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Le capitalisme familial marocain à l’abri des OPA Version imprimable
23-11-2009

Assez conservateur, le capitalisme familial marocain gère bien la Bourse. D’où l’impossibilité d’une OPA hostile et de l’expression complète de la réalité du marché.

75 milliards de dirhams levés entre 1998 et 2008 à la Bourse de Casablanca et des rentabilités situées entre deux et trois chiffres. Ce boom boursier colossal n’a pas libéré le capitalisme familial marocain de son conservatisme naturel. Ceux des capitaines d’industrie et des entrepreneurs qui ont surmonté leur méfiance vis-à-vis de la cote, y sont allés avec des flottants maîtrisés, circonscrits en dessous de la minorité de blocage.

Pour rappel, l’OPA hostile de Mittal sur Arcelor n’aurait jamais été possible si le flottant n’était pas suffisamment important (82%).

Ainsi, Addoha, cinquième capitalisation boursière de la place, n’en reste pas moins une institution familiale hermétique, avec 61% du capital détenu par son fondateur, Anas Sefrioui, contre 35% pour la part ouverte au public. Le flottant tombe à 16% chez Alliances, groupe immobilier détenu à hauteur de 57,86% par son fondateur, Alami Lazraq.

Cette volonté de garder la mainmise sur son groupe n’échappe pas à la BMCE Bank, dont le tour de table s’est institutionnalisé durant ces dernières années, avec un flottant qui n’en reste pas moins bloqué autour de 25%.

 

Ouvertures en demi-teinte

Dans toutes ces entreprises, les actions détenues par les fondateurs, ainsi que les participations stratégiques (autocontrôle), sont prépondérantes. Ces ouvertures en demi-teinte freinent la Bourse de Casablanca dans son expansion et, de l’avis d’un analyste de la place, laissent peu de place pour l’expression de la réalité du marché. « Il est évident qu’une OPA hostile est quasiment impossible à Casablanca », se plait à souligner cet observateur assez attentif, qui rappelle que l’une des fonctions du marché c’est de récompenser ou punir les choix managériaux.

De plus, techniquement, il faut acquérir au moins 40% des droits de vote d’une entreprise pour déclencher une OPA. Compte tenu de la faiblesse des flottants, une telle perspective ne peut se faire, comme dans le cadre de l’OPA de Saham Assurances sur Taslif, en 2007, que de manière indirecte, avec l’accord des actionnaires de référence. Peut-être le petit actionnaire et l’épargne populaire seraient-ils gagnants dans un cadre où les prix des OPA seraient fixés par les forces du marché et non par un accord amical restreint. Pour rappel, l’OPA hostile de Mittal sur Arcelor n’aurait jamais été possible si le flottant n’était pas suffisamment important (82%).

En plus de la levée des capitaux, la Bourse est un instrument de diffusion des règles de la bonne gouvernance à travers les obligations légales de transparence et la nécessaire institutionnalisation du conseil d’administration. Cette institutionnalisation se heurte, pour le moment, à la volonté des groupes familiaux de garder le contrôle sur les droits de vote. Cet hermétisme familial limite forcément le pouvoir du marché, même si, depuis décembre 2004, de nouveaux modes de calcul des indices ont été introduits, mettant en valeur les flottants plutôt que la capitalisation boursière dans son ensemble.

Un tel conservatisme, couplé à une règlementation stricte, a joué un effet positif au plus fort de la crise financière internationale, entre septembre 2008 et mars 2009. Alors qu’à la Bourse du Caire le retrait des investisseurs étrangers entrainait des corrections sévères, à Casablanca les indices ont évolué, certes à la baisse, mais à un rythme beaucoup plus lent. D’ordre règlementaire, la limitation des fluctuations journalières à des maximums de +6 et de -6% (contre 20% en Egypte) a joué pleinement son effet. .

 

L’exception des valeurs informatiques

Tout comme les secteurs immobilier et bancaire, le secteur de l’informatique, né au début des années 90 grâce aux fonds d’investissements, conserve l’essentiel du pouvoir en dehors de la corbeille. On remarque, cependant, une présence d’actionnaires familiaux beaucoup plus pondérée et un tour de table atomisé. C’est le cas du HPS, dont 34,7% font l’objet de transactions pour un capital assez diversifié entre les différents fondateurs et fonds de capital investissement. C’est le cas aussi d’Involys, dont le flottant, 42%, est proportionnellement l’un des plus importants de la place. La société M2M constitue l’exception dans le secteur informatique, avec une part de 15%. On dira, avec cet analyste, que « les fonds d’investissements contribuent à moderniser le capitalisme familial marocain ».

A.W.

 
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