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Le duo Côte d’Ivoire-Sénégal s’étiole au profit d’un nouvel axe Abidjan-Ouaga Version imprimable
21-12-2009

L’axe Abidjan-Dakar, qui a longtemps été le principal moteur de l’intégration au sein de l’Union, montre des signes d’étiolement ; dans le même temps, se dynamise une voie Abidjan-Ouagadougou, qui pourrait bien devenir une nouvelle locomotive.

Pour les acteurs ivoiriens, cette décision, attentatoire au développement du commerce intra-régional et à l’approfondissement de l’intégration régionale, transpire les manœuvres du groupe Advens-Géocoton-Suneor, présidé par Abbas Jaber.

Pour les acteurs ivoiriens, cette décision, attentatoire au développement du commerce intra-régional et à l’approfondissement de l’intégration régionale, transpire les manœuvres du groupe Advens-Géocoton-Suneor, présidé par Abbas Jaber.

Par Louis S. Amédé, Abidjan

 

Le fossé entre Dakar et Abidjan, creusé dans la foulée de la crise ivoirienne par les interventions intempestives et peu courtoises d’un Abdoulaye Wade donneur de leçons et sentencieux à l’égard de la Côte d’Ivoire et de son président, n’en fini pas de grandir.

Il n’est pas question de rétorsion. Du moins, pour le moment. « Mais, si nous devrions en arriver là, nous n’hésiterons pas un seul instant » prévient une source au Ministère de l’intégration africaine.

Le président du Sénégal vient de l’élargir un peu plus encore, en prenant un décret, en date du 10 septembre 2009, pour fermer le marché de son pays à l’huile de palme « made in Côte d’Ivoire ». Arguant de préoccupations de santé et d’hygiène publique, « mortalité et morbidité accrues, développement physique et mental altéré, capacité de travail et d’apprentissage diminuée » qui seraient liées à la teneure en acides gras saturés (Ags) des huiles raffinées, le Sénégal vient d’interdire « la commercialisation (sur son territoire) de toutes les huiles contenant plus de 30% d’Ags ». Est ainsi visée l’huile de palme dont la concentration en Ags est de 50%. Le but de la manœuvre, porter un coup de frein à la position concurrentielle, très forte sur le marché sénégalais, de l’huile de palme d’origine ivoirienne, par rapport à l’huile d’arachide et/ou de coton, produite localement.

 

Abbas Jaber montré du doigt

Pour les acteurs ivoiriens, cette décision attentatoire au développement du commerce intra-régional et à l’approfondissement de l’intégration régionale, transpire les manœuvres du groupe Advens-Géocoton-Suneor, présidé par Abbas Jaber. Pour protéger sa production d’huile d’arachide au Sénégal, ainsi que d’huile de coton au Burkina Faso et au Togo, ce groupe tenterait, depuis plusieurs mois, de faire interdire dans l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine) l’importation de l’huile de palme de Côte d’Ivoire. Il aurait joué, sans succès, sur la fibre du dumping, trouvant une preuve dans le mariage entre le principal producteur ivoirien d’huile de palme, le groupe Sifca et les majors malaisien Wilmar et indonésien Olam. Finalement, c’est l’argument sanitaire qui a fini par trouver une oreille attentive auprès des autorités sénégalaises.

 

L’appui stratégique de Ouagadougou

Si, sur les bords de la lagune Ebrié on désapprouve la manière cavalière avec laquelle la décision a été mise en œuvre, il n’est pas question de rétorsion. Du moins, pour le moment. « Mais, si nous devrions en arriver là, nous n’hésiterons pas un seul instant » prévient une source au Ministère de l’intégration africaine. En attendant un meilleur dénouement de cette crise de l’huile, Abidjan et Ouagadougou travaillent à consolider leur nouvelle entente cordiale. Et, un projet de ferroutage visant à faciliter l’accès du port d’Abidjan aux pays de l’hinterland mobilise les énergies des deux capitales. Et pour cause, le « pays des hommes intègres » devrait devenir un port sec, le port de transit des marchandises en provenance et destinées au Niger.

Ainsi donc, Abidjan part à la (re) conquête du trafic maritime nigérien, qui a triplé au cours des sept dernières années, avec l’appui stratégique de Ouagadougou. Une dynamique nouvelle (?) qui, partie du champ politique avec l’Accord ivoiro-ivoirien de Ouaga, a gagné le secteur économique et commence à toucher la sphère culturelle. La convergence, de plus en plus marquée, des vues entre les capitales du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire, renforce l’influence sous-régionale de l’axe Abidjan-Ouagadougou. De là à ce que le train de l’intégration au sein de l’Uemoa soit tiré par ce nouveau duo ! Le pari ne manque pas d’intérêt.

 
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