferts sociaux des pensions de retraites et de l’assurance santé. Cela serait contre  l’idéologie démocratique !   Il faut donc très vite trouver un compromis car le 2 Aout approche. La complexité du problème réside dans changement de la structure de la politique américaine dès l’accession du premier président noir  des Etats-Unis  en 2008. L’opposition républicaine contrôlée par le « Thee Party » a mis en cause toutes les actions  de ce dernier. En partant du programme du « stimulus économique » ; de la reforme de la santé et même jusqu’  à émettre des doutes sur la nationalité du président.

Les Conséquences de la faillite de l’Etat

Si la limite de la dette n’est pas relevée, l’Etat ne pourrait  faire à face à certaines dépenses publiques. Il va falloir sélectionner les priorités. Dans ce cas, les détenteurs d’obligation seront prioritaires. Le secteur public devra fonctionner au minimum. Beaucoup craignent que le taux de chômage dans ce secteur ne vienne gonfler le taux national qui plafonne à  9.2%.

Sur le plan financier, une hausse des taux d’intérêts sur les bons de trésor est à craindre, conséquence de la perte de confiance du public par rapport à la signature de l’Amérique.  Celle-ci entrainera une hausse générale des taux d’intérêts sur les marchés. Croyez moi, l’on n’en est pas encore là mais un  tel scenario serait  suicidaire pour une sortie de récession. Sur le plan international, la crédibilité des Etats Unis sur sa gestion économique serait mise en doute (si elle ne l’est  pas déjà !).

Vers les élections de 2012

Les grands enjeux de toute cette histoire se jouent sur le plan politique. Les républicains et démocrates, tout en étant à la table de négociations,  ont les yeux tournés vers les élections de 2012. Au début de toute cette affaire, le public américain en majorité blâmait l’incapacité des démocrates. Le parti républicain a réussi pour peu à  détourner le débat sur la personne d’Obama. Ce dernier s’en est  bien défendu et a changé les règles du jeu lorsqu’il  a déclaré  que la faillite du gouvernement mettrait fin au transfert de la sécurité sociale, nerf du système social américain. Tout d’un coup, le public américain découvre  le vrai fauteur de trouble en la personne du parti républicain et sa branche conservatrice du congrès. J’ai cependant récemment passé en revue une centaine de commentaires de lecteurs sur le sujet, et le nom qui revenait le plus au banc des accusées était celui du congrès (Démocrates, Républicains tous confondus). Il y a donc un sérieux travail de communication à faire.

Francis Konan
Économiste, diplômé de l’Université d’Economie et de Gestion de Vienne (Autriche), diplômé de l’Institut des Etudes Avancées de Vienne (Autriche), diplômé de la Faculté des Sciences Economiques & Gestion de l’Université d’Abidjan (Cocody).
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